‹ Histoire d'un Peau-RougeChapitre 2 sur 5 · LE CALUMET DE LA PAIX · texte numérisé non relu

LE CALUMET DE LA PAIX

sant, attendant qu’il fît connaître ses volontés. Mais même pendant cette période d’attente, ces peuplades ne pouvaient s’empêcher de se regarder avec haine, prêtes à se battre. Les visages des hommes étaient couverts des peintures qui les ornaient toujours à l’instant de partir en guerre. Leurs arcs et leurs flèches étaient parés de plumes. Et si le Grand Manito n’était alors apparu, sans nul doute ces guerriers n’eurent pas perdu leur temps à se dire des injures. Ils en fussent venus aux mains à l’instant même.

Le Tout-Puissant, les voyant si pleins de colère, les considéra alors avec pitié ; il étendit sur eux son bras et les calma tout aussitôt. Puis il leur dit :

« Voyez, je vous ai donné des terres à cultiver, je vous ai donné des fleuves remplis de poissons, je vous ai donné dans les airs des oiseaux à chasser. Vos forêts sont pleines de gibier et cela ne vous contente pas ! C’est entre vous que vous voulez faire la chasse, et pour arriver à ce résultat vous vous disputez. Je suis fatigué de toutes vos querelles, fatigué de vous entendre crier vengeance auprès de moi, fatigué de vous protéger. Quand vous vous serez bien battus il ne restera plus de tribus du tout. Et vous serez bien avancés... Allons, mes enfants, vous ne vous battrez plus... Désormais vous vivrez en frères. »

Ainsi parla Manito aux peuplades indiennes. Et elles l’écoutèrent ; et à l’écouter leur cœur s’apaisa. Les colères qui les sou-

HISTOIRE d’un PEAU-ROUGE

levaient les unes contre les autres tombèrent. Et le Tout-Puissant sentit son être inondé par la joie. Et il promit à ses enfants de leur envoyer un prophète qui les instruirait.

« Si vous ne l’écoutez pas, dit le Grand Manito, vous ne serez jamais heureux et vous disparaîtrez de la surface du globe. Mais si vous recevez docilement ses enseignements VOS cœurs seront joyeux et vos races prospéreront.

Puis il commanda à tous de faire disparaître leurs peintures de guerre, d’enterrer leurs armes et de prendre, eux aussi, un peu d’argile dans la carrière, afin de s’en faire des calumets de paix qu’ils fumeraient de compagnie dans la fraternité.

Après quoi, le Grand Manito remonta sur les sommets où il vivait.

Aussitôt les guerriers se plongèrent dans le fleuve pour laver leurs peintures belliqueuses. Et quand ils en sortirent ils enfouirent leurs haches, leurs arcs et leurs flèches, ainsi que leur Dieu le leur avait ordonné.

L’Esprit Souverain, le Maître de la Vie sourit alors tendrement à ses enfants, tandis que, sans murmurer, les guerriers faisaient leurs calumets de paix avec de l’argile et des roseaux. Puis ils rentrèrent tranquillement dans leurs territoires, attendant la venue du prophète Hiawatha.

Alors le Grand Manito, le Tout-Puissant, disparut, enveloppé dans les nuages de fumée que projetaient tous les calumets de paix des guerriers.

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