III. HABILLEMENT, TENUE, ÉQUIPEMENT, ARMEMENT
Habillement. — Lorsque les victoires de Frédéric II eurent mis en vogue les usages militaires prussiens, runiforme devint plus étroit, plus étriqué, plus serré. Le cou est emprisonné dans des cols garnis de carton, qu’on attache derrière avec d’énormes plaques de cuivre : « Si on pensait, écrivait Saint-Germain, à ce que les troupes ont à souffrir en campagne, on ne les vêtirait pas comme des poupées avec des habits multicolores, étroits et légers. » Le blanc était la couleur adoptée généralement par l’infanterie, à l’exception des gardes françaises, vêtus de bleu, de rouge et de blanc. Seuls les parements et les boutons variaient. Bassignv avait l’habit, la veste et la culotte de drap blanc avec revers et parements roses. Les boutons étaient blancs. Les habits tombaient à micuisse et ne pouvaient se boutonner; les manches étaient si serrées qu’on était obligé de faire ôter les manches des vestes qui étaient lacées, pour que le soldat pût faire l’exercice; enfin le chapeau, garni d’une cocarde ronde et blanche, était si petit qu’il ne couvrait pas la moitié de la tète, et qu’il serait tombé à chaque mouvement, s’il n’eùt été attaché aux cheveux. Les grenadiers, avant 1776, portaient le bonnet à poil; on le leur ôta et on ne le leur rendit qu’en 1788. Chaque homme avait un bonnet de police façonné en tricot et doublé de toile. Le devant était orné d’une plaque de drap au milieu de laquelle était cousue une fleur de lis de la couleur du revers, c’est-à-dire rose. Le tour pouvait se rabattre pour couvrir les oreilles et s’attacher sous le menton par des agrafes.
L’ordonnance de 1776 supprima le système des fournitures à l’entreprise, qui donnait lieu à des plaintes et faisait « craindre des friponneries ». Toutes les dépenses concernant l’habillement étaient réglées par les corps, appelés désormais à s’administrer eux-mêmes, et étaient prises sur une masse générale. Les remplacements devaient se faire suivant les besoins. Mais les inspecteurs généraux signalent au Ministre la parcimonie des
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capitaines, qui ménagent outre mesure les vêtements qu’ils donnent au soldat; le comte de Melfort écrit : « J’ai vu des hommes qui portent des habits couverts de pièces; ils en sont très affectés et humiliés au dernier point. Des soldats ont refusé des congés de semestre par la raison qu’ils auraient rougi, disaient-ils, de paraître dans leur pays comme des gueux. »
Les soldats avaient trois paires de guêtres, dont une d’étoffe noire pour l’hiver et les mauvais temps; deux de toile blanche pour l’été et les jours de parade.
Les officiers étaient habillés comme la troupe, mais le drap d’uniforme venait d’Elbeuf ou bien de Lodève : les boutons étaient argentés, au lieu d’être en étain. Ils portaient des manchettes de mousseline ou de batiste; les dentelles étaient prohibées. Ils avaient l’épaulette tressée pleine argent, ornée de franges à graine d’épinard. C’était une nouveauté due à Choiscul et très mal accueillie par les officiers, qui l’appelaient : « la guenille à Choiseul ! »
Tous les officiers pouvaient être montés.
Les galons distinctifs des grades pour les bas-officiers et les caporaux étaient en argent et en laine bleue.
Les tambours et les musiciens portaient l’habit de drap bleu affecté à la livrée du Roi, avec parements et revers roses. L’habit, pour les premiers, était bordé d’un galon de livrée; les manches étaient bardées de sept bandes de même galon cousues sur le dehors du bras, d’une couture à l’autre.
Les rengagés portaient un chevron en laine bleue, simple ou double. Les soldats charpentiers avaient, au-dessus du pli du bras, deux haches en sautoir (laine bleue).
Tenue. — Les cheveux des soldats étaient peignés, liés et enfermés dans un petit sac appelé crapaud ; ils étaient frisés sur les faces d’une boucle uniforme. On ne mettait de la poudre que les fêtes et dimanches, et les jours où le régiment devait paraître en grande parade. On poudrait les cheveux à la colle ou à l’eau. Pour les poudrer à la colle, on délayait du blanc de Paris dans de l’eau, on en passait avec un pinceau sur les cheveux, puis on poudrait « là-dessus » à blanc. Aussi, que de temps le soldat passait à se peigner et à peigner les autres! On ne pouvait faire sa queue soi-même. « On s’appelait, on se mettait sept ou huit l’un devant l’autre, et l’on opérait. » Opération d’un aspect assez réjouissant, mais qu’il fallait faire sérieusement. On eut beau proscrire l’usage de la colle comme dangereux à la santé, l’habitude fut plus forte que le sens commun; vainement les
officiers essayèrent de faire porter à leurs soldats les cheveux ras en se coupant les leurs. Par ordonnance du l'r novembre 1789, 1c catogan fut supprimé et remplacé par des queues.
Les grenadiers seuls portaient la moustache, et il leur était défendu de la cirer.
La parade était une grande préoccupation; le soldat passait son temps à blanchir scs habits et son linge, à astiquer ses boucles, au nombre de vingt-sept.
Equipement. — Le sac, en peau de veau à poil, doublé d’une toile forte, contenait une vraie trousse de toilette : « Dans l’un des côtés, on met deux chemises1, les guêtres blanches, une paire de bas, deux cols en basin blanc, le sac de toile et la culotte de toile; de l’autre, la culotte de tricot retournée, le sac à poudre, la houppe à poudrer, le bonnet de nuit, les peignes (un à retaper et un à décrasser) dans leurs étuis avec les guêtres noires; dans la poche de la couverture du sac, on met les souliers, les brosses (une pour l’habit et le chapeau, deux pour les souliers, une petite pour nettoyer le cuivre), un pinceau pour blanchir les buffleteries, un dé à coudre, du fil, des aiguilles, un tire-boulon, un tire-bourre, une épinglette, un tourne-vis, des morceaux de vieux drap pour frotter les taches de son habit, du vieux linge pour le fusil. Sur l’extérieur de la patte qui recouvre le havre-sac sont cousues deux petites courroies garnies de boucles, destinées à attacher le sac de distribution et le pain qui y sera renfermé, lorsque le soldat sera dans le cas de le porter. »
Les bas officiers, les grenadiers, les chasseurs, les tambours et les musiciens étaient armés de petits sabres ou briquets, qui n’ont jamais guère servi qu’à distinguer les compagnies d’élite, ou à tenir lieu de la hache dans les travaux du bivouac. Les fusiliers n’en portaient point.
Un baudrier de buffle blanc recevait non-seulement le fourreau du briquet, mais l’étui de la baïonnette, placée au-dessus du sabre.
Le baudrier croisait sur l’habit avec la courroie porte-giberne, qui était mise par-dessus.
La giberne était en fort cuir de vache noirci; le coffre, percé de six trous sur deux rangs, était évidé, et recevait de chaque côté un paquet de quinze cartouches; soit : trente. Elle contenait une petite bourse de cuir pour mettre les pierres à fusil, la pièce grasse, le tire-balle. La giberne des bas-officiers était plus légère; elle n’avait pas de trous à cartouches,
1. Les chemises et les guêtres étaient marquées d’une lettre affectée à chaque compagnie; les chemises de sergents et fourriers avaient des manchettes.
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et présentait deux compartiments seulement. La courroie porte-giberne des fusiliers avait un porte-baïonnette en buflle. La bretelle de fusil et les colliers de tambour étaient en buffle blanc.
Les soldats charpentiers avaient une hache contenue dans un étui de buflle blanc; la courroie porte-hache était également en buffle blanc; le tablier était fait d’une peau de mouton blanchie.
Les officiers avaient un ceinturon de buffle blanc, large de 2 pouces', disposé à être porté en baudrier.
Armement. — C’est en 1715 que le soin de fournir l’armement des soldats fut retiré aux capitaines et réservé à l’État; alors, fut établi le premier modèle réglementaire de fusil. L’invention des cartouches, due au savant artilleur Bélidor, et l’adoption de la baguette en fer constituèrent un perfectionnement considérable. Le soldat pouvait tirer jusqu’à trois et même quatre coups par minute. Le fusil modèle 1777 fut, pendant tontes les guerres de la Révolution et de l’Empire, le dernier mot de l'armement: une très légère correction au système fut faite en 1802 : on diminua le vent. Cette arme était très meurtrière jusqu’à 240 mètres, et frappait encore à 600 mètres. Le calibre était de 17 millim. 5, et le poids de 4 kilog. 575; la balle pesait 18 grammes à la livre, et la charge de poudre était de 10 grammes; on pouvait tirer jusqu’à 60 coups en 20 minutes, sans avoir besoin de laver l’arme; mais le nombre’des ratés était grand : 1 sur 6 ou 7 coups; par les très mauvais temps, l’infanterie se trouvait désarmée; le cas s’est produit au 52e en 1805, 1815 et 1814.
Outre la baïonnette, nous avons dit que certaines catégories de soldats portaient le briquet.
Jusqu’à la Révolution, et même pendant les premières guerres, les officiers subalternes portèrent le fusil. Les capitaines l’ont conservé peu de temps. Tous les officiers portaient l’épée : la garde était en cuivre doré, la poignée d’argent doré, et la lame plate et forte était longue de 26 pouces1 2. De la poignée pendait une dragonne, ou cordon à un seul gland, mêlé de lïlés d’or et de soie couleur de feu.
La tenue de service était marquée par un hausse-col de cuivre doré, orné, dans le milieu, d’un médaillon en argent aux armes du Roi.
En résumé, avoir bon air, c’était l’ambition commune des officiers et des soldats. « Lorsqu’elles durent entrer à Boston en 1782, les troupes françaises firent en plein champ une si belle toilette que jamais dans
une revue de parade, on ne vit troupes mieux tenues, plus propres et plus brillantes1 2. » — « Ces militaires coquets, en uni formes riants avec leurs couleurs claires, rehaussées de bleu, de rouge, d’argent et d’or, charmaient nos ancêtres, séduisaient les jeunes gens, qui s’engageaient parfois pour l’amour du costume, et frappaient d’admiration les étrangers. Le Français d’alors ne se contentait pas d’être fort; il ne lui suffisait pas de vaincre, il avait aussi l’ambition de plaire. »