‹ Histoire d'un regimentChapitre 5 sur 135 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

INTRODUCTION

meurenl en criant : « Vive la République! Vive la liberté! » l/ère des guerres est ouverte; elle va durer vingt-cinq ans, sans trêve ni merci. Tour à tour vainqueurs ou vaincus, toujours braves, quels sont ces soldais du 32° et. de la 32e demi-brigade?

Ce sont les «habits blancs» et les « babils bleus», unis par cette pensée nouvelle : la patrie menacée. Au début, ils sont rivaux. Les babils blancs, soldats de Louis XVI, appelaient les habits bleus des soldats de faïence; ils s’appelaient, eux régiments blancs, les soldats de porcelaine. Pourquoi? Parce que la porcelaine va au feu et que la faïence n’y va pas. Aujourd’hui que la légende des volontaires est réduite à ses justes proportions, il est équitable de convenir (pie, si les vieilles troupes avaient apporté dans les nouveaux régiments la discipline, le sang-froid, l’habitude du terrain et du coup de feu, les volontaires, eux, apportèrent leur flamme, leur jeunesse ardente et leur foi.

Nous avons confié le récit du siège de Mayence et de la guerre de Vendée à un soldat de porcelaine, à un de ces Mayençais qu’il nous fera connaître.

Un soldat de faïence, capitaine des volontaires du 2e bataillon de la Drôme, nommé à l’élection en 1791, contera les campagnes d’Italie (1796-1797), d’Helvétie (1798) et d’Égypte (1798-1801). Il nous montrera ce qu’ont été les premiers volontaires, ceux de 1791, leur esprit, leur apprentissage militaire. Il nous expliquera les causes de la valeur et du renom de la 52e demi-brigade.

Troisième Période. — Premier Empire.

25 septembre 1805, — 5 août 1815. ,

L état militaire s’appelle alors la carrière de la rjloire; tous s’y jettent avec ferveur. On ne va plus au l’eu avec 1 âpre joie du sacrifice au pays menacé; c’est poussés par l’ambition, l’amour de la renommée, 1 attrait du

INTRODUCTION

danger que les soldats de l’Empereur se ruent à l’assaut de l’Europe. « Ils savent que par chacune des barrières de leurs villes, on va à une capitale de l’Europe.... Pendant que les maris et les frères étaient en Allemagne, les mères inquiètes avaient mis au monde une génération ardente, pâle, nerveuse. Conçus entre deux batailles, élevés dans les collèges aux roulements des tambours, des milliers d’enfants se regardaient entre eux d’un œil sombre.... De temps en temps, leurs pères ensanglantés apparaissaient, les soulevaient sur leurs poitrines chamarrées d’or, puis les posaient à terre et remontaient à cheval....

« Un seul homme était alors en vie en Europe; le reste des êtres tâchait de se remplir les poumons de l’air qu’il avait respiré. Chaque année, la France faisait présent à cet homme de 500 000 jeunes gens —

« Tous les berceaux étaient des boucliers; tous les cercueils en étaient aussi; il, n’y avait vraiment plus de vieillards : il n’y avait que des cadavres et des demi-dieux....

« Et pourtant, jamais il n’v eut tant de joie, tant de vie, tant de fanfares guerrières dans tous les cœurs; jamais il n’y eut de soleils si purs que ceux qui séchèrent tout ce sang'.... »

Nous avons choisi deux types bien différents parmi ces soldats de l’Empire. « Un croyant simple, obstiné, qui aime l’Empereur avec une sorte d’emportement lyrique1 2 », fera le récit des campagnes de 1805, 1800 cl 1807. « 11 prend tout furieusement au sérieux : l’exercice, la théorie, la corvée même. La gloire! Napoléon! Il prononce ces noms comme un prédicateur celui de Dieu. »

Notre second narrateur « est un sous-lieutenant de Donne mine, d’humeur joviale et passablement sceptique. Il garde son sang-froid, et ne se laisse pas emballer par la gloire. 11 ne la nomme qu’avec un demisourire ».

11 débute par l’Espagne, et durant le récit de toute la campagne, nous le verrons servir avec méthode et combattre avec bravoure, parce qu’il est naturellement brave. Mais, dès le début, son esprit calme, observateur et narquois se révèle : « Nous commençâmes, dit-il, à comprendre que la guerre pouvait bien ne pas être la plus belle chose du monde. »

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