‹ Histoire d'un regimentChapitre 88 sur 135 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

A l’avènement du second Empire, les drapeaux furent modifiés, mais seulement en ce qui avait trait aux initiales républicaines.

1. A partir de celte époque, les documents du Dépôt de la guerre ne sont plus communiqués. Notre récit s’eu ressentira forcément. Quand le temps aura fait son œuvre d’apaisement et que la mort aura pris les derniers survivants de cette époque, alors seulement ces événements appartiendront à l’histoire.

Au |>rint(*nips de 1857,1e Ministre de la guerre adressa au Régiment une bande de soie sur laquelle était brodé : « Sébastopol, Inkeruiann et Traeklir»; elle fut cousue sur les drapeaux à la suite des légendes «le 1852.

Les deux premiers bataillons du 52°, sous les ordres du colonel, furent désignés, dès les premiers mois de 1855, pour faire partie de l’armée de réserve, destinée à donner une impulsion plus puissante et plus vive à la guerre d’Orient. Le jour du départ de Paris, le 12 mars, le colonel reçut de M. le maréchal Magnan, commandant en chef l’armée de l’Est, la dépêche suivante, qui fut mise à l’ordre du Régiment.

« Mon cher colonel,

« Je ne veux pas vous laisser partir, ainsi que votre brave Régiment, sans vous témoigner ma satisfaction pour le temps que vous êtes restés sous mes ordres. Le 52e de ligne a montré, dans toutes les circonstances, toutes les qualités militaires : sévère discipline, amour du métier, dévouement à l’Empereur. Je le suivrai de mes vœux et de mon intérêt dans la campagne qu’il va faire en Crimée; je serai heureux de ses succès et je les présage, car je sais qu’il porte haut son drapeau, et qu’ofliciers, sous-ofliciers et soldats connaissent tous cette belle parole de l’Empereur : « J'étais tranquille, la 52e était là! »

« L’Empereur Napoléon III, comme Napoléon Ier, aura à adresser, j’en suis certain, des éloges à vous et à votre brave Régiment, pendant le cours de la campagne qui va commencer, parce que toutes les fois qu’il abordera l’ennemi, l’ennemi verra que le 52e de ligne est là!

« Dites bien à vos officiers et à vos bons soldats que je suis en pensée avec eux, et que je serais bien heureux si jamais je me retrouvais à leur tète. »

Le Régiment s’embarqua à Marseille et Toulon, et arriva à Constantinople les 5 et 9 avril.

Un témoin raconte en ces termes le départ de la Joliette et l’arrivée devant Constantinople :

« L’heure sonne, on lève l’ancre. Le ciel est si bleu, si clémente est la mer, que, bientôt, les côtes de France s’évanouissent à l’horizon. En ce moment solennel, un silence régnait parmi nous, plus éloquent que des sanglots. La face tournée vers cette image de la Patrie, dont les derniers traits s’effaçaient au loin, chacun se recueillait involontairement dans des pensées d’adieu et de regrets à sa famille, au clocher du pays natal :

ainsi, un cortège d’amis fixe des yeux le cercueil d’un être chéri que la poussière du tombeau va recouvrir à jamais.

« Cette scène d’affliction spontanée et muette ne dura qu’un instant. L’insouciance ne tarda pas cà ramener la gaieté. Ce fut à qui se persuaderait le mieux que la guerre ne choisirait pas dans nos rangs ses victimes : et pourtant, combien ne devaient pas goûter les joies du retour!

« Fi du chagrin et de ses chimères! nous ne conservâmes au fond du cœur que l’espérance; et dès lors, de chanter et de rire. Le refrain de Tu t’en souviendras, Nicolas', etc.... fut répété par tous les échos du golfe du Lion....

« Quel tableau nous éblouit, quand, doublant la pointe du Vieux-Sérail, le navire entra dans les eaux de la Corne-d’Or, le roi de tous les ports de l’univers! Stamboul, la cité bien gardée, sur un amphithéâtre en face de l’Asie, étale ses monuments et ses maisons, labyrinthe de constructions en marbre et en bois, dont l’architecture ne rappelle ni les palais de Venise, ni les géométriques hôtels de nos villes, mais qu’on dirait l’œuvre de la plus capricieuse des fées.

« Contre leurs murs de face, les couleurs de l’arc-en-ciel se mélangent en un pittoresque désordre. À tous les étages régnent des balcons ou des galeries extérieures. Par milliers, kiosques, pavillons, colonnades couronnent les terrasses, au-dessus des toits. Les minarets, les tourelles, les clochetons se détachent sur l’azur du lointain, comme autant de statues de dieux fantastiques. Le dôme de Sainte-Sophie domine cette forêt de flèches; et à son sommet, de même qu’au faîte du sérail et des autres édifices profanes, brille le croissant doré, Labarum de l’Islam.

« Cependant, quelle tapisserie de feuillage! les sycomores, les lilas et les arbres de Judée élèvent leurs branches du sein de jardins suspendus qui éveillent, en cette cité des harems, le souvenir de Babylone.

Charlut, voltigeur au 32° de ligne. — 1849.

(Dessin de Raffct. Collection de M. le duc d’Aumale.)

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