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L’Empereur de Russie

HISTOIRE D’IJN RÉGIMENT.

Le lime, la vigne, les lianes marient, en grimpant, leur verdure aux splendeurs de la mosaïque (pic l’art du badigeon ottoman déploie sur les façades. On croirait de la mer, voir comme un immense bouquet de fleurs qui résume le paysage.

« Tandis que, sur le premier plan, une légion de vaisseaux agite ses mâts pavoises, à l’horizon s’étend un rideau noir formé par les cyprès du

Prise de la Courtine. — Siège de Rome.

(D’après une lithographie de Raffet. Collection de M. Auguste Cain.)

cimetière de Fera. Ainsi, l’image de la mort semble envelopper la capitale d’un peuple dont le fatalisme perpétue la léthargie.

« Nous nous élançâmes vers le quai, heureux de pouvoir, jusqu’au lendemain, visiter cette terre que nous prenions, sur la foi des romanciers, pour le vestibule du paradis de Mahomet.

« Le désenchantement est cruel, à mesure qu’on pénètre dans les coulisses de cette scène orientale, dont la perspective vous a souri, du port, avec tant de charme. O11 avait rêvé d’une belle vierge; et de tout près, ce n’est qu’un squelette. Partout des rues tortueuses, sales et sombres, des gens taciturnes, des habitations semblables à des tombeaux.... »

LA 32e DEMI-BRIGADE.

Le 52° faisait partie de la première brigade (général Montenard) de la 2° division d’infanterie (général d’Aurcllc) du corps de réserve que commandait le général Régnault de Saint-Jean-d’Angély.

Le capitaine Douay. — JD’après une lithographie de Raffet. (Collection do M. Auguste Cain.)

Il arriva au camp de Maslack, près Constantinople, le 11 avril 1855. Le choléra y sévissait : il y fut fort éprouvé. La fraîcheur extrême des nuits, succédant à des journées brûlantes, contribua certainement à propager le mal. L’été est quelquefois plus dangereux à cet égard que la

mauvaise saison, parce que la température y varie davantage du jour à la nuit, H qu’on n’a pas l’idée d’allumer de feux de bivouac, qui cependant seraient souvent nécessaires. Enfin, les hommes étaient imprudents, malgré la défense rigoureuse de sortir des tentes, le matin ou le soir, sans être complètement vêtus.

Le (S mai, tout le corps de réserve se transporte à Kamiesch. Chaque régiment laisse à Maslack un petit dépôt, commandé par un lieutenant et composé de quelques ouvriers, des hommes malingres et convalescents.

Les deux bataillons avaient un effectif total de 59 officiers et 1557 hommes. A leur arrivée à Kamiesch, ils trouvèrent le 3" 'bataillon, venu directement de France, et arrivé le 13 mai. Les deux premiers bataillons, à l’effectif de 500 hommes chaque, sous les ordres du lieutenant-colonel Méric de Bellefond1, s’embarquèrent le 51 mai pour Iénikalé. Ils y arrivèrent le 2 juin. Il s’agissait de détruire les immenses approvisionnements réunis dans les ports de la mer d’Azof.

Les troupes russes, dans cette partie de la Crimée, étaient réduites à 8 850 hommes. Hors d’état de résister aux forces très supérieures de l’attaque, elles évacuèrent Kertch et le fort d’Iénikalé, enclouant les canons, mettant le feu aux poudres, aux magasins, aux navires incapables de faire retraite. Les troupes françaises prirent position dans les ruines d’Iénikalé. Mais le but de l’expédition était rempli. Réduite à se ravitailler uniquement par Pérékop, l’armée russe de Crimée, déjà mal nourrie, allait fatalement et bientôt se trouver en retraite.

Le 52'“ se rembarqua le il juin, et arriva le 14 à Kamiesch, où il fit partie du corps de siège, chargé des attaques de droite, entre la baie du Carénage et le pont d’Inkermann. 11 ne prit part à aucun des assauts qui déterminèrent la chute de Sébastopol, mais il accomplit glorieusement une tâche pénible et ingrate.

Les travailleurs et les gardes de tranchée de la division d’Aurelle occupaient les batteries destinées particulièrement à brûler les vaisseaux russes, embossés dans la grande rade, ainsi que celles qui devaient contrebattre les ouvrages ennemis construits du côté nord de cette rade. La division fournissait de plus quelques avant-postes à l’embouchure de la Tehernaïa.

Le général Pélissier venait de prendre, des mains du général Canrobert,

1. On citait de lui ces mots si énergiques adressés dans un moment difficile : « Enfants, les canons de l'ennemi sont bourrés de croix d'Honneur jusqu'à la gueule. » Il fut tué, comme colonel du 91e, à Montebello.

LA 52e DEMI-BRIGADE.

le commandement en chef de l’armée d’Orient : « Je supplie l’Empereur, avait écrit le général Canrobert au Ministre, de me laisser une place de combattant à la tête d’une simple division. » L’armée, en voyant son chef descendre avec ce désintéressement, avec cette dignité tranquille, du pouvoir militaire suprême, accomplir sans regret un si grand sacrifice, et redevenir sans effort un subordonné volontaire, unissait au souvenir de ses épreuves, de ses souffrances, de scs misères, le souvenir attendri des soins qu’elle avait constamment reçus de lui, des consolations que lui avait prodiguées son âme généreuse; elle lui dévouait, d’un cœur ému, son admiration et, plus que jamais, son respect'.

Le général rendait cette affection aux soldats, qu’il appréciait comme ils le méritaient. Il écrivait le 19 mai au maréchal Vaillant : « L’armée est plus belle, plus remplie de confiance que jamais; elle honore la France et n’a cessé d’être pour moi une source des plus nobles consolations1 2 par le dévouement dont elle m’a entouré jusqu’à ce jour.

Elle est prête à accomplir les plus grandes actions.... »

Et le général Niel disait le 18 août :

« Nous avons beaucoup d’officiers malades; je ne disconviens pas que l’épreuve est rude; mais le pauvre soldat, c’est lui qui est admirable! »

Le 30 juin 1855, le colonel Cavaroz, lieutenant-colonel du 39e, prit le commandement du Régiment. Né à Cramans (Jura) le 28 mai 1808, il était sorti de Saint-Cyr le 1er octobre 1827. Il avait mérité la croix en Afrique, et comptait neuf campagnes.

Nous empruntons, dans son entier, à M. Camille Rousset la physionomie du soldat à cette époque. Il nous le montre au repos, au

Rischmann,

grenadier au 52° de ligne.

(Dessin de Raffet.

Collection de 51. le duc d’Aumale.)

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