CHAPITRE II
BERNARDIN ET HONORÉ PELl.ICOT.
Bernardin Pcllicot, fils d'Antoine , a attaché son nom à la construction du fort N.-D.-de-la-Garde. Ce fait est peu mentionné dans les histoires de Provence. Il n'a pas, il est vrai, une grande importance, au point de vue de l'histoire générale du pays ; mais pour les chroniqueurs ce détail ne manque pas d'intérêt; aussi a-t-il été recherché et constaté par un de nos analystes les plus distingués, M. Augustiu Fahre. Je dois à ToLligeance de ce savant historien la citation qu'on va lire sur le fort Notre-Dame , et par conséquent sui l'ingénieur qui en dirigea la construction.
« La montagne de La Garde, appartenait de \o\\[c ancienneté à l'ahhave de St-Victor de Marseilh*.
On l'appelait la Garde parce qu'il y avait là une vigie, ou tour d'observation, pour annoncer à la ville l'approche des ennemis. En 1214-, un Marseillais, nommé Pierre, mu par des sentiments de dévotion, traita avec Guillaume , abbé de St-Victor, pour la construction d'une chapelle dédiée à la Sainte- Vierge, sur cette montagne, à côté même de la tour où la ville entretint deux gardiens après 1215, comme elle fesait auparavant. Des chartes et des délibérations municipales établissent ces faits d'une manière très-précise. La chapelle de N.-D.-de-la- Garde devint un lieu de pèlerinage et un objet de grande dévotion pour les habitants de Marseille, et principalement pour les marins.
» François 1" vint pour la première fois à Marseille, en 1 514 ; il y fit son entrée le 22 janvier. Cette viUe qui avait alors une enceinte fortifiée, était la première place de guerre en Provence ; le roi remarqua cependant qu'elle n'était pas suffisamment défendue du côté de la montagne de la Garde, et conçut la pensée d'y faire élever un fort. Dix ans après, en 1524, lorsque la ville eut à soutenir un siège contre larmée impériale commandée par le connétable de Bourbon, les gens de guerre regrettèrent l'absence de ce fort qui eut rendu les plus grands services aux assiégés. Aussi , après la retraite des Impériaux, François I" informé de ce qui s'était passé, donna-t-il des ordres pour la
construction du fort. Il confia l'exécution de ce projet à UQ ingénieur nommé Pcllicot.
» Le fort fut construit en Tannée 1520. Il prit le nom de l'ancienne chapelle de N.-D. -de-la- Garde, qui se trouva englobée dans son enceinte. Ce fort n'eut rien de commun avec les grands ouvrages de défense qu'on éleva plus tard à l'aide des progrès de Tart des fortifications. Cet art, illustré par les travaux de Vauban et de Coliorn, était dans son enfance sous le règne de François I" ; mais l'ingénieur Pellieot savait tout ce que l'on pouvait savoir à cette époque, et le fort de N.-D.-de-la- Garde fut regardé, pendant assez longtemps, comme très-respectable et très-digne de sa destination.
)) Antonius Arena , qui sans doute n'était pas dépourvu de connaissances militaires après avoir fait deux campagnes en Italie, et après avoir pris, d'un autre côté, une part fort active à la défense de ses compatriotes de Provence, contre l'invasion de Cliarles-Quint, s'exprimait ainsi en I;)57, dans hi meygra entrepriza.
« De garda domiiui fortissima nostra beata » « Massiliam gardât et hone salvat eain. »
» Ces deux vers, ajoute M. Au<:ustin Fabrc, — à (\m '\'m emprunté les détails (|ui précèdent, — sont Irès-dignes d'attention , car Arena est en général
fort exact sur les faits, au milieu de ses facéties macaroniques (1). »
La construction du fort de N.-D.-de-la-Garde par l'ingénieur Bernardin Pellicot, est également mentionnée par M. Noyon, dans sa Statistique du Var; il en est parlé avec plus de détails dans le journal de l'avocat Pellicot, qui écrivait vers le milieu du xvn" siècle. « Bernardin, y est-il dit, fit faire et bâtir le » fortdeN.-D. de Marseille, où ses armes sont » empreintes en une vieille porte de pierre fré- » jau (2) et au-dessus de la dite porte sont les » armes du roi ; de l'autre côté se trouvent les » armes de la ville de Marseille. »
Les auteurs de la Statistique des Bouches-du-Rhme, d'accord avec le rédacteur de ces notes et avec M. Augustin Fabre sur la construction du fort, ne font pas connaître le nom de l'ingénieur qui fut chargé de le faire édifier ; ils parlent des armes de François l'' qui existaient sur la porte du fort, mais ils ne font aucune mention des armes de la ville de Marseille, ni de celles des Pellicot (3).
(1) Notes inédites sur la ville de Marseille.
(2) Fréjau ou Fregeau, pierre vive, du celt. Freg. (Achard, Dict. de Provence]. Freg. du lat. Frigidus (Raynouard, Lexique roman). Frejau^ pierre dure et froide (Lacombe, Dict. du vieux langage.
(3) Statistique des Bouches-du-Rhône, t. ii, page 713.
Honoré Pelliœt , second lils du franc - arclier Antoine, et frère de l'ingénieur Bernardin, rendit des services signalés à François I" qui , d'après la tradition, lui confia diverses missions importantes ; mais tout en admettant qu'Honoré ait pu jouer un rôle dans les affaires de cette époque et dans les armées du roi, je n'en ferai pas mention ; car les faits relatés dans le journal de l'avocat Pellicot et même dans la Statistique du Var , ne me paraissent pas suffisamment prouvés (1). Il est certain, cependant, que François I" fit toujours le plus grand cas des services rendus par cette famille. Il en tint compte notamment, en i 544 , comme nous le verrons bientôt , lorsque Antoine Pellicot, fils d'Honoré se mit sur les rangs l)Our obtenir la charge de secrétaire archivaire que
(1) D'après M. Noyon, auteur de la Statistique du Var, (p. 489), ringénicur Bernardin aurait commandé les troupes que François 1er envoya au secoui^s des princes de l'empire contre Soliman, empereur des Turcs. D'un autre côté, l'avocat Pellicot, attribue ce fiiit à Honoré, ce qui serait plus probable, car l'ingénieur qui avait construit le fort N.-D.-de-la- Garde de Marseille, en 1525, devait être très-iigé à l'époque où Charles-Quint demanda des troupes à François I«t pour marcher contre Soliman (soit en 15-40, selon Gaufridi, pag.4(>4). Mais les historiens des guerres du rogne de François I^""", ne parlent pas de cette mission confiée à Pellicot , et moins encore des troupes commandées par ce nuMue I^rovençal, loi*s de ratta(iue du fort de Nice , comme ratlirment M. Noyon et les papiers de la fanulle Pellicot.
-aile gouvernement de Provence venait d'accorder à un étranger nommé Ricci.
Honoré Pellicot se maria à Seillans et eut trois enfants :
L'aîné, Antoine, né en U94 , fut Maître rational de la Chambre des Comptes de Provence.
Le second, nommé Bernardin comme son oncle, naquit en 1497. Il fut reçu avocat à Aix et vint ensuite exercer la profession de notaire à Seillans.
Le dernier, Boni face, né en 1514, fut nommé procureur général au Parlement d'Aix , en 1 564, après avoir acquis une grande célébrité comme avocat, et mourut Président à mortier, en 1585.