‹ Histoire d'une ancienne famille de ProvenceChapitre 2 sur 16 · ORIGINE DE LA FAMILLE TELLICOT · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA FAMILLE TELLICOT

Le nom des Pellicot apparaît pour la i)reniière fois en Provence, vers la lin du xv" siècle. On sait (juil existait, à cette époque, dans le lieu de Seillans, petit village situé non loin de Draguignan , un père de famille nommé Honoré Pellicot , dont le llls aine naquit en 1494 et devint Maître rational à la Chambre des comptes d'Aix (1). On sait également (jue Bernardin Pellicot, frère d'Honoré fut un ingénieur de mérite el (^u'il fit construire, en M'rlV). le forl N.-D. -de-la-Garde qui domine la ville de Marseille (2).

(1) Acte notarié du 18 mai 1579, minutes de M"-' P;istoret, notaire à Seillans. ~ Papiers de famille.

(2) Statistique des Bouchcs-du-niiône. t. ii. \k\i:o 71:?, — Statistique du Var, p. 489. — Notes et documents manuscrits de M. Auguste Fabre, auteur de divers ouvrages sur la Provence.

Ces faits sont authentiques, et, à partir d'Honoré jusqu'à nos jours , la généalogie est parfaitement établie ; elle s'appuie sur des contrats de mariage, des testaments et divers autres actes notariés où la filiation est indiquée de la manière la plus précise.

Pour remonter plus haut il faut recourir à des suppositions plus ou moins fondées. Cependant il résulte d'un document historique qu'en l'année 1469 , un nommé Antoine Pellicot, servait en qualité de franc-archer, sous les ordres de M. de Chevrières , qui guerroyait , en ce moment , dans le Roussillon. Or cet Antoine Pellicot pourrait bien être le père d'Honoré , lequel aurait donné le même prénom à son fils aîné , selon l'usage reçu en Provence , qui veut que le premier né soit tenu sur les fonds baptismaux par l'aïeul paternel.

Ici , les membres de la famille Pellicot qui se sont occupés de leur généalogie se demandent si le francarcher Antoine Pellicot, qui servait en Roussillon, en l'année 1469 , n'était pas originaire de Normandie , et par suite un descendant de Jean de Pellicot, qui suivit en 1090, à la première croisade, Robert de Courteheuze , fils aîné de Guillaume le conquérant (1).

(1) Gabriel de Moulon, curé de Maneval, auteur d'une histoire générale de Normandie cite, en effet, parmi les seigneurs qui accompagnèrent en Palestine Bobert de Courteheuze

C'était le rêve de tous les gentilshommes , avant la Révolution , de pouvoir rattacher par un point quelconque leur généalogie à celle d'un croisé. Mais dans le cas actuel la chose parut difficile au dernier rédacteur des notes sur la famille Pellicot , qui écrivaitverslafindu xvnr siècle. Il eut le bon esprit de rejeter toutes les suppositions hasardées de ses prédécesseurs et de s'en tenir à la généalogie plus modeste qui ne remonte qu'au franc-archer Antoine Pellicot. Ce qu'il dit à ce sujet est assez original. Je copie textuellement :

« Qu'elle est lorigine de la famille Pellicot? U n'est pas facile de lu découvrir : je ni rai pas, me nourrissant de chimères , connue plusieurs de mes ancêtres et plusieurs grandes familles de ce royaume et de la province, en chercher la source dans un Romain ou dans des souverains ; je n'irai pas, comme les Castellane qui veulent descendre des rois de Castille, les Coriolis qui veulent descendre du fameux Coriolan, etc. , etc. , chercher la tige de ma famille dans M. Lollius Palicanus qui, tribun du peuple, Tan de Rome 677 obtint de Pompée le rétablissement du tribunat dans tout son lustre , et fit rendre à sa place toute

duc de Normandie et Godefroy de Bouillon, duc de Lorrains . Jean de Pellicot; (catalogue, page n» 10); mais il y a lieu do remarquer que les armes de ce seigneur n'ont aucune analogie avec celles des Pellicot de Provence. Elles étaient pale d'or et d'azur, de six pièces, à un chef de gueules et une bande dlicrmiiic; tandis que les Pellicot de Provence j>ortont<r<ï:i<r à une l'ace d'anjcnt acco)npa(j)u'r de trois poires d'or, lieiix en chef et Vautre en pointe.

l'autorité dont Sylla l'avait dépouillée comme on le voit dans l'histoire romaine par Rollin. t. 5 p. 394 (1).

» Mes pères appuyaient leur fable sur les armes du Pélican que la famille a toujours conservé. Nos armes, en effet, étaient autrefois comme on le voit dans des cachets de toute ancienneté que je possède, d'azur à un Pélican avec sa piété et une poire en chef à sa gauche. Dans la suite ces armes ont été divisées dans la famille Pellicot : Les uns portent le Pélican seul avec sa piété (ce sont les armes de ma mère), les autres une face émargent accompagnée de trois poires d'or, deux en chef et Vautre en pointe^ supports et cimier, des lions d'or, les uns et les autres ont conservé le champ d'azur (2) .

» Je n'irai pas, comme quelques autres , chercher mon

(1) L'auteur de ces notes , tout en repoussant comme futile la pensée de faire de ce Pallicanus le fondateur de sa famille, se plaît cependant à signaler les circonstances qui établissent une similitude de caractère entre le Romain, revendiquant les prérogatives du tribunat, et le Provençal Boniface Pellicot faisant restituer à Fassessorat ses anciens privilèges , en 4556. Il ajoute plus loin, dans le but sans doute de faire remarquer que le Pallicanus de Rome était aussi éloquent que le célèbre avocat Boniface Pellicot de 1556^ « c'est de ce Pellicanus que Saluste (Quintil. liv. iv ch. 1) dit : Palicanus loquax magis quant fuUendus. »

(2) Esprit de Pellicot, auteur de ces notes, était fds d'Ignace Pellicot qui avait épousé en secondes noces demoiselle Dorothée de Pellicot, une cousine sans doute. Ignace Pellicot avait eu de sa première femme sept enfants, celle-ci lui en donna dix-sept. Esprit l'un de ses vingt-quatre enfants, était né le 6 février 1738 ; il avait été reçu avocat le 17 juin 1755, et prêta hommage pour une partie de la juridiction de Seillans le 7 janvier 1784. Il rédigea les notes sur sa famillepeu de temps après.

origine dans une famille illustre d'Angleterre qui aui-ail quitté sa patrie pour échapper aux persécutions du schisme d'Henri VIII, et dire que mes pères , plus jaloux de leur foi que de leur fortune , ne balancèrent pas d en faire le sacrifice k leurs persécuteurs ; qu'ils abandonnèrent leurs biens et vinrent s'établir les uns en Bretagne, et les autres en Provence. Cela me paraît une fable qui a sa source dans ce fait quil y a en Angleterre une famille et un village appelés Pelicon. Pour démontrer que ceci est une fable il suffit d'observer ([ue c'est en 1531 que Henri VHI, roi d'Angleterre, renonça à la couronne romaine et se déclara chef de l'Eglise anglicane. Or à cette époque les Pellicot existaient déjà depuis longtemps en Provence.

A Ce qu'il y a de plus certain, d'après la tradition et les titres, c'est qu'en 1469 Antoine Pellicot servait en Roussillon en qualité de franc-archer sous M. de Chevrières (1). La tradition nous apprend encore que le fils aîné de cet Antoine , qui s'appelait Honoré, suivit le parti des armes comme son père, et que le frère de ce dernier nommé Bernardin, se distingua tellement dans les mathématiques, ([u'il mérita le titre de grand ingénieur de France. C'est en celte qualité qu'il dirigea la construction du fort de N.-D.-de-la-Carde de Marseille (2). »

(1) La preuve en est dans l'extrait que j'ai du rôle en «lato du 18 mai '14()9, des 800 francs-archers commandés par M. do Chevrières en Roussillon, parmi les([uvls il y a au Xi> [ViO Antoine Pellicot. La preuve en est encore dans rhistoin* des hommes illustres de la Provence par une société de ^ons di* lettres, imprimée à Mai-seille chez Mossy, Tan 1787, t. ii, page 448. — Notes d'K»'p)'it Pellicot.

(2) Extrait du livre de raisons de la l'iUMille IN^llicot, notes rédigées par Esprit de Pellicot vers la (indu \viii^> siècle.

J'accepte volontiers ces conclusions.

M. de Chevrières, gentilhomme du Dauphiné, envoyé au secours du roi René, comte de Provence, pendant les premières années de son règne , par Charles VIlï, fit partie plus tard des troupes qui occupèrent le Roussillon sous le roi Louis XI dont il était connu (1); il dut se trouver ensuite parmi les gentilshommes que ce prince mit à la disposition du duc de Calabre, fils de René, pour Taider à prendre possession du comté de Rarcelone , et à faire la guerre au roi d'Aragon leur ennemi commun (2). Mais le duc de Calabre étant mort le 16 décembre 1470, les troupes qui l'avaient suivi à Rarcelone se dispersèrent. Ce fut à cette époque probablement, qu'Antoine Pellicot, ayant reçu son congé de M. de Chevrières, vint s'étabhr en Provence et se maria à Seillans. Ce qui est posifif et attesté par des documents authentiques, c'est que vers ce temps-là , naquirent dans la petite ville de Seillans, Honoré Pellicot , qui fut le père de deux magistrats distingués, et Bernardin Pellicot, qui fut lui-même un grand ingénieur (3).

(1) Voyez MoRERi, Lictionnaire général^ au nom de Croix- Chevrières.

(2) Histoire du Roussillon, pari). M. J. Henry, t. ii, p. 89.

(3) Statistique du Var, par M. Noyon; page 479.

Je parlerai d'abord du plus jeune des deux frères dont la postérité n'est pas connue si toutefois il se maria , et je reviendrai ensuite à Honoré , l'aîné , qui eut une nombreuse descendance.

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