NOËL PARFAIT
A M. Maquet, rue de Bruxelles.
Dumas, en recevant la lettre de Noël Parfait, n'a pas une minute d'hésitation ; retrouver son collaborateur, son ami, quelle joie ! Il bénirait volontiers Noël Parfait, il embrasserait Maquet: Quoi ! On pourra reprendre la vie d'autrefois ; c'est le rêve ; mais en grand enfant qu'il est, il oublie les termes du traité qu'il a signé avec Raphaël Félix : puis, dans un de ses voyages à Paris, en causant avec Noël Parfait, il se rappelle tout à coup que la pièce tirée du Vicomte de Bragelonne est faite, qu'elle doit être mise en dehors de toute convention, et il charg-e Noël Parfait de s'acquitter de cette délicate communication. On verra par la lettre suivante que la mission était difficile à remplir.
Paris, 3o novembre 1860.
Mon cher Maquet, Dumas étant venu passer quelques jours à Paris,
je lui ai mis sous les yeux copie de la lettre que je vous avais écrite le 0 octobre dernier pour vous offrir en smi nom la collaboration dans toutes les pièces non encore représentées qui pourraient être tirées des romans que vous avez composés ensemble. Tout en approuvant le contenu de cette lettre, Dumas m'a fait observer que, du nombre des pièces en question devait être excepté le drame lire du Vicomte de Bragelonne, sous le titre de Marchialiou Lu Vin 'les Mousquetaires et cela pour la raison que. d'une part, ce drame est complètement achevé. e\ que. d'autre part, il fait l'objet d'un traité conclu antérieurement à ses offres de collaboration.
Veuillez donc, mon ami, tenir compte de cette réserve et regarder le présent avis comme une annexe ou un post-scriptum à ma lettre du 6 octobre. A vous de tout cœur,
SOËL PARFAIT.
Maquet fut révolté. Quoi ! Dumas faisait une exception pour Le Vicomte de Bragelonne ou La Fin des Mousquetaires, alors que Maquet avait entre les mains les preuves de cette collaboration.
Nous retrouvons en effet dans les papiers de
Maquet un bon de soixante-quinze francs que le copiste devait remettre en décharge, contre le prix de sa copie, à la Société des auteurs :
Bon pour copie de quinze tableaux de Une Restauration ou la Fin des Mousquetaires. — Soixante-quinze francs.
Paris, le 21 janvier i85i.
A. DUMAS
Dumas, 87,50.
Maquet, 37, 5o.
La pièce existait donc en i85i, puisque la copie est payée par Dumas et Maquet. Bien plus, Dumas notait un incident de la pièce (incident qui se retrouve à la fin du Vicomte de Bragelonne), et constate que la pièce est faite, ainsi que l'atteste ce billet :
Mon cher ami,
Le principal en ce moment est que la pièce soit faite, et c'était surtout de la pièce que je voulais vous parler.
Je crois qu'il ne faut pas prévenir le Prince du masque pour eu faire une scène terrible dans la
prison. Il croira d'abord être réintégré seulement, puis en outre il aura ce surcroît de douleur. A vous.