DE CHILLY
Paris, le 4 janvier 1860.
Mou cher Maquet,
D'après le désir que vous m'avez exprimé et le grand travail que vous nécessite le remaniement complet du manuscrit, la prime de trois mille francs que je devais vous payer ainsi qu'il suit :
1,000 francs en recevant le manuscrit.
1,000 francs à la quarantième représentation.
Et 1,000 francs h la quatre-vingtième, vous sera payée en une seule fois dès que j'aurai reçu Je manu-
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scrit complètement terminé du drame La Dame de Monsoreau.
Bien à vous.
DE CIIILLY.
Le drame fut représenté à l'Ambigu le 19 novembre 1860, alors que depuis dix ans environ toute collaboration avait cessé.
LE VICOMTE DE BRAGELONNE, OU MARCHIALI, OU LA FIN DES MOUSQUETAIRES, OU LA MAISON PLANCIII.T ET C'e
Durant son exil volontaire à Bruxelles, Dumas avait pris comme secrétaire un de ses amis, Noël Parlait, proscrit au coup d'Etat de i85i et réfugié à Bruxelles.
Noël Parfait était chargé de copier et démettre au net les romans de Dumas; besogne assez lourde, assez fatigante, car Dumas avait une écriture très fine et Noël Parfait une vue assez défectueuse. Dumas écrivail au courant de la plume, et Parfait avait toutes les peines du monde à le suivre, quoiqu'il travaillât tout le jour et une partie de la nuit.
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Noël Parfait aimait beaucoup Dumas, qu'il tutoyait, et, quoique étant plus jeune de dix ans, il était pour lui une sorte de conseiller ; mais son admiration et sa fidélité ne l'empêchaient pas de dire nettement même des vérités désagréables, mais avec une bonhomie souriante. Il reprochait à Dumas sa vie de prodigue, il regrettait surtout de le voir entouré d'hommes d'affaires, plus ou moins suspects, et le blâmait d'avoir amené, par la faute de son entourag-e, ce procès de i858 qui l'avait brouillé avec son meilleur ami, alors qu'avec un effort on aurait pu l'éviter. Noël Parfait avait également une vive amitié pour Maquet. Certes, il pensait que Dumas avait peut-être commis une faute en refusant à Maquet la satisfaction légitime qui lui était due, mais il pensait aussi que Maquet avait été un peu sévère et un peu amer pour Dumas.
Il reconnaissait que cette collaboration avait été heureuse et fructueuse, il avait gardé la conviction qu'elle pourrait et devrait être reprise, et il espérait, en sa qualité d'ami, être l'instrument d'une, réconciliation.
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Lors de l'amnistie de 1809, il rentra en France et fut attaché à la librairie de Michel Lévy, mais il resta en correspondance suivie avec Alexandre Dumas. Or, un beau jour, Maquet reçut de Noël Parfait la lettre suivante :
Paris, 6 octobre 1860.
Mon cher Maquet.
Dumas, on quittant la France au mois d'avril dernier, a laissé entre les mains de M. Raphaël Félix, spécialement chargé de ses affaires théâtrales, le manuscrit de plusieurs pièces tirées de romans qu'il a faits en collaboration avec vous. La plupart il pièces, éeiïles un peu à la hùle, ont, paraît-il, besoin d'être retouchées, remaniées ou refondues, et l'absence prolongée de Dumas empêche (pu- pour ce travail mu puisse recourir à lui-même. Le cas est prévu dans le traité avec M. Raphaël Félix, et des collaborateurs éventuels y sont nominativement désignés ; mais ces collaborateurs, parmi lesquels \011s ne ligure/, point, ou élèvent des prétentions inadmissibles, ou reculent devant la responsabilité à prendre. Dans cette occur- \ voici ce que j'ai cru devoir écrire à Dumas, en nia double qualité d'ami et de Coudé di< pouvoirs : . Au li«u de laisser Raphaël colporter ces pit
sans résultat aux dépens de ton amour-propre et de ta réputation, ne vaudrait-il pas mieux prendre un parti qui, à mon avis, ferait autant honneur à ta loyauté qu'il serait profitable à tes intérêts? Ne vaudrait-il pas mieux, pour ces pièces comme pour toutes celles que peuvent fournir encore tes romans avec Maquet, prendre le collaborateur le plus naturel, celui qui, après toi, connaît le mieux la matière, c'est-à-dire Maquet lui-même ? Votre collaboration a toujours été si heureuse que je verrais là un regain assuré de quelques centaines de mille francs, et cela vaut bien la peine d'y songer, cher prodigue !
<( Je sais bien que cette proposition faite ainsi ex abrupto peut soulever de ta part certaines observations à cause des démêlés que tu as eus avec Maquet, mais je me suis dit tout ce que tu pourras te dire, et en définitive je persiste dans mon idée ; je crois fermement, sincèrement, mon ami, qu'en te conseillant ce retour vers Maquet, je te donne un bon conseil, et qu'aucun de ceux qui t'aiment réellement ne me désapprouvera. Dis un mot et l'affaire se fera, je l'espère. A qui plus qu'à loi appartient-il de céder à un bon mouvement, d'abjurer noblement toute idée de rancune? J'aurais toujours été étonné, moi qui te connais bien, de te voir soutenir tous ces procès contre Maquet, si je n'en avais attribué la cause à un mau-
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vais entourage. Sors enfin des grilles des hommes d'affaires, redeviens toi-même, c'est-à-dire le bon, l'excellent Dumas, toujours prêt à rouvrir sa main et son cœur à ceux même qui peuvent lui paraître l'avoir un instant méconnu. »
Sur la page même où je lui écrivais cela, Dumas s'est empressé de me répondre :
« Montre à Maquet ta propre lettre et dis-lui, en lui serrant la main, que rien ne pouvait me l'aire plus de plaisir que ta proposition. »
Je viens donc aujourd'hui, mon cher Maquet, au nom de Dumas qui m'a laissé une procuration générale chez Maître Lemonnycr, notaire à Paris, vous offrir de collaborer à toutes les pièces non encore représentées qui pourront être tirées des romans que vous avez faits avec lui Dumas ; il est bien entendu que vous aurez dans ces pièces la même part de droits que celle qui vous était attribuée dans les pièces qui vous sont déjà communes.
La correspondance que je vous ai sou mise vous montre dans quel esprit de conciliation cette démarche est faite et je crois connaître assez vos sentiments pour espérer que vous l'accueillerez avec empressement et avec joie. Je serai bien heureux pour ma part si j'ai pu contribuer à faire cesser de regrettables dissensions entre deux hommes que j'aime également
et qui auraient dû rester toujours unis par le cœur aussi bien que par le talent.
Tout à vous.