VERS, PIECES DIVERSES
J'ai encore écrit pour Gérard, qui ne pouvait arriver à tenir ses engagements :
Raoul Spitaine, nouvelle.
Le Fort de Ditche.
Dans ce dernier travail, dont Gérard fournissait le plan, il me fut aisé de comprendre combien ce cerveau surexcité avait pris de vertige et d'ombres noires. Son plan, confinait à la folie, le dénouement était insensé. Je le lui dis, Gérard persista. Il signait, je le laissai faire.
Ces deux ouvrages parurent dans des journaux en feuilletons.
Toujours courant les rédactions, K-s théâtres et les ateliers ou laboratoires de ses amis, Gérard écrivait au hasard sur 1<> premier coin de table venu, dans un oil quelconque; menus caraci nés entas-
brimborions de papier quelconques. Il s'y reconnaissait, mais j'ai toujours admiré que les compositeurs parvinssent à déchiffrer ces étonnants grimoires.
Gérard était d'ailleurs indéchiffrable lui-même. Nul
ne tint jamais le fil conducteur de sa bizarre existence.
Quiconque eût cherché à constater ses habitudes, ses
points de repos, ou à prévoir ses résolutions, eût
■ échoué neuf cents fois sur mille. Il ne questfonnait
l6 HISTOIRE D UNE COLLABORATION
jamais, et, très faible pourtant, n'aimait pas qu'on le questionnât.
Les heures étaient dures pour les débutants. Elles n'ont pas changé. En outre Auguste Maquet était affligé d'une timidité qui le poussait à ne rien signer tant qu'il ne se sentirait pas assez sûr de lui. Et cependant il n'était pas dépourvu de moyens d'action, il était rédacteur à VEntracte, au Vert- Vert, au Journal de Paris, à d'autres journaux encore. Car il donnait beaucoup de copie. Il avait des amis, il avait du talent.
Pourtant cette vie partagée entre les lettres et l'Université ne pouvait se prolonger.
La fréquentation des jeunes écrivains, des poètes, des journaux, des théâtres devait l'amener à rompre avec l'Université; et, enrôlé déjà dans le bataillon de ceux que Philothée 0' Neddy appelait les brigands de la pensée, Maquet choisit résolument la carrière littéraire.
GERARD DE NKRVAL