‹ Histoire d'une collaborationChapitre 29 sur 34 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

D'Artagnan, Planchet.

D'Artagnan dit qu'il n'a pas vu Truschen et commence son affaire avec Planchet.

Tâcher de ramener Truschen à la fin.

A vous .

Ainsi armé, Maquet se décide à intenter un procès à Dumas, et rédige cette note pour son avocat :

Il ne s'agit pas de savoir si un jugement a reconnu M. Dumas seul propriétaire des ouvrages qu'il a faits en collaboration avec M. Maquet et si, par conséquent, M. Dumas a eu le droit de tirer d'un de ses romans une pièce de théâtre.

Le jugement en question est du 3 février i858. Or,

en iS5i, M. Maquct a écritavecM. Dumas trois pièces de théâtre tirées du roman Le Vicomte de Bragelonne. L'une de ces pièces, formant deux drames, Le Vicomte de Bragelonne et La Vieillesse des Mousquetaires, chaque partie en 5 actes et plusieurs tableaux, la troisième pièce sous ce titre La Maison Planchet et C'°. Les deux premières pièces ont été présentées à l'Ambigu Comique et reçues au nom de M. Dumas et au nom de M. Maquet par les artistes sociétaires alors directeui's de ce théâtre.

La troisième, La Maison Planchet et C'\ écrite aussi en i85i, était demandée au théâtre des Variétés par M. Thibaudeau, toujours au nom des deux collaborateurs.

Nous offrons l'attestation de M. de Chilly et celle de M.Verner, les seuls sociétaires vivants aujourd'hui, qui déclarent que la pièce en deux parties, Le Vicomte de Bragelonne, La Vieillesse des Mousquetaires , leur a été lue par MM. Dumas et Maquet lorsqu'ils étaient directeurs de l'Ambigu.

Nous produisons la lettre de M. Dumas qui annonce à M. Maquet, le 24 janvier i85i, qu'il vient de traiter en leurs deux noms avec l'Ambigu pour la représentation du Vicomte de Bragelonne en deux parties. Mais ces trois ouvrages, composés par M. Maquet et par M. Dumas, n'ayant pu être représentés alors, soit à

cause des grandes dépenses qu'ils eussent nécessitées (rx\mbigu n'était pas riche alors, en 1 85 1), soit à cause des engagements d'acteurs que le théâtre des Variétés eût été contraint de faire pour un ouvrage hors de son cadre, ces trois ouvrages, disons-nous, sont restés dans le portefeuille des deux collaborateurs, ou plutôt dans celui de M. Dumas seul, qui les avait repris aux théâtres. Et pendant neuf ans M. Maquet n'en a plus entendu parler. M. Dumas avait fait faillite doublement, la collaboration était rompue ; on allait plaider, on plaidait. Tout à coup, M. Dumas fait recevoir en 1860 au théâtre du Cirque un drame annoncé d'abord par les journaux et le théâtre lui-même, sous ce titre : Le Vicomte de Bragelonne. Déjà, même, on avait offert cette pièce à la Porte-Saint-Martin sous ce titre: Marchiali, Vieillesse des Mousquetaires. L'affaire n'avait pas eu de suites.

Mais M. Maquet, qui déjà était averti de se tenir sur ses gardes, commença de s'inquiéter en apprenant que le drame s'annonçait au Cirque. Il manifesta son étonnement à quelques personnes, notamment à M. Noël Parfait, fondé de pouvoirs de M. Dumas. Presque aussitôt, une note émanée du théâtre du Cirque parut dans les journaux, annonçant que Le Vicomte de Brar/ehnnc était retiré pour être remplacé par un autre drame encore de M. Dumas, et sur lequel

aucune réclamation de collaboration ne pourrait être exercée.

Ce drame aurait pour titre : Les jumeaux de la Reine. C'est alors qu'une étrange opération s'accomplit dans le laboratoire du Cirque. On refondit purement et simplement la pièce primitivement reçue sous le titre Le Vicomte de Bragelonne ou Marchiali, on en supprima le personnage du Vicomte de Bragelonne, on changea le titre et Le Prisonnier de la Bastille fit son apparition.

Mais à ces mots : Le Prisonnier de la Bastille, l'affiche ajoutait ceci : Fin des Mousquetaires, qui éclairé absolument la question. C'est en effet la Fin des Mousquetaires, ou Le Vicomte de Bragelonne ou Marchiali, l'une de ces trois pièces composées en i85i par MM. Maquet et Dumas sur leur roman du Vicomte de Bragelonne. C'est cette même pièce reçue à l'Ambigu en i85i, offerte à la Porte-Saint-Martin en 1869, puis donnée en 1860 au Cirque.

Elle a été dénaturée, hachée, tronquée, gâtée ; elle a été sifïlée par suite de ces honteuses mutilations, mais elle n'est pas moins l'une de ces trois pièces, peut-être deux, peut-être trois, des pièces faites par MM. Dumas et Maquet en i85i et demeurées dans le portefeuille de M. Dumas seul à cette époque.

Que si l'on en doute, on verra ces trois pièces énon-

Page 1