‹ Histoire d'une collaborationChapitre 32 sur 34 · V. VERNER · texte numérisé non relu

V. VERNER

21, rue de Paris, à Belle ville.

Malgré la protestation de Maquet, le théâtre du Cirque annonce la première représentation. Maquet, qui aurait pu hésiter à faire le procès, est cette fois résolu à répondre à cette provocation ; il écrit les lettres suivantes à un ami qui est évidemment son avocat :

Mardi 12 mars 1861, mardi matin.

Mon cher ami,

Nous n'aurons pas longtemps à attendre. Hier, lundi, l'affiche portait :

Vendredi i5 mars, première représentation de

Le Prisonnier de la Bastille.

Fin des Mousquetaires.

Aujourd'hui, réclames dans les journaux.

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Je vous envoie celle du Moniteur (i). Ainsi, plus d'hésitation. Marchons.

A vous.

MAQUET

6 Juillet iSGi, samedi matin.

Cher ami,

Les tableaux que vous m'avez communiques ne sont qu'une compilation de certains chapitres du roman, c'est-à-dire une paraphrase verbeuse et maladroite de la pièce en deux parties de i85i.

Cette compilation a-t-elle été faite pour isoler le drame Marchiali du drame Vicomte de Bragelonne? Peut-être, mais elle ne reproduit pas moins tous les traits principaux de la pièce de i85i, de même que cette autre compilation nommée Le Prisonnier de la Bastille reproduit, en les défigurant honteusement, et les pièces de i85i et ces mêmes Jumeaux de la Reine.

Je suis plus affirmatif que jamais dans le désir d'écarter toute discussion de détails misérables pour arriver à la position de ces questions :

1° M. M... a-t-il fait avec M. D... en i85i un drame intitulé la Fin des Mousquetaires ?

(i) A la lettre est jointe un extrait du Moniteur donnant la distribution de la pièce.

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2" Les différentes altérations qu'on a fait subir par fraude et par sottise à ce drame ont-elles substitué un autre sujet au sujet de i85i ?

3" Enfin, est-il possible à M. Maquet, à M. Dumas lui-même de faire représenter au Cirque une pièce intitulée : Fin des Mousquetaires ?

Et voilà. Le tribunal fera le reste.

Veuillez, bon ami, renvoyer à Nogent les tableaux et au besoin cette lettre avec toutes mes amitiés.

Je souffre toujours horriblement.

A vous,

MAQUET

La situation de Maquet était très nette. Dumas, contre toute vraisemblance et toute justice^ revendiquait la paternité exclusive du Vicomte de Bragelonne. Mais une complication se dressait. Un traité passé en 1809 entre Raphaël Félix et Alexandre Dumas donnait à R. Félix tous droits sur la pièce d'Alexandre Dumas ; il pouvait la faire représenter, la distribuer et — ce qui est un privilège assez singulier et assez léonin pour un directeur de théâtre — la remanier à son gré. Noël Parfait, dans sa lettre à Maciuel, faisait allusion à ce traité. Dans ce Irai lé était dressée

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une liste des pièces faites en collaboration, avec attribution des droits d'auteur d'Alexandre Dumas. Ce traité avait une durée de douze ans et devait se terminer en 1871.

Au nombre des pièces faites par Dumas seul figuraient (on Ta vu dans la note de Maquet) : la Fin des Mousquetaires, La Cour de Louis XIV ou Le Vicomte de Bragelonne et La Vallière, La Maison Planchet et C'^^, etc.

Les droits d'auteur de M. Dumas sur ces pièces sont entiers et intacts.

C'est alors que, le i3 mars, Maquet fait défense à Hostein, directeur du théâtre du Cirque, de représenter Le Prisonnier de la Bastille, qui n'était autre que Le Vicomte de Bragelonne.

Il est clair que le directeur devait s'autoriser de son traité avec Dumas.

Hostein signifia donc qu'il passerait outre, attendu que M. Dumas s'était déclaré seul auteur de la pièce.

11 fallait s'y attendre. Le tribunal débouta Maquet de sa demande le 10 juillet 1861, puisque le directeur était muni d'un traité en règle;

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mais comme Dumas avait commis un abus de pouvoir en s'atlribuant exclusivement les droits d'auteur, il fut convenu que Maquet toucherait la moitié de ces droits d'auteur.

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