L'EXÉCUTION L'EXÉCUTION
Il était minuit à peu Un bois épais bordait la
près; la lune, échancrée route jusqu'à la rivière et par la décroissance et en- s'étendait en talus sur la
sanglantée par les dernières traces de l'orage, se levait derrière la petite ville d'Armentières, qui découpait sur sa lueur blafarde la silhouette som-
rive extérieure.
On voyait la masse noire des arbres se profiler sur un ciel orageux envahi par de gros nuages cuivrés qui faisaient une es-
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FAC-SIMILÉ d'une PAGE DES MoilSq lietuirCS ÉCHUE PAR AUGUSTE MAQUET
bre de ses maisons et le squelette de son haut clocher découpé à jour. En face, la Lys roulait ses eaux pareilles à une rivière d'étain fondu ; tandis que sur l'autre rive on \oyait la masse noire des arbres se profiler sur un ciel orageux envahi par de gros nuages cuivrés qui faisaient une espèce de crépuscule au milieu de la nuit. A gauche s'élevait un vieux moulin abandonné, aux ailes immobiles, dans les ruines duquel une chouette faisait entendre un cri aigu, périodique et monotone.
Çà et là, dans la plaine, à droite et à gauche du chemin que suivait le lugubre cortège, apparaissaient quelques arbres bas et trapus, qui semblaient
pèce de crépuscule au milieu de la nuit.
Les eaux roulaient lentement, reflétant cette lueur blafarde qui tombait du ciel.
La rive ultérieure s'étendait immensément à l'horizon, avec lequel elle allait se confondre, assombrissant à mesure sa pente insensible; çà et là, de loin, apparaissaient quelques arbres bas et trapus, nains difformes, qui semblaient accroupis dans la plaine pour guetter les hommes à cette heure sinistre.
des nains difformes accroupis pour guetter les hommes à cette heure sinistre.
De temps en temps un large éclair couvrait l'horizon dans toute sa largeur, serpentait au-dessus de la masse noire des arbres et venait comme un effrayant cimeterre couper le ciel et l'eau en deux parties. Pas un souffle de vent ne glissait dans l'atmosphère alourdie. Un silence de mort écrasait toute la nature, le sol était humide et glissant de la pluie qui venait de tomber, et les herbes ranimées jetaient leur parfum avec plus d'énergie.
Deuxvaletsentraînaicnt mi lad y, qu'ils tenaient chacun par un bras ; le bourreau marchait par
De temps à autre, un large éclair ouvrait le nuage dans toute sa longueur et coupait comme un effrayant cimeterre le ciel et l'eau en deux parts.
Pas un souffle de vent ; un silence de mort écrasait toute la nature. Le sol était glissant d'une pluie récente, et les herbes ranimées jetaient leurs parfums avec plus d'énergie.
Milady, entraînée par deux valets, fut amenée au bord de la rivibre. Sa bouche était muette, mais
derrière, etlorddeWinter, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis marcliaient derrière le bourreau.
Planchet et Bazia venaient les derniers.
Les deux valets conduisaient miiady du côté de la rivière. Sa bouche était muette ; mais ses yeux parlaient avec leur inexprimable éloquence, suppliant tour à tour chacun de ceux qu'elle regardait.
Comme elle se trouvait de quelques pas en avant, elle dit aux valets :
— Mille pisloles à chacun de vous si vous protégez ma fuite ; mais si vous me livrez à vos maîtres, j'ai ici près des vengeurs qui vous feront payer cher ma mort.
Grimaud hésitait. Mous-
ses yeux parlaient avec une inexprimable éloquence.
Elle suppliait tour à tour chacun de ceux qu'elle regardait.
Elle dit, en chemin, aux valets :
— J'ai cinq cents pistôles à vous donner si vous protégez ma fuite, mais si vous me livrez à vos maîtres, j'ai ici même des vengeurs, vous serez tous mis à mort, •
Grimaud hésitait, Mon^-
HISTOIRE D UNE COLLAHORATION
queton tremblait de tous ses membres.
Athos, qui avait entendu la voix de milady, s'approcha vivement ; lord de AVinter en fit autant.
— Renvoyez ces valets, dit-il, elle leur a parlé, ils ne sont plus sûrs.
On appela Flanchet et Bazin, qui prirent la place de Grimaud et de Mousqueton.
Arrivés au bord de l'eau , le bourreau s'approcha de milady et lui lia les pieds et les mains.
Alors elle rompit le silence pour s'écrier :
— Vous êtes des lâches, vous êtes de misérables assassins, vous vous mettez à dix pour égorger une femme; prenez garde, si je ne suis point secourue, je serai vengée.
queton tremblait de tous ses membres.
Athos, qui avait entendu parler, s'approcha; lord Winter en fit autant.
— Renvoyez ces valets, dit-il, elle leur a parlé, ils ne sont plus sûrs.
Arrivés à un bateau sur le bord, les quatre juges firent un signe au bourreau, qui lia les mains et les pieds de milady.
Alors elle s'écria :
— Vous êtes des lâches, vous êtes de misérables assassins, Je suis une femme victime de vos peurs et de vos calomnies. Prenez garde! je serai secourue et vengée/
— Vous n'êtes pas inie femme, dit froidement Athos, vous n'appartenez pas à l'espèce humaine, vous êtes un démon échappé de l'enfer et que nous allons ^ faire rentrer.
— Ah ! messieurs les hommes vertueux! ditmilady, faites attention que celui qui touchera un cheveu de ma tête est à son tour un assassin.
— Le bourreau peut tuer, sans être pour cela un assassin, madame, dit l'homme au manteau rouge en frappant sur sa large épée ; c'est le dernier juge, voilà tout :
Nachrichter, comme disent nos voisins les Allemands.
Et, comme il la liait en disant ces paroles, milady
— Vous n'êtes pas une femme, dit Athos froidement, vous êtes un monstre, vous n'êtes pas de la race humaine. Toute votre vie est un tissu de crimes et d'horreurs. Nous n'avons pas peur de vous, et nous Vavons prouvé, les uns exposés au fer, aux poisons de vos assassins, les autres persécutés par vos amis, dont vous étiez l'instrument funeste. Regardezvous à cette heure suprême, toutes les mauvaises passions, l'amour de la débauche mêlé à l'amour du sang, l'avarice, l'impiété, la (i) sont écrites sur
votre front et en déshonorent la beauté. Je vous ai déjà épargnée moi, madame, et ce n'est pas moi
(i) Le mot est resté en blanc sur le manuscrit.
poussa deux ou trois cris sauvages, qui firent un effet sombre et étrange en s'envolant dans la nuit et en se perdant dans les profondeurs du bois.
— Mais si je suis coupable, si j'ai commis les crimes dont vous m'accusez, hurlait milady, conduisez-moi devant un tribunal ; vous n'êtes pas des juges, vous, pour me condamner.
— Je vous avais proposé Tyburn, dit lord de Winter, pourquoi n'avez-vous pas voulu ?
— Parce que je ne veux pas mouri r ! s'écria milad y en se débattant, parce que je suis trop jeune pour mourir !
— La femme que vous avez empoisonnée à Béthune était plus jeune en-
qiii vous condamne ei qui vous tue aujourd'hui, c'est votre frère, votre amant, votre mari, dont les ombres planent en ce moment audessus de votre tête et répandent l'horreur sur votre visage. Ils vous crient: i(A mort! » Allez, madame, rendez votre âme, de peur qu'elle ne se souille davantage, et tâchez de fléchir Dieu, les hommes ne peuvent plus rien pour vous.
— Mais qui donc oserait loucher un cheveu de ma tête? Vous, les hommes vertueux! c'est un crime aussi!
— Le [jourreau n'est pas un criminel, madame, répondit l'homnie au manteau rouge en frappant sur .son large couteau.
— Ceux-là sont-ils des
HISTOIRE D UNE COLLA.nORATION
covc que vous, madame, et cependant elle est morte, dit d'Aitagnan.
— J'entrerai dans un cloître, je me ferai religieuse, dit milady.
— .Vous étiez dans un cloître, dit le bourreau, et vous en êtes sortie pour perdre mon frère.
Milady poussa un cri d'effroi, et tomba sur ses genoux.
Le bourreau la souleva sous les bras, et voulut l'emporter vers le bateau.
— Oh! mon Dieu! s'écria-t-cUe, mou Dieu ! allez-vous donc me noyer !
Ces cris avaient quelque chose de si déchirant que d'Artagnan, qui d'abord était le plus acharné à la poursuite de milady, se lai ssa aller sur une souche, et pencha la tête, se bou-
jiiges ! hurla milady, et elle poussa des cris qui firent un bruit étrange dans la profondeur des bois et de la nuit.
— Nous sommes des gens qui se vengent, répondit d'Artagnan.
— J'aime mieux que vous me conduisiez devant un tribunal, en prison...
— Le Cardinal vous sauverait, n'est-ce pas ? dit lord Winter. Je vous ai proposé Tyburn à Portsmouth, pourquoi n'avezvous pas accepté?
— Je ne veux pas mourir ! je ne veux pas mourir!
— Vous mourrez cependant, dit Athos.
— Je vous jure que j'entrerai dans un cloître, je vous jure...
chant les oreilles avec les paumes de ses mains ; et cependant, malgré cela, il l'entendait encore menacer et crier.
D'Artagnan était le plus jeune de tous ces hommes, le cœur lui manqua.
— Oh ! je ne puis voir cet affreux spectacle ! je ne puis consentir à ce que cette femme meure ainsi !
Milady avait entendu ces quelques mots, et elle s'était reprise à une lueur d'espérance.
— D'Artagnan! d'Artagnan ! cria -t- elle, souviens-toi que je t'ai aimé !
Le jeune homme se leva et fit un pas vers elle.
Mais Athos se leva, tira son épéc, se mit sur son cliemin.
— Si vous faites un pas de plus, d'Artagnan, dit-
— Vous n'avez jamais tenu vos serments...
— Vous lui pardonneriez, s'écria le bourreau, que moi, je la tuerais sous vos yeux... elle a poussé mon frère au crime, et à la mort.
Milady poussa un cri d'effroi et tomba sur les genoux.
Artagnan, assis sur une souche, pleurait.
— Je ne puis voir cet affreux spectacle, dit-il, je ne puis consentir a ce que cette femme meure ainsi.
— Artagnan ! s'écria Porthos, dussé-je croiser le fer contre vous, elle mourra ! Pas de faiblesse !
je croirais que vous êtes un lâche, ami!
Vengeons la malheureuse femme qui s'est sacrifice pour vous.
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il, nous croiserons le fer ensemble.
D'Arlagnan tomba à genoux et pria.
— Allons, continua Athos, bourreau, fais ton devoir.
— Volontiers, Monseigneur, dit le bourreau, car aussi vrai que je suis bon catholique, je crois fermement être juste en accomplissant ma fonction sur cette femme.
— C'est bien.
Athos fit un pas vers milady.
— Je vous pardonne, dit-il, le mal que vous m'avez fait ; je vous pardonne mon avenir brisé, mon honneur perdu, mon amour souillé et mon salut à jamais compromis par le désespoir où vous m'avez jeté. Mourez en paix.
Arlagnan ne répondit rien. Milady, qui avait ressaisi évidemment cette lueur d'espérance, appela d'une voix entrecoupée :
— Artagnan! Artagnan! Je t'ai aimé!...
D' Artagnan se mit à genoux et pria,
— Allons ! dit Athos, bourreau, fais ion devoir!
lu as souvent servi la vengeance des hommes, aujourd'hui tu es ministre de la justice de Dieu.
— Aussi vrai que je suis bon catholique, messelgneurs, dit celui-ci, je crois fermement être juste en accomplissant ma fonction sur cette femme.
— Je vous pardonne le mal que vous m'avez fait, dit Athos à milady, mon avenir brisé, mon seul amour souillé, mon hon-
Lord de Winter s'avança à son tour.
— Je vous pardonne, dit-il, l'empoisonnement de mon frère, l'assassinat de Sa Grâce lord Buckingham ; je vous pardonne la mort du pauvre Felton, je vous pardonne vos tentatives sur ma personne.
Mourez en paix.
— Et moi, dit d'Artagnan, pardonnez-moi, madame, d'avoir, par une fourberie indigne d'un gentilhomme, provoqué votre colère ; et, en échange, je vous pardonne le meurtre de ma pauvre amiô et vos vengeances cruelles pour moi, je vous pardonne et je pleure sur vous. Mourez en paix.
— / am lost! murmura en anglais milady, î inust die.
neiir perdu et mon salut compromis par le désespoir où vous m'avez jeté.
— Je vous pardonne, dit lord Winter, l'assassinat de mon frère, l'assassinat de Sa Grâce lord Buckingham, du pauvre Felton, vos tentatives sur ma personne, je vous les pardonne, ma sœur, devant Dieu.
— Etmoi,ditArtagnan, je vous demande pardon d'avoir, par une fourberie indigne d'un gentilhomme, provoqué votre colère ; mais je vous pardonne le meurtre de ma pauvre amie et vos vengeances cruelles sur moi! Je l'ous pardon/w et je pleure sur vous !
— Je suis perdue ! murmura milady en anglais, je suis morte !
IIISTOIRK D UNE COLLAnORATION
Alors elle se releva d'elle-même, jeta tout autour d'elle un de ces regards clairs qui semblaient jaillir d'un œil de flamme.
Elle ne vit rien.
Elle écouta, elle n'enlendit rien.
Elle n'avai t autour d'elle que des ennemis.
— Où \ais-je mourir?
dit-elle,
— Sur l'autre rive, répondit le bourreau.
Alors il la fit entrer dans la barque, et, comme il allait y mettre le pied, Athos lui remit une somme d'argent.
— Tenez, dit-il, voici le prix de l'exécution ; que l'on voie bien que nous agissons en juges.
— C'est bien, dit le bourreau ; et que main-
Dès ce moment elle se releva, regarda encore une fois autour d'elle avec un de ces regards clairs qui semblent partir d'un œil de Jlaiume ; elle écouta, et n'entendit rien.
— Ma mjort sera vengée, dit-elle. Oàvais-je mourir?
— Sur Vautre rive, madame, et nous allons prier pour vous.
Tous se mirent à genoux.
Le bourreau fit entrer milady dans la barque et Athos lui remit une somme d'argent en lui disant :
— Qu'on voie que nous agissons en juges.
— Que cette femme sache b ien que j en 'accomp lis pas
tenant, à son tour, cette mon métier, mais mon, dcfemme sache que je n'ac- voir, dit le bourreau; et il complis pas mon métier, jeta Vargent dans la ri~ mais mon devoir. vière.
Et il jota l'argent dans la rivière.
Le bateau s'éloigna vers la rive gauche de la Lys, emportant la coupable et l'exécuteur; tous les autres demeurèrent sur la rive droite, où ils étaient tombés à genoux.
Le bateau glissait len- Le bateau s'éloigna len-
tement le long de la corde tement sons les reflets d'un du bac, sousle relletd'un nuage pale qui surpluninuage pale qui surplom- bail l'eau en ce moment. bait l'eau en ce moment.
On le vit aborder sur On le vit aborder à
l'autre rive ; les person^ l'autre rive. Les personnages se dessinaient en nages se découpaient en noir sur l'horizon rou- noir sur l'horizon rou~ geâtre. gedtre.
Milady, pendant le tra- Milady pendant le trajet jet, était parvenue à déta- avait détaché les cordes de cher la corde qui liait ses ses pieds. Elle sautàjégè-
pieds : en arrivant sur le rivage, elle sauta légèrement à terre et prit la faite.
Mais le sol était humide; en arrivant au haut du talus, elle glissa et tomba sur ses genoux.
Une idée superstitieuse la frappa sans doute ; elle comprit que le ciel lui refusait son secours et resta dans l'attitude où elle se trouvait, la tête inclinée et les mains jointes.
Alors on vit, de l'autre rive, le bourreau lever lentement ses deux bras, un rayon de la lune se refléta sur la lame de sa large épée, les deux bras retombèrent; on entendit le sifflement du cimeterre et le cri de la victime, puis une masse troncfuée s'affaissa sous le coup.
rement à terre et prit la fuite.
Mcm le sol était humide, elle glissa sur des joncs et tomba.
Une idée superstitieuse la frappa sans doute, elle comprit que le ciel lai refusait son secours, et resta dans Vattitude d'une suppliante, la tête inclinée et les mains jointes.
On vit alors, spectacle horrible, le bourreau lever lentement ses deux bras qui retombèrent, et une masse tronquée s'affaissa sous le coup. On avait entendu le sifflement du cimeterre et le gémissement de la victime.
Alors le bourreau delà- Puis Vhomme s'enve-
cha son manteau rouge, loppa de son manteau, rétendit à terre, y coucha poussa le corps dans la rile corps, y jeta la tête, le vi^re et disparut dans les noua par les quatre coins. féncbres. le rechargea sur son épaule Les mousquetaires en se
et remonta dans le bateau. relevant cherchèrent des
Arrivé au milieu de la yeux lord Winter et Arta- Lys, il arrêta la barque, gnan. Le premier s'était et suspendant son fardeau enfui, on ne le revit plus. au-dessus de la rivière :
— Laissez passer la justice de Dieu ! s'écria-t-il à haute voix.
Et il laissa tomber le cadavre au plus profond de l'eau, qui se referma sur lui.
Nous aurions pu poursuivre celle comparaison entre le texte écrit et le texte imprimé pour les autres chapitres. Mais nous n'avons pas voulu fatiguer le lecteur. Les documents comparatifs qui ont été établis par M'"*^ Daubray, ma secrétaire, avec le soin scrupuleux et celte fidèle exactitude qu'elle apporte dans sou tra-
vail, seront déposés, selon la volonté de M'"® L. Roiffé, à la Bibliothèque nationale, et pourront être consultés par les chercheurs et les curieux. On pourra ainsi vérifier leur incontestable authenticité. Mais cette authenticité même entraîne avec elle celte révélation : Maquet a conçu et écrit Les Trois Mousquetaires,
Oh I ayons l'indulgence et la g'énérosité de Maquet : n'enlevons pas à Dumas ce qui lui appartient. Il eut sa part active de collaboration, il modifia l'ordonnance de quelques chapitres, il ajouta quelques développements, mais c'est bien Maquet qui conçut et conduisit le roman.
Maquet avait remis son travail à Dumas.
On causa. Un sujet si beau, si vaste, devait nécessairement inspirer à Dumas quelques nouveaux épisodes. Mais le plan et l'intrig-ue étaient si bien ordonnés, les feuillets étaient si nombreux que l'opération de révision était relativement facile. Ce n'était plus qu'une mise au point.
Alors commença la série des courts billets écrits par Dumas à Maquet ; nous donnerons
HISTOIRE d'une COLLABORATION 5l
ici ceux qui concernent Les Trois Mousquetaires :
De la copie le plus vite possible, quand ce ne serait qu'une dizaine de pages, et surtout le premier volume de d'Artagnan.
Je vous préviens que j'aurai besoin de ]a suite pour le lo. Envoyez-moi le plus tôt possible le volume de
d'Artagnan.
N'oubliez pas de vous procurer le volume de l'histoire de Louis XÏII qui traite du procès de Chalais et les pièces y relatives. Apportez-moi en môme temps ce que vous avez de travail préparé pour x\tlios.
C'est curieux, je vous avais écrit ce matin pour que vous introduisiez le bourreau dans la scène, puis j'ai jeté la lettre au feu en pensant que je l'introduirais moi-même.
Or le premier mot que je lis me prouve que uous nous sommes rencontrés.
A vous, et piochez, car je suis sans besogne depuis deux heures.
Que j'en aie pour onze heures du soir.
Nous avons dans votre prochain chapitre à apprendre par Aramis, qui a promis à d'Artagnan de s'en informer, dans quel couvent est M'"* Bonacieux, ce qu'elle fait dans ce couvent et de quelle protection la reine l'entoure.
Au bas de ce dernier billet on lit l'annotation suivante :
Donc, à Maquct de développer dans son chapitre cette idée arrêtée d'avance entre les deux auteurs.
Cette note, comme bien d'autres que nous lirons plus loin, a été écrite par Maquet lui-même à l'époque du procès. Il confia à ses avocats et annota pour eux les billets destinés à défendre le rôle joué par lui dans cette collaboration et contesté [par ses adversaires.
Le succès fut étourdissant; on attendait avec impatience la publication de chaque feuilleton dans le Siècle y et quand les volumes parurent chez Baudry, les éditions se succédèrent sans interruption, tant elles étaient rapidement enlevées par la foule. Maquet assista à ce triomphe
en spectateur. Il eut une consolation, sinon profitable, du moins réconfortante : il entendit, il lut le récit des louanges délirantes adressées à Dumas. Il avait probablement l'âme d'un philosophe, il jouissait d'un succès dont un autre avait le bénéfice. Il eut encore une récompense : un volume, un volume de prix, le plus précieux assurément de sa bibliothèque, le tome P'" de l'édition originale des Trois Mousquetaires, revêtu de cette dédicace :