‹ Histoire d'une ColombeChapitre 2 sur 3 · QUARANTE ET UNIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

QUARANTE ET UNIÈME LETTRE

Quatre heures du matin.

J'ai remercié Dieu et je pars. Oh! la force m'est revenue avec la foi. Je n'étais faible que parce que j'étais désespérée.

Un dernier coup d'œil, un dernier regard.

Oh ! comme le tableau était fidèle, mon bienaimé ! Peintre, comme tu as bien vu ! porte. comme tu as bien décrit! Voilà les cimes des Pyrénées qui passent du blanc mat au reflet de

l'argent le plus vif. Voici leurs flancs noirs qui s'éclairent peu à peu, glissant du noir au violet, du violet au bleu clair, comme une inondation de lumière qui descendrait des hauts sommets. Voilà le jour qui se répand dans la plaine ; voilà les ruisseaux qui luisent comme des fils d'argent; voilà la rivière qui se tord et ondoie comme un ruban de moire; voilà les petits oiseaux qui chantent dans les buissons de lauriers-roses, dans les haies de grenadiers, dans les touffes de myrtes ; voilà, voilà l'aigle, roi du firmament, qui tourne dans l'éther.

Oh! mon bien -aimé, nous sommes donc déjà réunis par le regard , et je vois ce que tu vois.

Seulement, d'où le vois-tu?

Attends, attends, ta lettre est là. Oh ! tes lettres, elles ne me quittent pas un instant ; quand je mourrai, elles seront sur mon cœur, et ceux qui me déposeront dans la tombe auront mission, sous peine de sacrilège, de les y enfermer avec moi.

D'où le vois-tu?

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