I-a jeune femme deniéîirait inerte
— Pourquoi n'est-il pas venu avec moi T se di-
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sait-elle. Une tristesse vague Toppressait. Il aurait bien pu, vraiment, se priver de cette cigarette. Les bonnes sœurs firent signe d'arrêter, puis elles sortirent Tune devantrautrie, répandant une odeur fade de vieille jupe .
On repartit, puis on s'arrêta de nouveau. Et une cuisinière monta, rouge, essoufflée. Elle s'assit et. posa sur ses genoux, spn panier &ux provisions. Une forte senteur d'eau de vaisselle se répandit dans Tomnibus.
— C'est plus loin que je n'aurais cru, pensait Jeanne.
Le croque* mort s'en alla et fut remplacé par un cocher qui fleurait l'écurie. La fille en cheveux eut pour successeur un commiâsionnaire dont les pieds exhalaient le parfum de ses courses.
La notairesse se sentait mal à Taise, écœurée, prête à pleurer sans savoir pourquoi,
I>'autres persoimes descendirent^ <î 'patres mon* tèrent. L'omnibus allait toujours par les interminables rues, s'arrêtait aux statio»3, se remet»-
tait en route*
— Comme c'est loin! se disait Jeapne. Pourvu qu'il n'ait pas eu une distraction, qu'il ne soit pas endormi! 11 s'est bien fatigué depuis quelque* jours.
Peu à peu tous les voyageurs s'eni gjlaieat.
Elle resta seule, toute seule. Le qonçti^cteur cria :
— Yaugirard I
Comme elle ne bougeait point, il répéta ;
— Yaugirard I
Elle le regarda, comprexiant que ce mot s'adres^AÎt à elle^ pvjisq4i'elle a'av^it plu^.de;V,oisiii»\ L'homme dit, pour la troi^ème fois. :
-rr "Vaugiçard I
Alors elle demanda :
-m OC^ soma^^-'QOus ?
Il répondit d'uo ton bourru :
— Nous sommes à Vaugirî^rd, parbleu, voila vingt fois que je le crie.
-^ Est-ce loin du boulevard ? dit-elle.
-T- Quel boule vgird ?
— Mais le boulevard des Italiens.
-<T II y a beau temps qu'il est p^sé r
— Ah l Voulez-vous bien prévenir mon mari ?
— Votre mari ? Où ça ?
— Mais sur Timpériale.
^ Sur rimpériale ! v'ia longtemps qu'il n'y 3 plus personne.
Elle eut un geste de terreur.
— Gomment ça ? Ce n'est pas possible. Il est monté avec moi. Hegardez-bien ; il doit y être I
Le conducteur devenait grossier :
— Allons, la p'tite, assez causée un homme de perdu, dix de retrouvés. Décanillez, c'est fini. Tous en Couverez un autre dans la rue.
Des larmes lui montaient aux yeux, elle insista :
— Mais, monsieur, vous vous trompez, je vous assure que vous vous. trompez. Il avait un grof portefeuille sous le bras.
L'employé se mit à rire :
— Un gros portefeuille. Ah I oui, il est descendu à la Madeleine. G^est égal, il vous a bien lâchée, ah I ah ! ah !...
La voiture 4 -était arrêtée. Elle en sortit, et re-
garda, malgré elle , d un mouvement instinctif de l'œil, sur le loit de l'omnibus. Il était totalemeal i HéserL
Alors elle se mit à pleurer et tout haut, »ani ' songer qu'on l'écoutait et qu'on la regardait, i;ll« prononça:
— Qu'est-ce que je vais devenir?
L'inspecteur du bureau s'approoba :
— Qu'ya-t-ilî
Le conducteur répondit d'un ton goguenard;
— C'est une dame que son époux a l&chée en roate.
L'autre reprit :
— Bon, ce n'est rien, occupez-vous de votre service.
Et il tourna les talons.
Alors, elle se mit à marclier devant elle, trop effarée, trop affolée pour comprendre même ce qui lui arrivait. Où allait-elle aller? Qu'allaitelle faire? Que lui éiait-il arrivé à lui? D'oà
venait une pareille erreur, un pareil oubli, une pareille méprise, une si incroyable distraction?
Elle avait deux francs dans sa poche. A qui •'adresser? Et, tout d'un coup, le souvenir lui vint de son cousin Barrai, sous-chef de bureau à la marine.
Elle possédait juste de quoi payer la course du fiacre ; elle se fit conduire chez lui. Et elle le rencontra comme il partait pour son ministère. Il portail, ainsi que Lebrument, un gros portefeuille sous le bras.
Elle s'élança de sa voiture.
— Henry! cria-t-elle.
Il s'arrêta stupéfait :
— Jeanne y... ici?... toute seule?... Que faiteavous, d'où venez- vous?
Elle bafbutiales yeux pleins de larmes.
— Mon mari s'est perdu tout à l'heure?
— Perdu, où ça?
— Sur un omnibus.
— Sur un omnibus?... Ohl.,
Et elle lui conta en pleurant son aventure.
Il Fécoutait, réfléch'ssant. Il demanda:
— Ce matin,/! avait la tète bien calme?
— Oui.
— Bon. Avait-il beaucoup d'argent sur lui.
— Oui, il portait ma dot.
— Votre dot?... tout entière?
— Tout entière... pour payer son étude tantôt.
— Eh bien, ma chère cousine, votre mari à 'heure qu'il est, doit filer sur la Belgique.
Elle ne comprenait pas encore. Elle bégayait.
— Mt)n mari.., vous dites?...
— Je dis qu'il a raflé votre... votre capital... et voilà tout.
Elle restait debout, suffoquée, murmurant:
— Alors c'est... c'est... c'est un misérable !••. Puis^ défaillant d'émotion, elle tomba sur le
gilet de son cousin, en sanglotant.
Gomme on s'arrêtait pour les regarder, il la poussa, tout doucement, sous Feutrée de sa maison, et, la soutenant par la taille, il lui fit mon-
ter son escalier, et comme sa bonne interdite J ouvrait la porte, il commanda:
— Sophie, courez au restaurant chercher un déjeuner pour deux personnes. Je n'irai pas au : ministère aujourd'hui