LE BOSSON
triers, qu’il n’était guère possible de s’y maintenir. Puis les hommes, sur ce mur ébranlé et vibrant à chaque coup du bélier, n’avaient pas leur sang-froid -, ils ne prenaient pas bien leurs mesures et le bosson résistait, d’autant que l’assaillant avait posé de grosses pièces de bois inclinées contre la muraille qui faisaient glisser les poutres jetées par les .assiégés.
Au bout de trois heures d’efforts, le mur céda et un pan de deux toises de longueur environ s'abattit sur le bosson. Apportant aussitôt des madriers, des échelles, les Bourguignons se précipitèrent à l’assaut par cette brèche étroite.
Le combat fut rude, les gens du château, montés eux aussi, sur les ruines du mur, combattaient bravement, ne se laissant pas entamer.
Des courtines restées debout et des tours, les défenseurs couvraient la colonne d’assaut, de traits et de pierres. Les trébuchets en dedans du rempart ne cessaient d’envoyer des pierres qui, passant par-dessus la tête des défenseurs et des assaillants sur la brèche, allaient frapper les hommes qui se groupaient autour des restes du chat, et faisaient au milieu d’eux de larges trouées. Quand vint le soir, les Bourguignons étaient maîtres de la brèche, mais voyant devant eux le rempart intérieur, iis n’osèrent descendre et se logèrent sur cette brèche, couverts par des mantelets et des fascines.
Ils attachèrent cette même soirée des mineurs entre la tour d’angle Nord-Ouest et sa voisine, comptant ainsi déborder le retranchement en passant par une deuxième brèche1. Ils s’emparèrent également des deux chemins de ronde de la courtine entamée, mais la tour de la porte et celle de gauche tenaient encore à huit heures du soir. Une
x. Voyez la figure 36.
heure après, les assaillants, maîtres de ce chemin de ronde de la courtine, mirent le feu aux combles de ces tours (fig. 44) qui durent être abandonnées par les défenseurs.
La porte était ainsi le matin au pouvoir de l’ennemi. Les défenseurs tenaient encore le chemin de ronde à l’est et à l’ouest de ce s tours incendiées, les avaient barricadées et étaient disposés à ne les abandonner que pied à pied.
Les assaillants comme les défenseurs avaient besoin de repos. Malgré leurs progrès, les Bourguignons perdaient beaucoup de monde, tandis que ies gens du château ne comptaient qu’une centaine de morts et blessés. Par une sorte d'accord tacite, la journée qui suivit cet assaut se passa sans combat. Le duc, effra}^ des pertes qu’il avait déjà subies, voulait ne poursuivre l’attaque qu’en prenant toutes les mesures de prudence; car ses hommes murmuraient, prétendant qu’on les faisait toujours combattre à découvert contre des soldats soigneusement cachés, et que, si on parvenait jusqu’au donjon, il n’y aurait plus un homme dans l’armée du duc pour y entrer.
Cette journée se passa du côté des Bourguignons, à bien se couvrir sur la brèche et à y installer une arbalète à tour, à créneler les murs de revers des tours dont ils s’étaient emparés et à faire au débouché intérieur de la porte une sorte de bretèche munie d’une seconde arbalète à tour. Du côté des défenseurs, on fit un deuxième retranchement de l’angle du bâtiment D1 des écuries, à la courtine de l’ouest, et une bonne barricade de l’angle du chœur de la chapelle E à la tour voisine. Puis, devant la porte principale du château, une bretèche avec palissade pour protéger les hommes en cas de retraite. Il était évident que le lendemain, 6 juin, une
!. Voyez la figure 36.