‹ Histoire d'une forteresseChapitre 36 sur 70 · Voir la figure · texte numérisé non relu

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à terre, et à l’aide de fourches, les Bourguignons, couverts par l’œuvre basse de la tour, éloignaient les boîtes embrasées. Cela leur donnait terriblement d’occupation, la tour n’avançait que bien lentement, et plus elle avançait, plus le danger d’incendie devenait pressant. Le baron, qui n’avait plus qu’une petite provision de feu grégeois, craignait de l’employer inutilement. Déjà, cinq boîtes avaient été jetées sans produire d’effet. Il résolut donc d’attendre que le beffroi fut attenant aux remparts.

Le 2 1 juin, les nuits sont claires et le jour vient de bonne heure. A deux heures du matin la tour de bois était sur la contrescarpe du fossé. Le remblai qui comblait celui-ci avait une pente vers le rempart, couverte par des madriers. A un signal, le beffroi, poussé par derrière à l’aide d’une vingtaine de grands leviers, roula brusquement sur son plancher incliné et vint frapper la tête de la tour P, qu’il dominait de dix pieds. Le choc fit trembler la maçonnerie et du sommet du beffroi une grêle de pierres et de traits tomba sur les défenseurs. Puis, un pont s’abattit avec fracas sur la tête de cette tour, brisa les mantelets et l’arbalète, et les assaillants poussant des cris formidables, sautèrent sur la plate-forme.

Anseric était au sommet de la tour Q, et le barcn Guy occupait les couronnements de la porte. Tous les deux se jetant sur les courtines, attaquèrent à leur tour la colonne des assaillants. Sur ce chemin de ronde étroit, beaucoup de part et d’autre tombaient en dedans de la cour et se tuaient ou se brisaient les membres.

Le nombre n’était pas un avantage puisqu’il était impossible de se déployer, de sorte que le flot des assaillants, sortant sans cesse du beffroi, avait à combattre à droite et à gauche, sur un espace de six pieds de largeur. L’escalier de la tour P ayant été bouché, l’ennemi ne pouvait descendre et, acculé sur la plate-forme de la tour, il lui fal-

lait faire son chemin sur l’une et l’autre courtine. Anseric le premier, en tête de sa troupe, taillait devant lui ur.e voie sanglante à l’aide d’une hache à long manche. A ses côtés, ses hommes armés de crochets et de fauchards piquaient ou accrochaient, et jetaient au bas du mur, tous ceux qui tentaient de s’approcher de leur seigneur. Ces malheureux tombaient d’une hauteur de vingt-cinq pieds sur les débris des hourds que les gens du château avaient jetés en dedans, pour déblayer le chemin de ronde.

Les arbalétriers, postés au sommet du beffroi, envoyaient des carreaux sur les deux troupes, mais les hommes étaient bien armés et ces carreaux rebondissaient sur les heaumes ou s’arrêtaient sur les hauberts. Frère Jérôme, armé d’une énorme plommée, monté sur un merlon, assommait tous ceux qui se présentaient à sa portée.

Le duc, demeuré au bas du beffroi, croyant le chemin de ronde emporté, pressait les hommes d’armes afin qu’ils pussent soutenir en nombre écrasant les premiers arrivés sur le rempart. Il y avait, grâce aux efforts d’ Anseric et du baron, un temps d’arrêt au sommet du beffroi, et le débouchement du pont ne pouvait se faire facilement.

Les assaillants qui arrivaient derrière la tête de l’assaut poussaient ceux qui étaient devant eux, et la presse ne faisait qu’augmenter la confusion.

A force d’hommes, les Bourguignons parvenaient cependant à s’établir sur la tour, et les deux troupes des défenseurs n’étaient pas assez nombreuses pour les refouler. Voyant qu'ils allaient être définitivement écrasés, le baron Guy appela frère Jérôme, qui sautant de merlons en merions arriva jusqu’à lui.

Un mot dit à l’oreille du frère, celui-ci courut vers la tour voisine tenant à la porte. Un instant après, une forte arbalète mise en batterie sur l’étage supérieur de cet ouvrage, en arrière des hourds, jeta sur la paroi du beffroi,

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