‹ Histoire d'une forteresseChapitre 35 sur 70 · Voir la figure · texte numérisé non relu

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qu’en l’éventrant largement sur son centre, il la frappait au cœur.

Ces réflexions lui venaient après coup-, il ne pouvait reculer, et il était urgent de prendre un parti. Réunissant donc le soir de cette journée les principaux chefs, il leur déclara qu’il fallait tenter un effort décisif-, qu’il avait Lté facile de reconnaître, malgré l’échec de la journée, que si l’on pouvait s’emparer définitivement de la cour occidentale de la baille, on aurait bientôt entamé le château sur le flanc de la défense de la porte, et qu’une fois ce flanc pris, le château tombait en leur pouvoir. Les soldats, quelque peu honteux de la panique qui leur avait fait perdre les avantages conquis, se renvoyaient les uns aux autres la faute de cette défaillance, et les premiers qui avaient fui étaient disposés à montrer leur vaillance. Quand donc le matin du 8 juin, l’assaut de la brèche c perdue fut ordonné et que tout fut préparé pour se couvrir à l’intérieur de la baille, les Bourguignons ne demandèrent qu’à marcher en avant.

Dans le château on s’attendait bien à un retour offensif vigoureux, et le baron pensait que cet effort se produirait sur la brèche c. Aussi, avait-on passé une partie de la nuit à barricader fortement cette brèche. De bonne heure deux arbalètes à tour bourguignonnes et un trébuchet, couvrirent cette brèche de traits et de pierres, si bien que les défenseurs se tenaient à droite et à gauche derrière les restes des courtines-, vers dix heures, la barricade était en pièces et ne présentait qu’un amas de débris. La palissade du retranchement en arrière était même entamée et sous les projectiles qui pleuvaient sur ce point, les défenseurs ne trouvaient pas le temps de la réparer. Alors s’ébranla la première colonne d’assaut qui franchit la brèche et arriva à la palissade. Anseric, posté derrière le bâtiment D des écuries, voulut, comme la veille, prendre cette colonne

en flanc , mais une deuxième troupe se précipita sur la brèche, et peu s’en fallut que le sire de la Roche-Pont ne fût pris. Il se retira à grand1 peine avec les siens dans l’avancée de la porte et vint prêter secours aux défenseurs de la cour de l’Ouest. Le flot des Bourguignons croissait toujours, la palissade était enlevée et on se battait bravement pour défendre et prendre la deuxième palissade D'. Les gens du château ne pouvaient se développer sur ce point, et Anseric craignait qu’ils ne fussent coupés et ne pussent se retirer dans 1 avancée H de la porte; il ordonna donc la retraite dans la soirée, pendant que des trois tours et de la courtine du château on envoyait des pierres, des carreaux et des flèches sur les assaillants serrés dans la cour.

La tour V, qui demeurait toujours au pouvoir des assiégés , prenait les Bourguignons à revers , et ceux-ci employèrent tout le reste du jour à se couvrir de face et de flanc, pendant que le duc faisait miner la tour M.

La porte de la tour V, donnant sur la baille, avait été brisée , mais l’escalier était si bien barricadé avec des moellons et des débris, qu’on eût tenté vainement de le dégager, et que l’eût-on fait, les assaillants étaient facilement écrasés par les défenseurs.

Un pont de bois reliait la courtine de la baille de ce côté à la tour d’angle du château. A l’aide d’une arbalète à tour les Bourguignons parvinrent à y attacher le feu, et alors force fut aux défenseurs d’abandonner à la hâte la tour V. On les vit rentrer dans le château au moment où la flamme commençait à entamer le pont. Peu s’en fallut même que l’incendie ne se communiquât aux combles de la tour Q; et, non sans efforts, les défenseurs arrêtèrent les progrès de la flamme.

Si Anseric avait eu cinq cents hommes de plus, il pouvait, de la cour centrale, reprendre l’offensive au moment

où les Bourguignons essayaient de se loger dans la cour de l’Ouest. Mais il avait perdu encore une centaine d’hommes dans le dernier combat et n'avait plus que le nombre de soldats strictement suffisant pour la défense du château. Le soir, la baille centrale fut occupée par les Bourguignons qui s’y logèrent et s’y retranchèrent fortement cette fois.

Le lendemain matin, 9 juin, la tour M, minée, tombait, et la brèche c était élargie d’autant, le fossé comblé et la tour V occupée par les Bourguignons. Les défenseurs, avant de l’abandonner, avaient mis le feu à l’arbalète à tour en batterie sur la plate-forme.

Le couronnement de la tour Q du coin du château dominait la courtine de plus de vingt pieds et empêchait ainsi les Bourguignons de se répandre sur le chemin de ronde de cette courtine qui n’était pas munie de hourds couverte.

La journée du 10 juin fut employée par les Bourguignons à compléter leurs ouvrages dans la cour occidentale de la baille, à déblayer la brèche c et à travailler à un beffroi de charpente, destiné à battre et à dominer le rempart entre la porte et la tour du coin Q du château, car ce rempart, établi sur le roc, ne pouvait être miné. Le duc, connaissant alors la force de la place, et croyant les défenseurs plus nombreux qu’ils n’étaient, ne voulait plus agir qu’à coup sûr. Il faisait occuper, autant que cela était possible, les crêtes des remparts de la baille en sa possession, parvenait à mettre le feu aux combles et planchers des tours m et m' et faisait attaquer par la mine la tour v' . Les défenseurs n’avaient plus d’intérêt à garder ces ouvrages qui les affaiblissaient sans utilité. Ils les évacuèrent, jetèrent bas le pont reliant le rempart oriental de la baille à la tour du coin et se retirèrent définitivement dans le château. Pendant ce temps les Bourguignons tra-

vaillaient à leur beffroi en dehors de l’ancienne palissade C détruite et le garnissaient de peaux fraîches à l’extérieur pour le préserver de l’atteinte du feu grégeois. Ils comblaient non sans peine le fossé en face la tour pl en se couvrant au moyen de fascines et de mantelets.

Le 20 juin, le beffroi était terminé, et son chemin fait de forts madriers solidement établis jusque sur le remblai du fossé. Pendant les derniers jours, l’ennemi n’avait cessé de faire jouer les arbalètes à tour et deux trébuchets contre les crêtes de la défense du château entre la porte et la tour Q, et avait tenté de mettre le feu aux hourds et combles; mais ces remparts étaient plus élevés que ceux de la baille, et le baron avait fait revêtir tous les bois de peau, de couvertures que l’on mouillait sans cesse, et les traits enflammés des Bourguignons n’y faisaient rien. Quant aux combles, ils étaient surveillés avec soin. Cependant les hourdages étaient presque entièrement brisés par les projectiles. Leurs débris avaient été enlevés par les gens du château, car ils n’étaient plus bons qu’à gêner la défense. Tout le couronnement de la tour P était très-compromis, d’autant qu’il ne dépassait pas la crête des courtines. Voyant les dispositions de l’ennemi, le baron fit établir sur la plateforme de cette tour P, qui était dépourvue de comble, un bon mantelet de gros bois, avec une arbalète à tour. Puis, à tout événement, il fit élever un fort retranchement de l'angle t à la tour en face, en arrière de la tour Q.

Le soir de ce jour, 20 juin, le beffroi commença son mouvement, porté sur de puissants rouleaux. Dès qu’il fut à une trentaine de mètres du rempart, le baron fit jouer l’arbalète à tour et lui envoya des boîtes de feu grégeois fixées près du fer des traits. Les peaux fraîches résistaient bien, les fers ne se fixaient pas aux bois, le feu tombait

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