LES BASTIONS D’ERRARD DE BAR-LE-DUC
LA VILLE DE LA ROCHE-PONT EST FORTIFIÉE PAR ERRARD DE BAR-LE-DUC, I N G É N I E U R D U T RÈS - C H RÉ T I EN ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE
En 1606, Henri IV était parvenu à maîtriser les factions religieuses et féodales qui avaient rnis la France en péril depuis plus de trente ans. Il nourrissait de grands desseins que sa politique habile, son âme patriotique, ses talents militaires, les précieuses alliances qu’il savait nouer, devaient faire réussir. Mais Henri IV ne livrait rien au hasard et ne s’embarquait dans une entreprise, depuis que la couronne lui était échue, qu’après avoir tout préparé pour la mener à bonne fin.
Lorsqu’il pressentit que le moment était proche d'intervenir dans les affaires d’Allemagne, dont une partie avait les yeux fixés sur la France et n’attendait qu’un signal parti du Louvre pour se soustraire aux rivalités incessantes des princes et aux luttes religieuses, il prit ses mesures non-seulement en prévision d’une intervention à l’étranger, mais pour renforcer ses frontières, établir des dépôts et des centres d’approvisionnement. Assuré de l’amitié des
Suisses, tranquille du côté de l’Italie, grâce aux alliances qu’il s’était ménagées dans la Péninsule, et voulant agir à la fois vers l’Est et du côté des Pyrénées, il s’occupa des défenses du Roussillon et de la ligne qui réunit la Bourgogne à la Champagne.
Henri IV avait fait la guerre de partisan; mais alors, il n’avait à risquer que sa tête. Comme souverain, il ne croyait pas qu’il dût courir les aventures, et avant de se lancer dans les grandes entreprises qu’il méditait et qui pouvaient changer la face de l’Europe, il voulut mettre de son côté toutes les chances. Depuis plus de six ans, de concert avec son ministre Sully, il n’avait perdu ni un jour ni une heure pour préparer à la France, déchirée et envahie à la fin du seizième siècle, un avenir plein de grandeur et qui pouvait lui ouvrir les plus belles destinées, si la main d’un assassin n’avait, du jour au lendemain, détruit ces espérances fondées sur une sage politique et la prévision la plus attentive.
Ce prince savait par expérience qu’un échec est toujours possible à la guerre, même quand on a ou qu’on croit avoir toutes les chances pour soi et que le talent d’un général consiste à trouver des ressources nouvelles après un revers. On est d’autant plus assuré du succès dans le métier des armes, qu’on a tout prévu pour éviter qu’un premier revers ne se change en désastre. Henri IV disposait donc, derrière l’armée qu’il comptait diriger en personne vers l’Est, une bonne ligne de retraite et de ravitaillement. Il fit mettre en état de défense les villes et points stratégiques importants de Châlon-sur-Saône, en passant par Beaune, Dijon, Langres sur le cours de la Haute-Marne, de Langres à Chaumont, Saint-Dizier, Châlons, Reims, Laon, Péronne et Amiens. Verdun et Metz avaient reçu sa visite et éveillé sa sollicitude. A Metz, il avait commandé des ouvrages assez importants. La ville de la Roche-Pont
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était comprise dans la portion de cette ligne de défense entre Dijon et Langres. L’ingénieur Errard de Bar-le-Duc avait dû s’occuper de cês ouvrages, en commençant par Chalon-sur-Saône. Il avait mérité d’ailleurs la confiance que lui marquait le roi, car c’était un homme de ressources et qui avait fait ses preuves.
Errard de Bar-le-Duc se servait des murailles anciennes, les considérant comme enceintes propres à la défense rapprochée , mais il établissait en dehors des ouvrages qui commandaient la campagne et forçaient l’assiégeant à ne commencer ses opérations qu’à une distance de cinq à six cents toises. C’était encore le système des boulevards, seulement ceux-ci, au lieu de n’offrir qu’un obstacle isolé, se défendaient les uns les autres en croisant leurs feux et étaient déjà de véritables bastions.
Les trois grosses tours rondes du nord de la cité de la Roche-Pont étaient alors fort délabrées. Errard les fit terrasser, puis les enveloppa d’ouvrages en terre avec escarpe revêtue. Vers le plateau, faisant face au nord, il fit construire une grande tenaille avec double fossé et ravelin. La figure 59 donne le plan de la cité après les travaux ordonnés par Errard. Indépendamment des ouvrages dont nous venons de parler et qui sont indiqués en A, B, C et D, l’ingénieur du roi fit élever les bastions E, F, G, H et I qui croisaient leurs feux et dont les orillons masquaient de petites pièces destinées à flanquer l'ancien rempart.
La plupart des vieilles tours furent dérasées et terrassées pour recevoir du canon. Le vieux château, dont il ne restait plus guère que le donjon et quelques logis, fut entouré d’une enceinte bastionnée, avec tenaille du côté de la ville.
La ville basse, vers l’Ouest, quoique réduite à des dimensions restreintes, subsistait à peu près telle que nous l’avons vue précédemment. Quant à la ville haute, après