‹ Histoire d'une forteresseChapitre 48 sur 70 · Voir fig · texte numérisé non relu

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Puis il se mit résolument à la tête des débris qui défendaient encore le retranchement, et se servant des maisons, des murs de l’abbaye, il recula pas à pas, obligeant l’ennemi à faire le siège de chaque maison, de chaque clos, profitant des ruelles, des passages pour reprendre l’offensive et faire subir des pertes aux Français. Ceux-ci, exaspérés, mettaient le feu aux maisons qu’ils ne pouvaient forcer. L’abbaye résista encore plus de deux heures après que l’assiégeant eût pris le retranchement. Les défenseurs voyant la retraite coupée, se battirent jusqu’au dernier, car la poterne était occupée en dehors par une grosse troupe. L’église et les principaux bâtiments étaient en flammes.

Le sire de Montcler maintint l’attaque dans les rues et maisons de la ville jusqu’au jour, puis déboucha avec quatre ou cinq cents hommes qui lui restaient sur la place devant le château. Il la trouva presque entièrement occupée par l’ennemi que quelques braves maintenaient.

11 rallia cette troupe très-réduite et entra dans le château dont le pont fut levé aussitôt. La ville était prise,, mais « fort gâtée, » ainsi que l’avait prédit messire Charles d’Amboise. Celui-ci donna les ordres les plus sévères pour couper l’incendie et arrêter le pillage, et pour sauvegarder la vie des habitants non armés. Mais il y avait beaucoup de victimes. Les blessés et les malades enfermés dans l’abbaye avaient péri dans les flammes ; des femmes, des vieillards, des enfants étaient gisants sur le pavé et dans les maisons. Toute cette journée du 27 septembre et celle du 28 furent employées par les Français à rétablir l’ordre dans les troupes mêlées pendant le combat de la nuit, à enlever les blessés et à enterrer les morts. Messire Charles d’Amboise, pendant les deux journées précédentes, avait perdu un millier d’hommes-, il lui tardait d’en finir. Il fit donc, pendant la nuit du 28 au 29, amener douze bouches à feu

HISTOIRE D’üNE FORTERESSE.

en face du château, les fit munir de gabionnades et envoya de nouveau un héraut pour sommer la garnison de se rendre.

La réponse fut que la garnison ne se rendrait qu’autant qu’elle se verrait dans l’impossibilité de continuer la lutte.

Le 29 au matin, les douze pièces commencèrent donc à ouvrir le feu contre l'ouvrage de la porte. Les assiégés ne pouvaient répondre à cette attaque qu’avec de petites pièces mises en batterie sur le sommet des tours. Mais le soir tous ces couronnements étaient écrêtés, les combles percés, les mâchicoulis détruits.

Pendant les journées du 3o septembre et du ier octobre, quatre grosses bombardes furent, en outre, établies contre la tour externe de la porte. Le soir cette tour s’écroulait dans le fossé.

Messire Charles d’Amboise, avant de donner l’assaut, envoya encore offrir au gouverneur de capituler.

Celui-ci alors se montra sur les ruines, et déclara que si on le laissait sortir lui et ses hommes, vies et bagues sauves et enseignes déployées pour se rendre où bon leur semblerait, il rendrait le château.

Charles d’Amboise vint alors sur la brèche de son côté et donna sa parole qu’il l’entendait ainsi. Les deux capitaines alors se rapprochèrent et se tendirent la main.

La ville et le château de la Roche-Pont étaient rentrés au pouvoir du roi Louis XI. Il ne restait plus au sire de Montcler que cinq cents hommes en état de combattre; encore y en avait-il un bon tiers de blessés.

Messire Charles d'Amboise leur donna un sauf-conduit, leur fit délivrer des vivres et traita à sa table le sire de Montcler et ses capitaines. Le surlendemain, ceux-ci prenaient le chemin des Flandres avec ce qui leur restait de troupes étrangères.

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