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LA VILLE DE LA KOCHE-PO.N T EST FORTIFIÉE PAR M. DE- VA U B AN

Né à Saint-Léger de Foucherets, en pleine Bourgogne, Vauban, qui aimait et connaissait bien cette belle province, eut plusieurs fois l’occasion de visiter la Roche -Pont. L’assiette du lieu, sa position stratégique, attira son attention et fut une occasion d’études qui reliaient cette petite place à une ligne s’appuyant à Besançon, passant par Dole, Auxonne, la Roche-Pont, Langres, Neufchâteau, Toul, Pont- à-Mousson, Metz, Thionville, Longwy,Montmédy, Sédan, Mézières, Rocroy, Avesnes, Maubeuge, Valenciennes, Lille, peur finir à Dunkerque. C’était alors en 1680, une seconde ligne. Plût au Ciel qu’on l’eût toujours conservée et entretenue par des ouvrages mis en rapport avec les moyens d’attaque-, mais si les Français savent prendre, ils n’ont souci de garder.

La place de la Roche-Pont n’était attaquable que par le plateau du Nord, et l’artillerie du temps de Vauban ne pouvait l’entamer sérieusement que de ce côté, puisque la ville, sur ses deux flancs Est et Ouest, était protégée

par des escarpements et deux cours d’eau. Des batteries établies sur les coteaux à l’Est et à l’Ouest ou étaient dominées par l’artillerie de la ville, ou, pour atteindre le niveau des remparts, devaient s’en éloigner de neuf cents toises, hors de portée. Vauban résolut donc d’établir au Nord, en dehors de la ville ancienne, un grand ouvrage qui commanderait le plateau. Toutefois — car il était économe de l’argent de l’État — il pensa qu’il pourrait utiliser une partie des ouvrages d’Errard, notamment, les bastions que cet ingénieur avait élevés sur les fronts Est et Ouest, et perfectionner la défense du château qui deviendrait ainsi un bon réduit. De plus, il traça des ouvrages, seulement revêtus à la base, le long de la rivière, pour protéger la ville basse. Du côté du ruisseau, il traça également un front flanqué pour de la mousqueterie afin d’éviter de ce côté toute insulte et de conserver des terrains utiles, soit pour cultiver des légumes en cas de siège ou faire paître des bestiaux. Un barrage établi à l’embouchure du ruisseau, avec éclusage, permettait d’inonder les prés situés à l’Est de l’escarpement.

La figure 65 présente le plan de l’ensemble des ouvrages tracés par Vauban. Il avait d’abord songé à établir au Nord, en avant du front fortifié par Errard de Bar-ie- Duc, un ouvrage à corne, devant une demi-lune -, mais il ne pouvait battre efficacement ainsi les points divergents du plateau. Il s’arrêta donc au tracé que donne la figure 65, en se servant d’une partie des revêtements du Nord d’Errard de Bar-le-Duc. En avant de ce front Nord, à la place des défenses étroites et trop resserrées d’Errard *, il fit une grande demi-lune A (fig. 65), avec tenaille en arrière, puis l’ouvrage bastionné B qui battait tout le plateau. Pour le reste de la ville, se servant des

i. Voir fig. 60.

l’ouvrage avancé de vauban

vieux bastions, il leur donna de bons flancs et disposa le réduit comme l’indique le tracé D. Les voies de la ville haute furent élargies, améliorées et les maisons isolées des remparts. L’ancien pont en C avait été détruit par une crue de la rivière, il ne fut pas rebâti, mais en P, on construisit vers 1675 un nouveau pont de pierre avec une tète de pont terrassée. En O était encore en 1 680 une passerelle de bois. La ville s’était de nouveau étendue sur la rive gauche et l’importance de la cité haute tendait à diminuer.

La figure 66 présente, à une plus grande échelle, le tracé de l’ouvrage avancé construit par Vauban. Devant les trois fronts de cet ouvrage, des demi-lunes avec tenailles en arrière défendaient les approches.

Quatre casernes furent construites en a. Des cavaliers s’élevèrent sur les bastions et les chemins couverts avec leurs places d’armes furent garnis de traverses. Cet ouvrage étant pris, le corps de la place pouvait encore tenir quelques jours.

La figure 67 donne les profils de ces ouvrages qui étaient revêtus et présentaient une bonne défense qu’un siège en règle pouvait seul entamer.

Mais il est utile d’indiquer les motifs qui déterminèrent le tracé de cet ouvrage et la méthode adoptée par l’illustre ingénieur.

Vauban fortifiait en raison de la place et n’était point de ces esprits routiniers qui une fois un système admis, prétendent l’appliquer en toute occasion.

Les forteresses qui, comme celle de la Roche-Pont, sont situées à l’extrémité d'un promontoire et ne présentent à l’assiégeant qu’un front étroit, donnent certainement à la défense certains avantages puisqu’elles n’ont guère à redouter qu’une seule attaque et ne sont abordables que d’un côté; mais cette disposition ne laisse pas d’avoir ses

inconvénients, surtout si comme dans le cas présent un plateau en éventail s’ouvre en dehors de la place; car

alors 1 assiégeant couvre les défenses de feux convergents auxquels l’assiégé ne peut opposer qu’un front étroit de-

HISTOIRE D’üNE FORTERESSE.

pourvu de grands flanquements. Du côté de l’Est, le gros bastion, au milieu duquel Vauban avait laissé subsister la tour du quinzième siècle, qui lui donnait ainsi un bon cavalier revêtu, flanquait passablement la crête orientale du plateau extérieur; mais du côté de l’Ouest, ce flanquement se refusait complètement, à cause du rentrant donné par le promontoire. Pour parer à ce désavantage, Vauban inclina sa capitale quelques pas vers l’Est*.

Il avait pensé d’abord à supprimer les flancs Sud des deux bastions extrêmes, mais alors les prolongements des faces Est et Ouest de ces bastions eussent été trop obliques pour battre efficacement les arêtes du plateau, tandis que les deux courtines remplissaient cet objet. Puis, l’ennemi ne pouvait, sans risques, commencer alors ses tranchées sur les rampants de ce plateau et arriver rapidement devant des fronts insuffisamment flanqués. Vauban établit donc le tracé du grand ouvrage avancé d’après la méthode suivante (fig. 68). Il donna au côté extérieur 180 toises ou 35 1 mètres 2. Au côté Ouest, a, c, 3qo mètres, et au côté Est, b, cl , 320 mètres; c’est-à-dire qu’il plaça les points c et d en raison de l’arête du plateau ; les deux angles a et b étant égaux entre eux. Sur le milieu du côté a b du polygone, il éleva la perpendiculaire e f, ayant comme longueur, le sixième de a b. De ce point extrême f, furent tirées les lignes de défense a g, b A, sur lesquelles les longueurs des faces du bastion a A, b i furent portées égales à deux septièmes du côté extérieur a b. Pour trouver les flancs du bastioi, d’après la méthode adoptée ordinairement dans ses défenses des points k et z, il décrivait des arcs de cercle k /, en prenant i k comme rayon. Le point d’intersection de cet arc avec la ligne

Voir la figure 65.

. Pour plus de clarté, nous réduirons toutes les dimensions suivantes en mètres.

2gO HISTOIRE D’UNE FORTERESSE.

b li donnait la longueur et la direction du flanc du bastion; mais, n’ayant pu tracer un demi-hexagone régulier.

et les angles a et b étant plus fermés que ceux d’un hexagone régulier, en procédant de cette manière, il rétrécissait

trop les gorges du bastion. Donc, pour déterminer le flanc du bastion des points i et k , il abaissa des perpendiculaires sur les lignes de défense a g, b /i, et le point h donna l’angle rentrant dans la courtine h g parallèle au côté a b. Cela découvrait un peu plus les flancs, mais permettait de mieux battre les dehors, et c’était, dans ce cas particulier, le point important.

La largeur du fossé du corps de place fut fixée à 33m,92 à l’arrondissement de la contrescarpe, et celle-ci fut déterminée par une tangente à cet arrondissement, menée par l’angle de l’épaule du bastion opposé.

Les fossés étant secs, Vauban creusa au milieu des cunettes de 7 mètres de largeur sur une profondeur de 2 mètres*. Des doubles caponnières réunirent les tenailles aux demi-lunes. La demi-lune fut tracée comme suit : Prenant g k comme rayon, l’arc k m fut tracé. Sa rencontre avec la perpendiculaire e, f prolongée, donna le point d’intersection m, saillant de la demi-lune. De ?7z, la face m n se dirigea sur un point o pris sur la face du bastion à 9m,42 de l’angle de l’épaule i. La largeur du chemin couvert fut fixée à 9™, 42, et celle du glacis à Z-j'niô-]. Les places d’armes rentrantes eurent 3o mètres de demigorge et les faces 40 mètres. Ces places d’armes furent fermées par des traverses. Le fossé de la demi-lune eut 27 mètres de largeur. Les tenailles q construites dans la direction des lignes de défense, eurent i3m,i8 de largeur à la base.

Des cavaliers furent établis sur les bastions pour avoir des vues convenables sur les rampes du plateau. Leurs faces et leurs flancs, parallèles à ceux des bastions, durent être plantés à une assez grande distance des épaule ments, pour que le pied du talus extérieur non revêtu, lais-

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