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carpe, établir une batterie de brèche et prendre la place par le saillant Nord-Ouest. Pendant ce temps, la batterie de mortiers rendrait la droite de l’ouvrage intenable, écraserait les défenseurs des anciens murs terrassés, endommagerait la porte et empêcherait l’assiégé de rien entre-
prendre sur ce point. Le projet n’était pas mal conçu; il ne s’agissait plus que de le mettre à exécution.
Le flegmatique gouverneur fit renforcer les gabionnades de l’ouvrage et élever des traverses et des paréclats, notamment sur les plate-formes des deux grosses tours. Il fit
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disposer des abris dans les terre-pleins. D’ailleurs, il ne cessait de faire tirer sur les travailleurs, si bien que ceux-ci ne pouvaient guère avancer que pendant la nuit. Tantôt, à dix heures du soir, tantôt à minuit, à deux heures ou avant le jour, Rincourt causait des alertes dans le camp ennemi par des sorties sans importance, au point de vue du résultat final, mais qui fatiguaient singulièrement les assiégeants.
Ces sorties étaient opérées par une ou deux compagnies pendant que les autres se reposaient. Ainsi exerçait-il les miliciens, et les habituait-il au métier.
Le 1 5 novembre, les travaux des assiégeants n’étaient guère avancés. La place d’armes C était faite cependant, ainsi que la parallèle qui la réunissait à la place d’armes B, et on commençait les tranchées qui devaient aboutir aux deux batteries. Les mortiers de bombes étaient montés et commencèrent à tirer vers le soir. Mais ces projectiles faisaient plus de bruit qu’ils ne causaient de dommage à l’assiégé. Le tir de ces mortiers était mal réglé, et la plus grande partie des bombes éclatait trop tôt ou trop tard. Les assiégés s’y habituaient et se défilaient dès qu’ils les voyaient arriver. Pour une douzaine de bombes tirées la première soirée, deux hommes avaient été blessés et un affût endommagé.
La matinée du 1 5 novembre, le temps, qui avait été beau jusque-là, changea brusquement. Une neige fine tomba vers 9 heures et fut bientôt suivie d’une pluie diluvienne accompagnée de rafales. Pendant la nuit du 1 5 au 16, les hommes de garde dans les tranchées étaient dans l’eau jusqu’aux genoux; il était impossible de travailler. La pluie continua égale, serrée, pendant toute la journée du 16. Rincourt mit à profit ce fâcheux état de l’atmosphère. Le pont qui avait été établi sur la rivière par les Impériaux, en aval du pont de pierre, consistait en un tablier
d’une toise de largeur, posé partie sur des chevalets, partie sur des bateaux accouplés, recueillis dans la vallée. C’était fort mal entendu, car le niveau delà rivière, venant à monter, les bateaux s’élevaient d’autant et il était fort difficile de maintenir l’union entre le tablier posé sur ces bateaux et celui posé sur les chevalets.' Ainsi, malgré la pluie, les assiégeants avaient-ils travaillé pendant toute la journée du 16 pour éviter la rupture de ce pont. Le gouverneur qui, toute cette journée, ne cessa d’examiner les alentours de la place, avait reconnu du haut de la plate-forme du cavalier la situation précaire du passage des assiégeants, et, à la nuit, il fit jeter à l’eau, par-dessus les parapets du pont de pierre, quelques gros troncs d’arbres qui vinrent heurter les bateaux, les chevalets et faire obstacle au courant qui montait toujours. A minuit, une vingtaine de ces troncs d’arbres s’étant accumulés contre les bateaux, le niveau de la rivière s’élevant encore, le pont fut emporté. Une lumière qui apparut un instant sur un point de la vallée d’ Abonne avertit Rincourt de la destruction du pont. Ce signal était donné par un de ses espions.
Certain dès lors de ne pouvoir être coupé sur sa droite par les Impériaux, le gouverneur fit sortir trois cents miliciens et trois compagnies de soldats, tenus sous les armes après le souper, par la porte de l’Ouest, voisine du château; trois cents autres miliciens et deux compagnies par la porte de l’Est. Cette seconde troupe avait pour mission de se jeter sur la levée de l’étang, d’attaquer le poste ennemi établi au delà de cette chaussée, de le tourner par sa droite et de le pousser, l’épée dans les reins, le long du ruisseau. Rincourt prit le commandement de la première troupe de six cents hommes. Il descendit la rampe du pont, traversa le ruisseau au moyen de madriers et de chevalets qu’il avait fait préparer derrière le cavalier et attaqua le poste de trois cents hommes établi à cent toises en aval du pont de
pierre. Ceux-ci, se voyant assaillis par une troupe très-supérieure en nombre à la leur, quittèrent précipitamment leurs bivacs et se dirigèrent le long de la rive gauche du ruisseau pour se réunir au second poste de trois cents hommes, établi entre eux et la chaussée, puisque le pont était rompu. C’est bien ce sur quoi comptait Rincourt. En même temps, et en sens inverse, fuyait le poste de la chaussée de l’étang poursuivi par la seconde troupe des assiégés, comptant s’appuyer sur le poste du ruisseau et sur celui du pont, puisqu’ils étaient tournés sur leur droite. Ces deux postes, du pontet de la chaussée, se repliant aussi vite que le terrain le permettait, en sens inverse sur le poste du ruisseau, celui-ci crut à une attaque et tira quelques arquebusades sur les deux troupes amies. On eut de la peine à se reconnaître et, ces huit cents hommes ainsi réunis, en désordre, se virent attaqués de deux côtés par Rincourt et la seconde troupe des assiégés. Le combat ne dura guère, tant à cause du désordre que de l’infériorité numérique. Peu résistèrent, beaucoup se jetèrent dans les marais, deux à trois cents mirent bas les armes et demandèrent quartier. De ceux qui s’étaient jetés à droite et à gauche dans les marais, une centaine put rejoindre le camp au jour, les autres furent tués par les paysans.
Forcia, prévenu de l’attaque de ses postes du Sud-Est au milieu de la nuit, fit prendre les armes à un millier d’hommes. Mais le temps continuait à être affreux ; les capitaines obéissaient à contre-cœur; ils avaient perdu toute confiance, et ce ne fut qu’au jour que le lieutenant de Galas put descendre dans la vallée. Ses trois postes étaient enlevés, et il trouva de deux à trois cents hommes tués et blessés le long du ruisseau.
Rincourt était remonté tranquillement dans la ville avec ses deux troupes et ses prisonniers par la porte du château, vers trois heures du matin. Il n’avait perdu qu’une cin-
quantaine d’hommes tués, égarés ou blessés. Forcia reprit le chemin du camp, vers dix heures du matin. Mais du haut du donjon, dès les premières lueurs du jour, le gouverneur avait vu défiler la troupe des Impériaux vers les postes enlevés. Sans perdre un instant, se mettant à la tête de quatre compagnies fraîches de piétons et de ses trois cents cavaliers, et après avoir fait tirer quelques salves sur les ouvrages des assiégeants, il sortit bravement par le ravelin et alla donner tête baissée sur les tranchées. L’ennemi surpris, sans commandement, découragé, lâcha pied, et Rincourt put enclouer les canons des deux places d’armes avancées, enclouer et jeter les mortiers le long des rampes, briser des affûts, bouleverser les gabionnades et enlever quantité d’outils de travailleurs.
Quand Forcia rentra, ce fut pour apprendre ce nouveau désastre. Ses capitaines murmuraient tout haut. Il les traita de lâches et d’ignorants, ceux-ci répliquèrent aigrement; on en vint de part et d’autre aux injures. Heureusement pour Forcia, le soir arriva un messager de Galas qui enjoignait de lever le siège de la Roche-Pont et de se replier, sans perdre une heure, sur la Saône.
Saint-Jean-de-Losne avait résisté et la place n’avait pas été entamée; les Impériaux, surpris par les inondations, craignant d'être coupés par l’armée française, se décidaient à s’en retourner chez eux.
Si cette armée française avait eu à sa tête un Rantzau et un Rincourt, pas un Allemand n’eût repassé la frontière ; mais le duc de Weimar et le cardinal de La Valette qui pouvaient détruire les envahisseurs, les poursuivirent assez mollement. Les Impériaux, toutefois, dans cette expédition, dont ils espéraient tirer le plus éclatant profit, perdirent tous leurs bagages, bonne partie de leur artillerie et un tiers de leur effectif.