HISTOIRE D'UNE FORTEHE5SE. I
et aux saints apôtres Pierre et Paul pour l'illustre maison de ses fondateurs; c; dans les paroles sorties aujourd'hui de votre gracieuse bouche, ce qu'elle appréciera au-dessus des dons que vous lui faites, c'est l'assurance que ses privilèges et son indépendance seront sauvegardés de nouveau, comme il- l'étaient ,ui temps passé.
— Assurément, reprit Élienor, nous veillerons à ce i]u'il ne soit fait aucun dommage à vous et à vos vassaux, ci la charte que nous vous remettrons mentionnera expressément noire désir de respecter, et au besoin de faire respecter par lous. les immunités de l'abbaye. D'ailleurs, sire abbé, vous n'ignore* pas que, en Ces temps malheureux, les biens de l'Église ne sont pas toujours respectés par ceux mêmes qui devraient les défendre. Vous savez, les épreuves qu'a subies l'abbaye de Vé/elay; nous préten-
ire abbaie, que de mettre le château en bon état de dé-
En s'en retournant, l'abbé se demandait d'où venait ce di.mgeinent. Il n'en rentra j\:s moins fort satisfait au moustïer, et après vêpres, un Te Dernn fut chanté.
pas — Voilà la bonne fée qui a parlé, dit le baron Guy, il faut agir. — Par les corps saints ! dit Anseric, lorsqu'il sut à quelles conditions le siler.ee de l'abbé serait assuré, belle a mie. i "us bàtis-c^ si bien pour fliglise, qu'il ne restera rien pour le château ! — A vrai dire, reprit le baron, il ne me plaît guère que ces moines aient un pied chez nous.... lîah ! nous mettrons la chapelle dans la baille, et s'il faut défendre le château, les moines resteront dehors. — Mais qu'avez-vous donc sans cesse à médire de ces bons
moines, .-ire oncle? — Ah ! gentille fée, si vous les aviez vus comme je les ai vus sur les terres d'outre-mer, vous diriez cirime mui que c'est la pire engeance.'... — Allons, ne blasphémez pas, sire oncle, nous sommes ici en terre chrétienne, et non chez, les Sarrasins. »
Peu de jours après, en effet, Anseric mit les ouvriers à l'œuvre; le bourg et les villages du domaine durent fournir leurs corvées en hommes, en bûtes de trait, en chariots;
saient les bois nécessaires, en quantité. I,c baron Guy, en raison de s;s connaissances militaires, se chargea de diriger l'entreprise. 11 manda secrètement un maître des œuvres qu'il avait connu en Palestine et qui était natif de Troyes. Celui-ci fut bien reçu au château, bien nourri, vêtu de neuf, mais surveillé avec soin, dans la crainte qu'il ne lui prît fantaisie de s'en aller. Les plans du nouveau cli îteau hircin arrêtés entre le banni et lui. On se servait d'une partie d^-. l'.iriiiîc:;ik'iïs l'uni aine- qui existaient encore. Mais il est nécessaire de connaître la situation des constructions qui existaient alors sur le plateau (fi™. 35;, pour l'intelligence de ce qui va suivre.
En A était le château de la Roche-Pont, construit sur les restes romains et composé île bâtiments iriv^uîitrs, en ir.au tais état; en IJ, !e cloître de i'abbji e. son église en Cl. En D, l'abbatial.
Ce monastère était limité du Coté de l'ouest par les rui-
côtés, par des mors crénelés, avec quelques échauguettes.
En E était le verger de l'abbaye; en F celui du château'. Deux beaux moulins, qui dépendaient de l'abbaye,
I. Le verger t'i'il iil'jr. Lin j:M,!i:i. mil lY-.jiuufs CI de
™l - !■- '!r.ns J^.iu-1 rilliii t juvii.lrc k Irni-H ue se [ivicr i ei\crs ]U : :t-
étaient établis en G, cl en H, l'étang, rempli par les retenues du ruisseau.
La ville haute, bâtie sur le versant occidental du plateau, possédait deu\ paroisses 1 et K..,. Un pont de bois avec moulin-; dépendant du cl) jteaii c:i L, mi autre pont Je bois en M, le pont de pierre romain en N.
Sur la rive droite, selcvaient quelques maisons avec jardins. En O la route du plateau bifurquait pour conduire a l'entrée de l'abbaye et à celle du château. En P, des terres cultivées, et en R la forêt qui s'étendait â plus de deux mille pas vers le nord. De l'ancien mur rampant romain S, il ne restait que des débris ainsi que de l'enceinte T. Ces ruines, envahies par la végétation, formaient cependant un relief qu'il était p i'siKc de défendre.
La topographie générale connue, nous allons décrire les
nouveau château (lig. 36'). En 0 existait un fosse qui fut recreusé. Une barbacane s'éleva en A avec entrée sur son flanc gauche.
L'entrée principale du clùteau dut être établie en lî avec pont-volant. Cette porte devait être protégée par deu.v tours. Sur une partie de l'ancien front Nord romain, on projeta cinq tours dont les courtines allaient joindre les deux tours antiques V, réparées et cour. innées. Il devait rester ainsi derrière cette première défense un grand espace C. C'était la baille, avant-cour ou basse-cour dans laquelle furent plantées la chapelle E promise à l'abbé, des écuries D et dépendances F, sur une ruine romaine. En P, on creusa un deuxième fossé qui dut protéger le
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château proprement dit, dont la porte fut disposée en G. Une poterne s'ouvrit en H. L'ancien mur romain M reçut de nouveaux couronnement?, et trois tours neuves durent
En I, on jeta les fondements du donjon en partie sur
placements K, avec une chapelle en L. Aux extrémités du fossé P, des coupures furent pratiquées dans les deux courtines ruinai ne-., pour intercepte:', au besoin, toute ciim. municatiou entre le- défenses de la baille el celles du château. Ce parti fut adopté également pour les deux courtines aboutissant au donjon.
Le baron Guv passa il toutes ses juniT.ées, depuis la décile? corvée. menaient de. approvis:. ■.n:i-:neuts de pierres, de sable, de cailloux, ele bois, creusaient les fossés et les rigoles des fondations.
Le baron Guv tenait à élever eu face du plalcau 'point d'attaque un grand front. L':;c rement convexe pour déro-
ties. pour les protéger en cas de retraite, il avait observé que tomes les humes défenses élevées en Syrie par les chrétiens plantiiieiit toui'nirs les entrées de telle sorte que l'assaillant fè.i obligé île présenter son ilur.e droit à la défense, ce qui était bien raisonné, puisque le liane gauche est protégé par l'écu ou lepavoi. La position Je la porte G du Château avait été l'objet d'une longue étude entre le baron et son maître des œuvres. Celui-ci voulait la placer parallèlement à la première; mais le baron insista pour qu'elle formât avec l'entrée de la baille un angle prononcé.
Le maître de l'œuvre prétendait que la tour de gauche de cette porte G formerait alors un saillant mal défendu, attaquable; mais le baron admit que si l'assiégeant voulait battre ou miner cette tour, il serait battu en écharpe par la tour R; qu'en donnant des sinuosités à ce front du château, on découvrait mus les points de la baille, que la porte principale était ainsi bien masquée, qu'on en serait quitte pour donner une forte épaisseur atnt murs et un plus grand diamètre â ces deux tours de l'entrée, et qu'enfin, si l'ennemi parvenait à faire tomber la tour de gauche fiirniiint saillant, il y avait !a ressource de se reir.parer de S en T et de prolonger ainsi la déisme, d'autant que cette tour du saillant abattue, l'autre resterait intacie et commanderait ln brèche.
La poterne H fin également l'objet d'iuc série d'observations de part et d'autre, (ici le poterne éutil nécessaire pour assurer les approvisionnements du château sans encombrer l'entrée principale. Placée près de la tour d'angle U, que l'ennemi ne pouvait battre à cause de l'escarpement du plateau, cetre poterne éiait bien protégée par Cette tour; puis elle devait être surmontée d'un ouvrage qua.iraugulairc avec dnublcs herses et doubles portes, et enfin une braie X défendait son approche. 11 fut entendu en outre que le gros bâtiment d'habitation central, élevé sur les débris des tours carrées romaines, serait crénelé. CiimrisanJerait la courtine et par a luséqueui les deux entrées ; des puits existaient ou furent creusés en p.
Tu utes choses ainsi bien arrêtées, les ouvrages furent poussés activement. Le baron ne quittait pas les chantiers et voulait voir chaque chose par lui-même. On commença par le front Mord de la baille et par la grande chapelle E. Ce travail de l'extérieur ne changeait pas notablement l'état ancien; puis on se mit au donjon. Lorsque cette tour de quatre-vingt-dix pieds de diamètre fut élevée à trente
pieds de haut, son aspect était déjà formidable. Les gens de la ville regardaient de loin cette masse qui dominait la pointe du plateau, et se demandaient ce que leur seigneur prétendait faire de celle grosse tour. L'abbé était quelque peu soucieux ; mais on lui faisait si bien fête au château qu'il ne disait mot, d'autant que la grande chapelle de la baille promettait d'être fort belle.
Heureusement pour Anseric,le duc de Bourgogne avait alors d'assez, grosses allaircs sur ks bras; dos dillicuhés avec le roi de France Philippe Auguste étaient pour lui un "rave sujet d'inquiétudes, et il ne voulait pas en un pareil moment s'aliéner sa noblesse. Plus de deuï années s'écoulèrent ainsi, sans qu'il survint au châtelain d'embarras scrieuï. Alors le château était bien pris d'être achevé. N uu s en duiuiiius la vue cavaliers lii;. ?<; . prise à l'angle Nord-Est.
On ne parlait dans la contrée que du beau el fort chiitel neuf de la Roche- Pont, et il ne manquait pas dans le voisinage de gentilshommes envteui des biens et des alliances d'Anseric, qui cherchaient à le peindre au* yeux du duc, comme un ambitieux prêt à briser les liens féodaux qui l'imi-siicnt à «on seigneur. Un aliull jusqu'à p:étc::dre que le sîre de la Roche-Pont, s'appuyant sur son origine, ne visait à rien moins qu'à supplanter le duc, et que déjà il avait à ce sujet noué des intrigues avec le rot de France et Pierre de Courtenai, qui avait épousé Agnès, soeur du dernier comte de Nevers et tante d'Élienor ; que ses hommes étaient accablés sous le poids des corvées, et que le duc ne pouvait admettre qu'un de ses v;issau.\ foulât ainsi
Comme il n'arrive que trop souvent, la malveillance dictait ainsi à Anseric la conduite qu'il avait à tenir pour satisfaire ses projets ambitieux.
Le duc de Bourgogne, Hugues III, notait rien moins qu'un défenseur des biens de l'église. L'abbé de Sain:- Julîen ne l'ignorait pas; aussi, [out en se sentant l'esprit troublé par les dispositions défensives Ju sire Je la Hoche- Pont, et n'augurant rien de bon pour l'abbaye du voisinage d'un aussi fort château, n'osait-il manifester ses craintes et essayer de les faire partager à la cour du due, car il craignait plus peut-être l'intervention de celui-ci que la puissance de son voisin immédiat.
Hugues s'émut à la longue ci prêta l'oreille à tout ce qaVn rapportait vies Jispositums Je son vassal. Une occasion lui découvrit bientôt ses véritables dispositions. Anserïc, s'il avait des ennemis et des envieux à la cour du duc, avait aussi quelques amis. Ceus-ci ne manquèrent pas de l'informer des fâcheuses iu-.presskins qu'on avait fait naître dans l'esprit du duc à son éçarJ, d'autant que celui-ci n'était guère réservé dans ses propos. On l'avait entendu dire qu'il irait bientôt éprouver ai la for'.eres-c Je la Roche -Font était aussi bonne qu'on le prétendait. La prudence n'était pas davantage le fait du duc. Il avait envoyé u:i parti Je L(ei;s J 'armes examiner les cltuses île près. Or les gens d'armes du duc avaient les habitudes du maitre : ils étaient grandi piilui'Jr et Jétr insseurs. S'ils s'acquittèrent de leur mission, je ne le saurais dire, mais il est certain qu'ils puèrent quelques hameaux et mirent le feu à plusieurs granges de l'abbaye de Saint- Julien.
Grand fut l'émoi parmi les moines, qui ne manquèrent pas de s'en plaindre au sire de la Roche- Pont.
Lu fief de la Roche- Pont devait chaque année reme;ire au duc de Bourgogne, a litre de redevance, six chevaux de guerre harnachés. Habituellement, le sire de la Roche- Pont se rendait à cette occasion à la cour du duc après les fêtes de Pâques.
C'était en t tS5. Anseric ne parut pas â la cour et n'en-
voya pas les six chevaux. Hugues les réclama; An série répondit que les gens du duc avaient eux-mêmes pris les chevaux qui lui étaient Jeslir.cs eoo-.mè des pillards et routiers; que c'était à eux à les remettre à leur maître; que quant à lui et à l'abbé de Saint- Julien, ils réclamaient des dommages et demandaient que lesdits pillards fussent pendus aux lieux des méfaits.
Que d'ailleurs, lui, Anseric, savait comment le duc de Llour-V'^ie aê^udlbit les mauvais propos des ennemis de la Roche- Pont, et qu'il choisirait son heure pourlcsdémcntir. A cette fiére réponse, Hugues s'emporta et jura qu'il ne prendrait pas de repos que le château de la Roche- Pont ne fût rasé, dùt-il lui en coûter le quart de sa seigneurie.
Le baron Guy n'avait pas vu grossir l'orage sans une sc-
savait muer une iiuri^ue et mettre les bonnes chances Lie son côté. La plupart de ces vieux chevaliers de Syrie doublaient le soldat d'un diplomate par suite de leurs rapports avec la cour de Constant inople et avec les Sarrasins.
Après la réponse d'Aiiseric, il n'y avait plus qu'à se préparera la guerre, ce a une guerre à outrance. .Mais si bonne que fût la place, le baron Guy n'ignorait pas que toute forteresse investie, si clic n'est secourue, finit par tomber aux
poser en rase campagne à celle du duc; il pouvait réunir deux cent cinquante hommes d'armes, ce qui faisait un total de dou/.e cents combattants cr.virnr, chique homme il 'ji'.n:- étant acwnip.iijné de trois ou quatre Ciirr.b.itt.ui'.s. En ajoutant à cela les hommes de la ville qui devaient le service au seigneur, on pouvait compter sur une garnison de quinze à dix-huit cents hommes.
Le baron Guyeut donc avec Élicnor et Anseric une Ion-
guc conférence, le soir même de l'envoi de la réponse au duc, après laquelle il fut résolu que la dame de la Roche- Pont, bien accompagnée, se rendrait à la cour du roi de France, lui promenant hominaflt-liiîu de la seigneurie de la Roche-Pont, et lui demandant secours contre le duc de l!nurp\!;!is,qai - ? an s raison, dévastait les terres de son vassal et pillait les biens de l'abbaye de Saint-Julien. Le baron Guy avait quelques natifs do croire que cette démarche serait favorablement accueillie; [liais il se «arda de dire tout ce qu'il savait à ce sujet. Il conseilla à sa nièce de se faire accompagne:- par l'abbé, ''il était possible, ou tout au moins par quelques religieu--: autorisés par Celui-ci.
Dame Éliiinor accueillir ces ouvertures, sans faire la [îKiiiuliv objection. avec un calme apparent, bien que sm cœur battit dans soi: mince corsage, à le rompre.
Klle employa la nuit, avec <es femr.ies. à faire les préparatifs île son vovl^o, et de grand matin manda l'abbé.
L'abbé, qui en tout ceci voyait en perspective, quoi qu'il advint, la dévastation des biens de l'abbaye, poussait force soupirs, s'exclamait, accusait lu dureté du temps, mais ne résolvait rien. « Sire abbé, lui dit enfin hlicnor, avec ou sans x'ous ou vos religieux, je pars ce matin; vous plaît-il mieuï défendre votre cause vous-même ou la faire défendre par une femme!' — ■ Kh! rrès-!;racieuso dame, reprit l'abbé, pui.s-jc quitter mon troupeau, lorsque le loup s 'apprête à !c dévorer? — Eh bien, donnez-moi trois de vos religieux. — Oui, c'est bien parlé.... il le faut.... il le faut. — Qu'ils soient ici ÏL clieval dans une heure. — Oui, noble dame.
ront, pour les frères, envoyés dans une obédience ou danquelque abbaye voisine. — C'est bien, et hâtez-vous I a Dame Llienor embrassa ses enfants, son époux et son oncle
en pleurant; mais, séchant ses larmes au moment de monter sur sa haquenée, elle apparut à sa petite troupe avec un visage calme. » Belle nièce, lui dit le baron Guy, au moment où elle attendait sur le montoir, le duc fera tout, criaillement, pour venir ici hâtivement. Il serait possible qu'il arrivât avant votre retour. S'il en était ainsi, marchez prudemment, cachez-vous et vos gens chez le yavasseur Pierre Landry, à deux lieues d'ici, dans la vallée; il sera prévenu, guettera votre retour et me fera tenir de vos nouvelles. Nous aviserons alors. »
La troupe de la dame de la Roche-Pont se composait d'une douzaine d'hommes surs et fidèles, attachés au château, commandés par un vieux chevalier prudent et avisé, de deux femmes et des trois moines. La chevauchée é'.ait destinée, pour lésions du cliâleau, à rendre visite à la dame de Courtcnai, tante d'Élicnor.
Le duc de Bourgogne avait hâte de réduire son vassal. Dans l'espace d'une quinzaine de jours, il avait réuni de sis à sept mille hommes et se menait en marciie. Pendant ce délai, Anscric et le baron Guy n'avaient pas perdu de temps. On amoncelait dans le "château des provisions de bouche pour trois mois nu moins. On fabriquait quatre grands trébuchets et une demi-douzaine d'arbalètes i tour. Des bois de charpente, en quantité suffisante, avaient été JéLiiés dans la forik pour établir des hourds, des palissades, des bretèches. Une trentaine de tailleurs de pierre travaillaient sans relâche à faire des projectiles de soixante et cent livres pour les trébuchets. Chaque ouvrier pouvait en façonner dix dans sa journée; au bout de quinze jours, i 'approvisionnement était dequatre mille cinq cents. Dans la ville, on travaillait aux arbalètes de main, aus quarream, car les citadins, qui devaient le service, étaient tenus d'arriver armes, équipés et munis de projectiles en quantité suffisante. Il y avait aussi des archers pour lesquels on fa-
connaît des lléches de L'ois de frêne, des arcs de bois d'if,
des cordes de chanvre lon^.
Bien que le sire de la Roche-Pont ne pût reunir, ainf-i qu'il il été d il piécédeoi nient, plu- de ilix-luiii ceins lu ml mes,
nemi occuper le monastère -i.ns le défendre, f Si-ce faiblement, r Tu dois défendre le monastère, disait-il à son neveu, toulefeis eue les intérêts du ML/ei air. -n'ii engagés; or. puisque d'aujourd'hui tu rends hommage-lige de ton tief au roi de France, il est ton suzerain; donc, ses intérêts s: 'in engagés, et il est de ton devoir de défendre l'abbaye. ■ A ce raisonnement spécieux. Anseric ne trouvait rien à. objecter. On mit donc le mur nord de l'abbaye en état de défense, on relia son angle Nord-Kst aux débris de la muraille romaine encore existants sur la crête du plateau par une bonne palissade avec fossé, et on barricada la crête occidentale au-dessus de la ville, entre l'abbaye et la baille du château.
L'abbé avait bien lait mine de s'opposer à ces travaux, prétendant avec raison que ! abL-ave n'était pas ci", fteerre avec le duc de Bourgogne et ne déclinait pas l'hommage qu'elle lui avait rendu. -Mais le baror. Guy élait, ensa qualité de l ieux chevalier d'outre -nie;', un casuiste Je première force, et, s'appuyant sur le texte des chartes, prétendait que le sire de la Hoche- Pont combattait pour la cause du su/.crain, que par conséquent il fallait exécuter les clauses des conventions relatives à l'abbaye. Ces discussions n'ar-
pressaient pas de se rendre à son appel, ne se croyant pas en état de résister aux vassaux d'Anseric, et préférant attendre le résultat de tout ceci avant de prendre un parti.
Le baron fit, en outre, creuser une tranchée de l'angle Sud- liai de l'enceinte de l'abbaye à la crête orientale du plateau; puis, i! lit recuLivrir cette tranchée Je bois de charpente avec fascine*, et rétablir le gazon par-dessus, alin que
b aine palissade qui protégeait sa circonférence en laissant entre le muret elle un espace de vingt pas, et qui donnait des liées île trente pas de largeur en ni ant de la contrescarpe du fosse.
Le vingt-deuxième jour après la réponse d'Aiiseric, le 5 mai, les troupes du duc se présentèrent en face de l'abbave. sur le nlatcau. Les premiers arrivés se répandirent da::s ville qu'ils commençaient à piller, quand le duc intervint et donna, contrairement à ses habitudes, l'ordre de respecter les habitants cl leurs biens. Kcuutant cette fuis de sages conseils, il entendait séparer les intérêts des vassaux J'Anseric de ceuii. de leur seigneur, isitlur celui-ci et en avoir ainsi plus facilement raison. Aussi, dès le soir même, tit-il publier à son de trompe par toute la ville que s;s armes n'en voulaient qu'au seigneur de la Roche-Pont, déclaré félon, comme ayant rompu les liens qui l'unissaient, e-. qualité Je vassal, au duc Je ]iourgii«nt: ; que les habitants Je la ville et Je la vallée seraient respectés en tant qu'ils u.- prendraient point parti pniir le sire Je la Rnchc-Pont ; que, de ce jour, ils étaient déchargés de toute redevance et d; tout service envers ledit sire; mais que ceu.\ qui seraient e: invaincus de prendre parti pour lui seraient pendus comme traîtres envers leur légitime seigneur, le duc de Bourgogne. Un héraut se présenta devant les murs de l'abbaye et prononça, à haute voix, la même déclaration 1 . Mr.i-. le baron Guy avait prévu le cas, et tous les gens de 1? ville
(68 HISTOIRE d'VNE FORTERESSE.
qui étaient vernis en armes à l'appel d'Anscric, étaient enfermés dans le château. H n'avait posté, pour défendre l'abbaye, que des hommes sur lesquels il pouvait compter, dépendant directement d'Anscric et attachés à sa fortune; p lis qiT!i]i:t::- , .i:i:i du ce-', aventuriers qu'on recrutait pour ce - eus de guerre, et qui, n'av.mt ni foyer ni patrie, se battaient pour celui qui les pa}'ait le mieux.
Ces défenseurs de l';ibb:i ve n'éiaicnt guère qu'une centaine de gen* déterminés. Ils accueillirent le discours du héraut avec des huées et des rires, un répondant qu'ils ne connaissaient d'autre seigneur que le roi de France; que s'il s'agirait de pendre, ils savaient tout aussi bien le faire que les gens du duc. Pendant la nuit, deux mangonnaux furent braqués en face du mur nord du monastère et eurent bientôt écrèié les défenses ; mais les hommes d'Anse-
é:nei:e? pour Irancbir l'enceinte, ils les accueillirent par une grêle de :raits qui tuèrent un certain nombre d'assaillants.
Toutefois, ceux-ci couronnèrent la muraille et descendirent dans la longue et étroite cour fermée par ce bâtiment. 1,'t, ils furent exposés ;iu\ pierres et 11 tous les débris de
La courdel'Est était barricadée, et Anseric^avec une vingtaine d'hommes, gardait cette barricade. Il la défendit b.-avement pendant une bonne heure, c: les linur-mignons, engagés dans un étroit espace, perdaient du monde. Ceuxci parvinrent toutefois à briser une porte du bâtiment et à s^ précipiter dans le cluurc. Là, ils furent encore exposis aux traits et aux pierres lances par quelques défenseurs postés sur le côté nord de l'église.
Une troupe de Bourguignons attaquait la barricade du Sud-Est en dehors du mur de clôture pour prendre l'abbaye à revers. C'est là que se tenait le baron Guy, avec
ilk,
une cinquantaine d'hommes. Le combat fut dur et sanglant, et avant de se retirer, voyant que les défenseurs abandonnaient peu à peu l'abbaye, le baron fit mettre le feu au.»: fascines de la tranchée en arrière.
Déjà, Anscric et ses hommes prenaient le chemin du château cl étaient abrités par les défenses de la barbacane. Guy les il-; ■ lit;: i ;t . poin-suin p.ir une «russe troupe de H >ur:;'..ii;i!'--i]'. .Mais la tranchée ki'ssa bientôt échapqee C.uv ut Algérie se p:éeipi lurent sur ccn.v qui s'étaient aventurés jusqu'à portée du trait de la barbacane, et en tuèrent un bon nombre. Échauffés par le combat, exaspérés par la résistance, les gens du duc se répandirent dans lus bâtiments de l'abbaye, achevant les blessés et pillant. Le feu, mis par les défenseurs ou par les Bourguignons,
Les pauvres moines, assemblés dans le du eur pendant le combat, durent bientôt quitter ce refuge, car les tisons enlhmmés MmbaicriL sur le pavé par les leil- des voûtes. La nuit était alors venue, plusieurs furent massacres par des soldats ivres. La plupart s'étaient blottis tremblants dans un rez-de-chaussée voûté. C'est là où les trouva le duc lorsqu'il entra dans l'a^b.ive en fiamir.e-i. L'abbé se jeta à ses jenoux; mais le due irrité le repoussa durement, en lai disant 1 « Sire abbé, il convient mal à des «er.s d'é- «:i^e de cmiibaltre contre ieer sei^neii'' : si je ne vous fais pas pendre vous et vos moines, c'est grâce à votre habit. Sortez d'ici et aile/, raconter à vos frères vos forfaitures ! ■ L'abbé eut beau protester de son innocence, assurer que si l'abbaye avait été défendue, c'était contre sa volonté, le duc, dont la colère semblait s'allumer à chaque mot du père, finit par donner l'ordre à ses gens de chasser dehors toute cette moinaillcric.
«ogle
Ces malheureux, mourant de faim, s'en allèrent dans la ville où quelques bonnes âmes les recueillirent; mais le duc
cer que tout habitant qui i;a:\krait vn religieux chez lui, serait pendu.
Rassemblant quelques provisions , les religieux prirent donc à pied le cliemin de Cluny.
Le duc avait donné l'ordre d'éteindre l'incendie, car il prcttiiLii.it habiter l'abbaye pendant le siège du château; mais il ne restait de logeable que le palais abbatial, situé au Sud de l'église '.
Retirés dans le château après avoir perdu le quart de leurs hommes engagés dans la lutte, Anseric et le baron Guy prenaient leurs dernières dispositions. Les gens rentrés avec eu\ étaient fort animés: car ils avaient fait subir à l'ennemi des pertes assez sensibles, et ils ne songeaient qu'à se bien défendre. Guy était ravi et soi; visage sombre s'illuminait d'un éclair de gaieté.
« Cela va bien, dit-il à son neveu, quand ils furent seuls, cela va bien ; maintenant que l'abbaye brûle, nous sommes assures d'être secourus par le roi de France; c'est une bonne journée pour commencer. — Lt ces pauvres moines, que leur est-il advenu?... Ah! sire oncle, il eût mieuï valu les laisser en repus: nous aurions mie trentaine de braves gens de plus ici, et nous n'aurions pas à nous reprocher d'avoir l'ait brûler le couvent et massacrer les moines, peut-être. — Laissez, laissez, beau neveu; les moines se tirent toujours d'aii'airc, et ils sauront bien réparer leur abbave. Ce sont les gens du duc qui l'uni bt ilée J'ailiears '. Eh, ne devions-nous pas la défendre? Laissez! Jean Otte sort cette nuit par la poterne du donjon. C'est un rude homme et un lin matois ; dans cinq jours il sera près de
t. Voyez la ligure 35.
noire gcnlillc Élienor et raconlera comme quoi le beau duc a saccagé l'abbaye cl brûlé toute la moincric. Cela va bien! cela va bien, a
De pan et d'autre, on avait fait une douzaine de prisonniers. Le lendemain matin, 7 mai, les gens du château virent trois de ces malheureux pendus par ordre du duc aux
arbres du verger. Aussitôt trois prisonniers bourguignons furent pendus aux créneaux de la barbacane.
Aucun des ponts n'avait été détruit par les assiégés. Ils furent occupés par les gens du duc et défendus chacun par une bonne bretéche (%. 38), afin d'empêcher toute communication d'une rive à l'autre. Le mur Sud de l'abbaye
fut renforcé par des palissades réunissaient les deux crêtes Ouest et Est du plateau. Un poste fui i3t:il->[i dans les deux moulins du monastère' et une tour de bols s'éleva le long du ruisseau au-dessous du front Sud-Est du château.
Ces premières mesures prises, le duc fît creuser un fossé avec cpaulcmcnt traversant lu verger du château à ponce de trait et unissant les deux crêtes. Ce retranchement de contrcvallation (ut renforcé de deux tours de bois, une à chaque extrémité avec issues prés de chacune d'elles et au
milieu (fîg. 3û). Le château était ainsi complètement investi (t5 mai).
Pendant nue ces travaux s'exécutaient, il y avait chaque jour des escarmouches sans importance entre les défenseurs et les assiégeants. Ou se lAtaii, mais on n'entreprenait rien
la Roche-Pont et ses hommes ne pussent s'échapper; il prenait -son temps. Le baron Guy s'enfermait souvent avec un