‹ Histoire d'une forteresse texte et dessins (volume 2)Chapitre 18 sur 48 · H ISTOIRE D'UNE FORTERESSE · texte numérisé non relu

H ISTOIRE D'UNE FORTERESSE

soin ■ mais il avait pour sa nièce et ses deux enfants — deux beaux garçons de cinq et huit ans — une adoration qui faisait la principale préoccupation de sa vie. 11 lui paraissait que pour des êtres si chers à ses veux, le château de la Roche-Pont et son domaine étaient un bien maigre lot, et c'est tout au plus si le duché de Bourgogne lui semi-lait diane de leur litre offert.

Ces ambitions indirecte*, pourrait-on dire, sont les plus âpres et les plus tenaces; ce sont celles qui poussent au\ entreprises les plus a.kiadeuse*., parce qu'elles sont desin-

Lorsque le baron Guy parlait des forteresses bâties par les Francs en Palestine et en Syrie, il ne manquait jamais d'en compter les tours, de décrire leurs hautes murailles, leurs belles et bonnes défenses, et, ét,iblh';u;t toujours une comparaison entre ces merveilleuses forteresses de Mariât, de Krak, d'Antarseus, de Laodicéo, d'Antioche, d'Ascalcul, de Giblet et de tant d'autres, avec le château de la Roche-Pont, il semblait que ce dernier ne fût qu'une bicoque, bonne pour abriter des vilains.

Quand le discours du baron prenait ce tour, et il le prenait souvent, la figure d'Anseric s'assombrissait, Klicnor baissait les yeux, rougissait et allait chercher les enfants.

Un soir que le baron s'était complaisamment étendu sur l'emplacement et la solidité du château Je Krak, qu'il avait

dit-il, l'assiette du château de la Roche- Pont me semble ' aussi bonne que celle de la forteresse des chevaliers d'outre-mer, et, s'il ne s'agit que de faire des tours plus épaisses et des murailles plus hautes que ne sont les nôtres, la chose est facile, qu'en dites-vous? » Le baron ne leva pas la tête. « Oui, dit-il, mais il faudrait le vouloir. — Et

HiSToiHE d'une fobtehesse.

si je le voulais î — Peut-être le pourrais-tu, beau neveu , mais qui fait un bon château doit s'attendre à le voir attaquer. — Eh bien ? — Eh bien ! il le faudra défendre, beau neveu. — N'aivins-nnus pas des homme;; et nous-mêmes ' — Oui, il faut des hommes, des hommes aguerris, et des armes, et des mangonnaux ; puis il faut faire vite, si on ne veut pas être attaqué avant que les ouvrages ne soient achevés; et il n'y a pas loin d'ici à la cour du duc, qui peut-être sera curieux de voir de près ce que fait le sire de l,i Rnche-l'ont. ■ - Le dje! le duc! ï. n'a pas à -'enquérir si je fais rebâtir mon clûieau; c'est affaire à moi, non à lui ! — Il y a aussi les moines de l'abbaye qui s'en iront se plaindre près de notre sîre le duc; bien qu'il ne fasse pas jrar.d compte Je ces robes blanche.*, noires oïl prises, et lui persuaderont que si tu élèves un château plus fort,

l'Église. Or, le duc préfère garder pour lui les trésors des

si vous me laisse/ faire, ils se tiendront en paix. — Eh ! que fere/.-vous, belle amie? reprit Anserk. -— Vaille/.- vous me laisser «sir comme je l'entendrai: — Soit; « votre volonté, belle amie. >

11 faut dire qu'Elicnor, en sa qualité de femme et de dame de haute lignée, entrait, quoiqu'elle n'en laissât rien paraître, dans les vues du baron Guy, et n'avait de plus cher désir que de laisser à son aîné le plus beau domaine de la province.

Comme alliée à la maison de Nevers, elle n'aimai; pas le duc, et les liens féodaux qui unissaient son domaine au duché de Bourgogne lui pesaient plus encore peut-être qu'à son époux.

Le lendemain, Elienor manda l'abbé, sous prétexte d'une affaire importante à lui communiquer. Celui-ci était un petit homme, pale, aux yeux vifs et noirs, toujours vêtu

avec recherche, autant que le comportai! l'ordre de Cluny, qui, en fuit de costume, était alors fort tolérant. H arriva au château, sur une belle mule richement harnachée, suivi de Jeux moines également montés. Le vin et les épices leur furent offerts dès leur entrée , et quand l'abbé fut près d'ÉIienor, elle lui parla ainsi : « Sire abbé, vous savez en quelle vénération je tiens votre saiute abbaye et combien

sion favorable. Notre sire et moi sommes heureux que

fabbave, parce que nous avons, pour voire personne en particulier, une estime pr. fonde. Si donc ce que nous prétendons l'aire e-t pour nous attirer plus spécialement ia protection Je- -anti- y patres Pierre et Pau], c'en aussi L -u con-idératioa de vos vertus et de votre s.i^e g nr.'emcment.

« Notre château es! fort vieuv et ruiné; notre sire entend le faire réparer, et, pniir au ire" ■sur ses murs la bénédictin .ri du ciel, il compte élever dur. s .mi enceinte une belle chapelle q : .ii sera de— ervie par n os religieux, suivant votre bon plaisir, et dépendant par conséquent de l'abbaye. X l'entretien de la chapelle sera affectée une rente annuelle de cent livres it prendre sur notre terre de Try. De plus, votre obédience de Vieil-Bois est laide et délabrée; notre sire veut la faire rebâtir et donner pour son entretien, insullisam aujourd'hui, vingt - cinq journées Je vignes de notre domaine, voisines de Cette obédience. » A chaque partie de ce discours, l'abbé s'inclinait en baissant les yeux, i Dame, répondit-il, l'abbaye de Saint-Julien, fondée par un des ancêtres de notre sire, se réjouira des dons nouveaux que vous voulez bien lui assurer. Si elle a vu avec tristesse les différends qui se sont élevés parfois entre les seigneurs de la Roche-Pont et ses abbés, elle n'a jamais cessé d'adresser des prières à Dieu, à la Vierge Marie

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