HISTOIRE D'UNE PORT 1Z H ES 5 E
opposées, cent voix s'élevèrent, Les uns appuyaient l'avis du vieillard, d'aatrcs, celui du chasseur.
Des hommes jeunes voulaient même se jeler sur la petite iroupe des hommes blonds et les massacrer.
A plusieurs reprises quelques-uns des habitants du Val d'Ohet, parmi les plus vénérés, voulurent imposer silence et parler; mais le tumulte allait croissant; l'assemblée se pin-inyeaii p;i" grimpes, puis les femmes criaient et se lamentaient; les enfants pleuraient. Cependant, la petite troupe des hommes blonds coupait des arbustes et des broussailles et se faisait un rempart de ces débris.
etnir^e-s vinrent ^e joindre aux douze premiers. Ceux-ci étaient armés de larges boucliers ovales, faits d'osier et couverts de peaux. A l'aide de piquets, ils fixaient ces boucliers au sol et se tenaient derrière, on ne voyait que leurs télés peintes de rouge et de bleu et leurs veux brillants. Ils riaient entre eux bruyamment.
Le milieu du jour était proche et la confusion continuait à régner parmi le- réii^iés. 0:i entendit alors retentir les mi:i- étrilles qui avitieu; si l'or; eil'rayé les malheureux habitants d'Ohet à l'aube. Puis la rive opposée au promontoire se couvrit d'une multitude d'homme- blonds divisés par troupes, tous armés. Ceux-ci commencèrent alors à passer d'une rive à l'autre et s'assirent en ligne sur le rivage au-dessous du plateau. Alors, le prisonnier qui avait déjà pris la parole, s'avança seul vers la forêt, et quand il fut à portée de voix, il dit : « Mes amis, mes frères, vous allez être attaqués-, nous, tués devant vos yeux. Ayez pitié de vous, pitié de omis-, descende/, vers le- hommes blonds, ils ne vous feront aucun mal ; ils ont respecté vos maisons, les femmes tombées entre leurs mains. N'ayez pas l'espoir de vous défendre, car ils vous tueront avec leurs armes tranchâmes! g A ce suprême appel, le silence se fit parmi
IO H i ST oihe d'une fortehesse.
les réfugies, et un des habitants de la vallée qui Otait depuis le matin resté sans mot dire se leva. C'était un homme court, trapu, au visage brun et aux cheveux crépus; il Était
dit-il • que ceux qui veulent rester dans la va
lée sortent du
Ils pourront fuir avec leurs familles, car les h<
immes blonds
où je suis né. s Beaucoup se groupèrent, en
du charpentier, avec leurs femmes et leurs e
ensemble, sans perdre un insiant, se montren
:ntà la troupe
des hommes blonds, g Nous rentrons dans n
se contenta de dire le charpentier à l'intcrpri
et alors ils s'avancèrent vers le petit camp.
Plusieurs avaient lies arcs et des haches de
pierre. «Jetez
vos armes, dit le prisonnier, jetez vos arm
avez que faire •> Les hommes blonds, ass
montaient rapidement les rampes du promontoire, divises en deux troupes, à droite et à gauche; si bien qu'en peu d'instanls. lu charpentier et ses compagnons furent entourés d'une foule innombrable qui, pénétrant dans la masse des réfugiés, les murcL-lait par groupes ei enlevait les quelques armes restées entre les mains de plusieurs hommes.
Ces étrangers riaient, sautaient ci appuyaient leur front sur la poitrine des habitants de la vallée en signe de bienveillance.
Ainsi, quelque centaine;; d'iudiïtnes descendirent vers
dans leurs maisons complètement pillées.
Beaucoup de ces huttes restaient dénertes; les nouveaux venus s'y installèrent sans trop s'inquiéter des habitants et de ce qu'ils étaient devenus.
Le territoire d'Ohet, deux siècles plus tard, avait pris un aspect nouveau, son nom était changé. On l'appelait alors la Vallée d'Avon.
De belles prairies, garnies de troupeaux, tapissaient les rampes des coteaux. Au fond jaunissaient des moissons d'orbe et de s^i^lt. Les forets couvraient encore les sommets et, de tou-i côtes, des maisons Je boi-: émergeaient d;s piés avec leurs cnclus de pali-r-aJes |\.'intes de couleurs rives. Les marais du ruisseau étaient desséchés, et au sommet du promontoire, à la place des bois touffus, on voyait se dessiner, sur le ciel, les talus d'un oppidum qui commandait la vallée et les deux cours d'eau.
En effet, peu après l'invasion des hommes blonds, les anciens habitants de la vallée qui s'étaient sauvés dans les bois avaient reparu, accompagnés d'une grande multitude d'hommes de leur race, et, à l'aube, ils s'étaient rués, en poussant des grands cris, sur les nouveaux
Ceui-ci, qui ne s'attendaient point â une attaque, se dé-
failli va il du mieuv qu'il-, purent ; m ni s k-s plus jeunes cl lu* plus agiles d'entre civ. si: réunirent sur le promontoire .ni ils aiiendirau lu nuit. Alors ils dcs^endirait sans bruit, passèrent ie ruisseau et se j titrent à leur tour sur ceux qui croyaieni reprendre possession de la vallée. La plupart étaient endormis hciiucoup -."é:aient dispersés p nu r chercher des vivres et pour piller. Les jeunes hommes blonds en firent un grand massacre, sans distinguer les anciens habitants, qui étaient restés dans leur demeure, de ceux qui se présentaient en ennemis; les femmes et les cillants furent seuls épargnés.
A la suite d'un conseil tenu par les anciens, et après avoir pris l'avis de- femmes, il fut décidé que pour éviter de nouvelles surprises et pour protéger les habitants de la
des armes, défier toute aituque. et reprendre /intensive au moment propice.
Le sommet du promontoire fut donc défriché; chaque homme valide fui tenu de donner une journée sur quatre
enceintes du camp. Les femmes préparaient la nourriture nécessaire aux ouvriers et les enfants portaient de la terre dans des paniers ou les branches d'arbres que l'on mëlaii
Suivant exactement l'arête du plateau, les chefs des huit tribus, établies dans la vallée, tracerait l'enceinte du camp, ses entrées, .es Jélens^s. le re:u:;e des anciens, l'emplacement des troupeaux, celui des huttes pour les familles et enfin le lieu propre à élever le Nércicde, l'enceinte sacrée, le sanctuaire de Belen et les logis des Druides.
histoire d'une forteresse. i3
A l'aide de forts leviers de bois durci au feu, les pierres qui arasaient l'assiette du plateau furent arrachées et rangée- d'al'nrd su;' II- périmètre tracé, puis, Hir cette assUe, derrière laquelle des cailloux furent entassés, mêlés A de la terre, nu plaça à quatre pieds de distance l'un de l'autre, des troncs d'arbres en travers. L'épaisseur de cette base était Je vini:t pieds. L'intervalle filtre les troncs d'arbres fut rempli de pierres, de terre et de branchages. Puis une autre assise de pierres mêlées de terre ; puis trois files de trônes d'arbres disposés cette fois longitudinalemeiii, reliés par de forts liens de bois d'aulne veri, toujours avec des
très troncs d'arbres en travers, chevauchés sur les premiers et un couronnement de Ciiillouv, de a,nr.on et déterre formant chemin de ronde complétèrent l'enceinte.
Des piqueis placés verticalement à cinq pieds de distance l'un de l'autre et enfoncés solidement de trois pieds dans le rempart, sur la crête externe, servirent à fixer, au «vivcii de lien-, d'osier, des claies ,1e cinq pied-. si\ pouces de hauteur et formai:: un parapet continu percé d'archères.
Le rempart atteignait six pieds de hauteur. L'enceinte élevée, les Druides tracèrent l'emplacement réservé aux huit tribus. 11 élait donné à chacune d'elle un espace circulaire de deux cents p:is de diamètre; les huttes, sur deux rangs, étaient disposées autour du périmètre; au centre, le parc pour les troupeaux et la hutte du chef.
L'ensemble de ce camp est présenté dans la figure a, avec le rempart, les deu\ entrées, les voies creuses pour y
Druides et Druidesses, entourés de l'enceinte sacrée. Des puits furent creusés dans chacun des cercles des tribus et dans l'enceinte du Némède.
14 il TST01 RE D'UNE FORTE? ESSE.
La figure 3 donne le profil du rempart, avec son chemin de ronde A pour les défenseurs et, d<i distance en distance,
les glacis B permettant de monter facilement sur ce chemin de ronde.
Les entrées étaient masquées par unépaulement formant avancée et laissant deux issues le long des remparts. La
HISTOIRE D'UNE FORTERESSE. l5
figure 4 montre comment étaient disposas ces entrées. Les deux entremîtes du remp:irt étaient renforcées chacune par un terrassement plus large H permettant le rassemblement de défenseurs n<>inh:eu\. On vuii le mas |ue élevé en dehors de la coupure et en K le chemin creux avec son épaulement L.
La figure 5 représente le Némèdc avec son enceinte et les habitations des Druides.
Le camp terminé, sauf les habitations des tribus dont l'emplacement seul rest;l huikjué p.i~ îles cercLes dj pierres, on y fit demeurer un certain nombre de jeunes hommes qui se remplaçaient chaque jour. Arrivant au coucher du soleil, ils restaient dans le camp jusqu'à l'entrée de la nuit suivante. Hais ceux des premiers habitants de la vallée qui vivaient encore, ne pouvaient pénétrer dans le camp sous peine de la vie.
ifi HISTOIRE d'une forteresse.
Les tribus prospéraient, s'cnricliissr.ïunE du produit dc | la terre cl de leurs bestiaux, Plusieurs ayant trouvé du mirerai de cuivre dans les environs, fjibrii] liaient des armes et des ustensiles. Il y avait aussi des potiers qui travaillaient habilement l'argile. Des commerçants apportaient a certaines époques de l'année dans la vallée, des étoiles, du sel, des épiées et même du vin dans desoutres. Ih prenaient, en écluiiige, des or-jeis du cuivre, des peau\. du fromage et de l'orge.
Depuis longtemps les iril'us n'ayant pas eu de nouvelles attaques à repousser, négligeaient 1.1 garde du camp auquel on ne se rendait guère qu'à l'occasion de certaines solennités et assemblées convoquées par les Druides. Ceux-ci demeuraient seuls, entourés de leur collège, dans celte vaste enceinte qu'ils faisaient cultiver et au milieu de laquelle paissaient leurs troupeaux. Les remparts, dont les charpentes étaient pourries, s'étaient alVaissés et ne présentaient plus qu'un relief médiocre. l,a végétation les avait
envahis sur quelques points. .Mais dans l'état de pais où vivaient les tribus, nul ne songeait à réparer ces défenses.
Les habitants de la vallée avaient eu à plusieurs reprises des démêlés avec les tribus voisines et on en était venu plusieurs fois aux mains; mais ces querelles se vidaient promptement ; aucun de ces groupes de tribus ne pensait à subjuguer ses voisins et à s'emparer de leur territoire.
Toutefois le repos était pesant à ces peuplades et souvent les jeunes gens quittaient la vallée pour courir les
les e\]V,1ilii) ns lointaines, avaient qui'té leurs foyers dans l'espoir de faire un riche butin sur les terres méridionales situées au delà des monts. Deux années étant écoulées, un fetit nombre reparut dans la vallée; ils apportaient
s remplies d'édifices somptue
vigne et touts si
dominer les familles paisibles qui vivaient de leur travail. Celles-ci qui avaient tout d'abord accueilli avec grande joie ces yucnïcrs mit le fetnut desquels on ne comptait plus, oui avaient écouté avec admiration les récits qu'ils faisaient le soir autour Je la llamme du foyer, commençaient à trau-
ver intolérables leur- fa;" vis impérieuses, leur oisieete et leur jactance. Chaque jour lovait naître du nouvelles querelles qui se terminaient le plus souvent par du sang répandu. Les femmes de ces guerriers étaient encore plus insolentes que leurs époux et prétendaient avoir autour d'elles des esclaves, ainsi qu'en possédaient les femmes des pays que leurs maris avaient -i glorieusement parcourus.
Sur ces cm refaite.. une assemblée des tribus de 11 vallée fut convoquée dans le vieux camp, suivant l'usage, pour délibérer sur les intérêts communs et tenter l'apaisement des querelles. Les hommes se rendaient toujours à ces assemblées avec leurs armes; quant aux femmes, elles y venaient ponant des vivres e: des boissons; car ces réunions se terminaient d'ordinaire par des banquets prolongé:, pendant toute* la nuit.
Le matin du jour fixé, la vallée retentit du bruit des trompettes cl l'on vit de toutes pans les habitants se diri-
tribus accompagnés de la multitude, ils trouvèrent le pont occupé par les guerriers auxquels s'étaient j ints un assez grand nombre de jeunes hommes de ta vallée, et même d'autres guerriers Étrangers aux tribus.
« C'est au camp et non ici que se réunit le peuple, dit l'un des chefs de tribu, passons outre. — Vous ne passerez
|j on ' 5 . L Nous n'avons ni conditions à subir, ni conditions à imposer, « répliqua le premier, » les hommes d'ici sont libres et la terre est à eux dans la vallée comme sur la montagne , passons outre, — Alors, ce sera par la force » reprit le guerrier en tirant à moitié son épée.
Une longue clameur répondit à celle provocation, et. du milieu de la foule les arme-, brillaient au soleil comme des