‹ Histoire d'une forteresse texte et dessins (volume 2)Chapitre 3 sur 48 · HISTOIRE D'UNI FORTERESSE · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'UNI FORTERESSE

éclairs. Les chefs cependant imposèrent silence et firent reculer la multitude. Alors s'avançant tous ensemble à l'entrée du pont, l'un d'eux parla ainsi : ■• Que voulez-vous? n'êtes- vous pas Je nus tribus, Ei'ave/.-vous pas des troupeaux, des femme-- et des enfant - nés dans la vallée ■ (ludlcs Conditions prétende?.- vous imposer, à nous qui sommes vus égaux; Parle/! (lue pnuvc/-vous demander de plus que ce que vous possédez. Quel tort vous a -t- on fait! Pourquoi amener avec vous de- hommes qui ne snnt point d'ici, que nous ne connaissons pa-, qui n'or.i rien à prétendre parmi nous! — Réponds-lui, réponds-lui, Si^ilJ. dirent d'une commune voix tous les guerriers. Sigild s'avança. C'était nu beau ieune homme de la vallée, grand en svclte, au visage doux et à la barbe naissante, sa poitrine était couverte d'une petite cuirasse de cuivre qui brillait au soleil: ses bras blancs élaieni nus et ornés de bracelets d'or. Il dédaignait de porter un casque et ses cheveux blonds réunis au sommet du crâne à l'aide d'une longue épingle d'or, retombaient sur son dos. Des choses aux couleurs vives couvraient ses jambes; une sorte d'écharpe entourait sa taille et était gracieusement ramenée

mes frères, nous sommes tous libres, tous du même sang, nous devons rester unis pour vaincre les hommes qui voudraient s'emparer de nos biens ou nous humilier. Considérez, cependant que vous p.'sscJcz parmi vous l'élite des guerriers qui ont vaincu des nations puissantes et ont porté la gloire du nom Gaulois au delà des monts. Beaucoup sont nions en combattant: mais ceux qui sont revenus parmi vous après tant d'épreuves, apportant un riche butin, qui ont acquis la connaissance des armes, n'ont-ils pas droit à quelques égards? Habitués au métier de la

guerre, toujours prêts à verser leur sang, ne sont-ils pas plus propres à délé idre vos loyers que ne peuvent l'être les hommes qui n'ont lait autre chose que Je conduire Jcs troupeaux et cultiver l;i terre; Cependant ils ne vous dette- entourés d'il. 'mines cupide- et envieux, qui, jaSeutx de i.i pro.péritJ de nuire vallée, méditent de lâcheuses entreprises. Ils savent cela parce qu'ils ont vu beaucoup de peu pies que vous ne connaisse/ [vis, bien qu'ils suiciii proches d'ici. Endormis par une longue sécurité, vous n'êtes pas en état de résister à une attaque sérieuse. Or, ces guerriers vos parents, vos frères, vos amis, du même sang que le vôtre, ont considéré avec tristc--e l'étal de quiétude dans lequel vous vivez. Ils ont donc médité, cu\, le- homme- Je guerre, de se tenir dans le camp, de le l'unifier clticaccment, d'eu faire un véritable refuge en cas d'invasion et Je s'y défendre jusqu'à la mort. Est-ce là une pensée mauvaise": Quant à ces guerriers que vous considérez comme des étrangers, ce sont des frère- d'armes qui ont combattu avec nous au delà des monts, et qui ne trouvant plus leurs maisons en rentrant dans leurs vallées dévastées par des bandits, nous demandent asile. D'ailleurs, s'ils n'appartiennent pas à vos tribus, ne sont-ils pas Gaulois comme

■ Nousavons voulu vous dire cela ici, et non dans le lieu Je l'assemblée même, dans la crainte que nos pensées fussent mal comprises au milieu d'une trop grande aftluence. Si nos proposition- voas paraissant justes, faites en vue de la sûreté commune, et que vous persistiez, à tenir assemblée Li-h.Uit. nous voj- précéderons au camp et y resterons quand vous retournerez dans vos habitations.

ii Pour nous, dévoués à nos fonctions nouvelles et aux-

quelles nous sommes habiles, ainsi que nous l'avons prouvé. Je ce camp nous ferons un lieu redoutable pour tout ennemi qui oserait nous attaquer. » Un long murmure suivit ce discours et les cliefs de- tribus se re^rd. lient

if Simili! . ■. paroles m ml dorées; mais l'acte auquel vu us et vo> compagnons vous livrer en ce moment est ollensant et porte atteinte à la liberté des hommes de la vallée. Vous nous montrez des dangers imaginaires alin de demeurer lithaut sous le préleste de défendre nos familles , mais pour vous séparer d'entre nous et :it;:r suivant votre bon plaisir. Dites-nous qui vous nourrira, qui soignera vos bestiaux pendant que vous serez là-haut armés, attendant un ennemi.... lequel peut-être ne se montrera jamais: Outils maître* du pont, îles Jeu\ cours d"eau, vous pourrez, si bon vous semble, interdire aux hommes de la vallée la chasse dans les bois qui s'étendent derrière le camp et la pêche dans les tours d'eau en amont, lesquels fournissent les meilleurs poissons. Ainsi serons-nous à votre discrétion. Si l'assemblée pige qu'il est opportun de n-,ieu\ furtuicr le camp, chaque homme de lu vallée \ travaillera à son tour, et vous, comme les autres. S'il s agit de détendre celte enceinte, c'est l'ailaire de tous les hommes en étal de porter les armes ; car tous sont également intéressés à protéger leurs familles, à repousser un ennemi et à ne pas souffrir l'insulte. Venez donc avec nous au camp, nous délibérerons sur ce qui touche aux intérêts des tribus, et vous n'aurez, tomme nous, qu'à vous soumettre à te qui aura été décidé. Quant aux nouveaux venus, s'ils réclament l'asile, vous savez qu'on ne le leur refusera pas; mais il sera nécessaire qu'ils remplissent les cor.dliiotis iulpo-ées aux hommes étrangers, et qui demandent à vivre parmi nous. D'ailleurs, nous consulterons les Ovates. »

Repoussant de la main Sigild qui s'apprêtait à répondre, le premier guerrier qui avait si insolemment parlé, s' avança à la tête du pont. devant les chels des tribus ci. é.a riant les brus, il Jii : <■ Nul ne passera ici : tous ces discours sont inutiles, retirez-vous dans vos maisons, nous gardons le camp.... »

Aces mots, mille voix s'élevèrent, et, comme un torrent, malgré les chefs qui tentaient Je la maintenir, la foule dus hommes de la vallée s'élança eu avant. Lesépécs urées de part et d'autre s'entrechoquèrent et mêlèrent leur bruissement aux cris des deux partis. Les femmes, répandues sur la rive, faisaient enlendrc leurs imprécations par dessus les clameurs et poussaient les hommes vers le pont. Il y eut alors du côté du parti qui prétendait défendre ce passage, un mouvement de recul, alin de se concentrer au point le plus étroit; comme les guerriers s'étaient serrés sur le pont alin d'entendre ce qui se disait des deux parts et que plusieurs même étaient montés sur le- parapet* Je bois, ce mouvement en arrière de la téle jeta la confusion dans cette presse et plusieurs tombèrent dans la ri-

A cette vue, une huée suivie d'un immense éclat de rire, partit des groupes réunis sur la rive; les défenseurs du poi:t ainsi nue ceux qui s'avançaient à l' encontre, ne comprenant rieii à ces rires, s'rurétèrent, regardant derrière

l'eau, embarrasses dans leurs vêlements, gênés par leurs armes, bien qu'ils fussent nageurs, étaient entraînés par le courant, d'autant que la rivière était grosse à ce moment. On les voyait disparaître, roulés par les eau.x rapides. Deux barques étaient attachées au rivage du côté de la vallée; en un instant, quelques hommes s'y élancèrent et, faisant force d'avirons, aidés de perches, ils eurent bientôt

recueilli el ramené sur la rive, aux applaudissements Je tous, les guerriers on danger d'cu'e n

Trois avaient perdu les sens; on s'empressa autour d'eux; les femmes surtout prodiguaient leurs soins pour l.'s rendre à la vie.

Cet épisode avait eu pour conséquence de mêler les deux pani s; les gens défenseurs du pont s'étaient avancés sur la rive jusqu'au milieu du pas-age et entouraient le beau .Siiiild qui, touiour-. souriau:. répondait à toutes les ques lions qu'on lui adressait par des paroles rassurantes. On ic voyait hver légèrement les épaules et branler la tête

tait plus possible. Ie> rires avaient succédé aux Cris de guerre. Un groupe plus compact, composé des deux partie, discala:! cependant a'. ce une certaine animation le long d'un des parapets du pont ; quraid. un des hommes de la vallée, auquel semblait s'adresser son entrai rage, monta vivement sur le garde-corps, et attachant son bouclier sur ses épaules plongea dans la rivière.

Il reparut bientôt et nageant avec autant de vigueur que d'adresse, il prit pied sur la berge située en bas du proies deux bateaux se remplirent d'hommes de la vallée, d'autres, en nageant, s'y accrochèrent, et les barques atterrirent bientôt sur l'autre bord. Quelques embarcations remorquées passèrent encore un bon nombre d'hommes; si bien, que les défenseurs du pont se virent placés, en cas qu'ils voulus-cn: persister dan-, leur ro;C.kii:on, entre deux

postés sur le passage. Ce noyau s'éclaircissait peu à peu, et si la retraite ne s'opérait pas en masse, ce qui eût provoqué une nouvelle hilarité, elle se faisait graduellement.

Bientôt, il ne resta plus sur le tablier du pont que le fa-

faire couler le sang. Lui, ne riait pas; quand il se vit abiiiidimné. il jeta son épée dans la rivière et se faisant jour à travers la foule, il se dirigea vers la vallée. Le beau Sij'.ild entouré de la plupart des guerriers montait vers le camp et toute la foule le suivait.

HISTOIRE D'UNE KO K T E R E f S F .

Trente années après Féi éac-ment que nous veaons Je racontar, kl vaiicc il' Avon cuiu toujours riante et couverte i' habi ririons champêtres; on voyait cependant en avant et en arrière du pont dont il vient d'être parle, deux groupes assez serrés d'habiUoion-: : le premier vers la vallée, le second sur les basses rampes du plateau. Un assez, pand nombre de barques étaient amarrées sur les deux rives en

montoire se <ac--inak la silhouette d'une défense faire Je pierre, de bois et Je terre, mais avec des tours carrées, en grande partie composées Je charpentes et de clayonna^ts, espacées environ l'une de l'autre Je cent pas. Kn dehors de l'enceinte, des palissades pei: élevées se dressaient de

pied- de proloadeur. Les issues Je l'oppidum, conservées .à la place où nous les avons marquée-- précédemment, éta'.er.l ku\n'.me!-.t entourée- en dehors, par des pieux réunis au moyen de branchages. Au bas des deu.v chemins

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