I. Voyez la figure
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qui étaient venus en armes à Tappel d'Anseric, étaient enfermés dans le château. Il n'avait posté, pour défendre Fabbaye, que des hommes sur lesquels il pouvait compter, dépendant directement d'Anseric et attachés à sa fortune; puis quelques-uns de ces aventuriers qu'on recrutait pour ces cas de guerre, et qui, n'ayant ni foyer ni patrie, se battaient pour celui qui les payait le mieux.
Ces défenseurs de rabba3^e n'étaient guère qu'une centaine de gens déterminés. Ils accueillirent le discours du héraut avec des huées et des rires, en répondant qu'ils ne connaissaient d'autre seigneur que le roi de France; que s'il s^agissait de pendre, ils savaient tout aussi bien le faire que les gens du duc. Pendant la nuit, deux mangonnaux furent braqués en face du mur nord du monastère et eurent bientôt écrêté les défenses ; mais les hommes d'Anseric s'étaient retranchés dans le bâtiment en retraite de ce mur, et quand les Bourguignons s'avancèrent avec des échelles pour franchir l'enceinte, ils les accueillirent par une grêle de traits qui tuèrent un certain nombre d'assaillants.
Toutefois, ceux-ci couronnèrent la muraille et descendirent dans la longue et étroite cour fermée par ce bâtiment. Là, ils furent exposés aux pierres et à tous les débris de charpente que leur jetaient les défenseurs par les fenêtres. La cour de l'Est était barricadée, et Anseric, avec une vingtaine d'hommes, gardait cette barricade. Il la défendit bravement pendant une bonne heure, et les Bourguignons^ engagés dans un étroit espace, perdaient du monde. Ceuxci parvinrent toutefois à briser une porte • du bâtiment et à se précipiter dans le cloître. Là, ils furent encore exposés aux traits et aux pierres lancés par quelques défenseurs postés sur le côté nord de l'église.
Une troupe de Bourguignons attaquait la barricade du Sud-Est en dehors du mur de clôture pour prendre l'abbaye à revers. C'est là que se tenait le baron Guy, avec
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une cinquantaine d'hommes. Le combat fut dur et sanglant, et avant de se retirer, voyant que les défenseurs abandonnaient peu à peu rabba3^e, le baron fit mettre le feu aux fascines de la tranchée en arrière.
Déjà, Anseric et ses hommes prenaient le chemin du château et étaient abrités par les défenses de la barbacane. Guy les rejoignit, poursuivi par une grosse troupe de Bourguignons. jMais la tranchée laissa bientôt échapper une épaisse fumée, et les assaillants qui survenaient, voyant le terrain miné, n'osaient avancer. C'est alors que Guy et Anseric se précipitèrent sur ceux qui s'étaient aventurés jusqu'à portée du trait de la barbacane, et en tuèrent un bon nombre. Echauffés par le combat, exaspérés par la résistance, les gens du duc se répandirent dans les bâtiments de l'abbaye, achevant les blessés et pillant. Le feu, mis par les défenseurs ou par les Bourguignons, ne tarda pas à envahir le cloître et la toiture de l'église.
Les pauvres moines, assemblés dans le chœur pendant le combat, durent bientôt quitter ce refuge, car les tisons enflammés tombaient sur le pavé par les oeils des voûtes. La nuit était alors venue, plusieurs furent massacrés par des soldats ivres. La plupart s'étaient blottis tremblants dans un rez-de-chaussée voûté. C'est là où les trouva le duc lorsqu'il entra dans l'abbaye en flammes. L'abbé se jeta à ses jenoux; mais le duc irrité le repoussa durement, en lui disant : « Sire abbé, il convient mal à des gens d'église de combattre contre leur seigneur ; si je ne vous fais pas pendre vous et vos moines, c'est grâce à votre habit. Sortez d'ici et allez raconter à vos frères vos forfaitures ! » L'abbé eut beau protester de son innocence, assurer que si l'abbaye avait été défendue, c'était contre sa volonté, le duc, dont la colère semblait s'allumer à chaque mot du père, finit pardonner l'ordre à ses gens de chasser dehors toute cette moinaillerîe.
Ces malheureux, mourant de faim, s'en allèrent dans la ville où quelques bonnes amcs les recueillirent; mais le duc ne Fentendait pas ainsi, et, dès le lendemain, il fit annoncer que tout habitant qui garderait un religieux chez lui, serait pendu.
Rassemblant quelques provisions , les religieux prirent donc à pied le chemin de Cluny.
Le duc avait donné Tordre d'éteindre Fincendie, car il prétendait habiter rabba3'e pendant le siège du chtiteau; mais il ne restait de logeable que le palais abbatial, situé au Sud de Téglise *.
Retirés dans le château après avoir perdu le quart de leurs hommes engagés dans la lutte, Anseric et le baron Guy prenaient leurs dernières dispositions. Les gens rentrés avec eux étaient fort animés-, car ils avaient fait subir à l'ennemi des pertes assez sensibles, et ils ne songeaient qu'à se bien défendre. Guy était ravi et son visage sombre s'illuminait d'un éclair de gaieté.
« Cela va bien, dit-il à son neveu, quand ils furent seuls, cela va bien ; maintenant que l'abbaye brûle, nous sommes assurés d'être secourus par le roi de France-, c'est une bonne journée pour commencer. — Et ces pauvres moines, que leur est-il advenu?... Ah! sire oncle, il eût mieux valu les laisser en repos; nous aurions une trentaine de braves gens de plus ici, et nous n'aurions pas à nous reprocher d'avoir fait brûler le couvent et massacrer les moines, peut-être. — Laissez, laissez, beau neveu ; les moines se tirent toujours d'affaire, et ils sauront bien réparer leur abbaye. Ce sont les gens du duc qui Font brûlée d'ailleurs! Eh, ne devions-nous pas la défendre? Laissez! Jean Otte sort cette nuit par la poterne du donjon. C'est un rude homme et un fin matois ; dans cinq jours il sera près de