I. Voyez la figure 3'j
l8o HISTOIRE d'une FORTERESSE.
cèrent alors à lancer sur le toit du chat des poutres et des pierres, puis encore des barillets de feu grégeois, des bottes de paille et des fagots.
Malgré les efforts des Bourguignons , la galerie toute remplie d'une fumée suffocante n'était plus tenable. Il leur fallut Tabandonner, et ce fut à grand peine qu'ils purent, en faisant la part du feu à coups de haches, en conserver trois toises. De leur côté, les assiégés n'avaient pu empêcher partie des restes des hourds, au-dessus du chat, de prendre feu ; mais ces hourds étaient déjà hors de service, et leurs efforts se bornèrent à empêcher Tincendie de se propager à droite et à gauche. Toute la tête du chat contre la muraille et sur une longueur de vingt pieds était brûlée. Le travail des mineurs était peu avancé, cependant ils avaient déjà enlevé assez de matériaux pour que deux hommes pussent être à couvert des projectiles tombant des ramparts. A la faveur de la nuit, des pionniers s'attachèrent donc de nouv^eau au trou de mine en rampant sous les débris du chat. Le temps était sombre et les défenseurs ne les virent pas. Mais frère Jérôme était aux écoutes, et bientôt il vint prévenir le baron que Ton minait de nouveau. « Eh bien! dit celui-ci, recommençons la manœuvre d'hier, fais passer des hommes par la bouche d'égout que ces Bourguignons sont assez sots pour n'avoir pas cherchée, et que de bons coups de couteau nous débarrassent de ces fouilleurs de murailles, mais pas de bruit ! » La bouche d'égout fut de nouveau démurée, et frère Jérôme, avec les trois hommes de la veille, armés de longs couteaux, se glissant le long du mur, arrivèrent au trou de mine. Trois pionniers, tout occupés de leur travail, furent égorgés sans bruit, un quatrième qui était en dehors, caché dans les débris du chat pour guetter, s'était endormi, n'entendit rien, et resta là sans que frère Jérôme et ses compagnons l'eussent aperçu. Réveillé peu après,
iiisioiin-: n'rxH forterksse i8r
il appela à voix basse ses camarades rien; il avança les
mains, toucha un cada\Te, puis un deuxième, puis un troisième. Épouvanté, n'osant revenir vers les Bourguignons dans la crainte assez fondée d'être pendu, il longea la n"iuraille, arriva aux débris du pont et se trouva devant la bouche d'égout que Ton murait en silence pour la troisième fois. Une lanterne sourde jetait seulement une faible clarté sur les travailleurs que Ton pouvait apercevoir par la petite ouverture qui restait à boucher. Le Bourguignon comprit et prit aussitôt son parti.... « Transfuge! dit-il à
voix basse par Touverture. — Ta main répondit frère
Jérôme. La main se montra à Tentrée du trou, et bon gré, mal gré, non sans écorchures, tout le corps passa comme par une filière, tiré par le frère et un de ses compagnons. Le nouveau venu fut désarmé et conduit devant Anseric et le baron, dès que la bouche d'égout eut été bien fermée. Le pauvre diable demeura tremblant devant les deux sires et raconta naïvement ce qui lui était arrivé. C'était un garçon de Semur en Auxois, qui ne manquait pas d'esprit, comme la plupart de ses compatriotes. Il donna tous les détails qu'on lui demandait sur l'armée du duc : « Écoute bien ceci, dit le baron : Si le château est pris, tu seras pendu par nous, avant l'entrée du premier Bourguignon. Si les gens du duc prennent le château, tu seras pendu par eux, certainement. Si tu nous sers fidèlement et que les troupes du duc soient obligées de lever le siège, le sire de la Roche-Pont te prendra à son service; quel est ton état? — Bourrelier. — Eh bien ! tu seras attaché à ses écuries, n'est-ce pas ? beau neveu. — Certes, et s'il nous aide efficacement, si les événements nous prouvent qu'il parle clair, il aura deux livres d'argent le siège levé. »
Cette dernière parole délia tout à fait la langue du bourrelier, qui dit tout ce qu'il savait sur le nombre des engins, sur les dispositions des assiégeants, sur les postes
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qui gardaient les tours de contrevallation; après quoi, on ren\'03'a à Toffice où il eut bientôt fraternisé avec les gens d'Anseric, Toutefois, frère Jérôme reçut Tordre de ne pas le perdre de vue.
Ce ne fut qu'au moment où on allait relever les mineurs, que les Bourguignons s'aperçurent de ce qui était arrivé.
Le bourrelier disparu, fut véhémentement soupçonné d'avoir assassiné ses camarades pendant le travail, on le fit chercher, vainement, bien entendu.
Avant le lever du soleil, le baron Guv fit commencer un trou de contre-mine au point indiqué par le transfuge, en dedans du mur de la baille. « Si tu te trompes d'une demitoise, dit le baron au bourrelier, tu seras pendu !... »
De part et d"autre on travaillait, et vers la fin du jour, les mineurs et contre-mineurs se rencontrèrent et s'attaquèrent dans cet étroit espace à coups de pinces et de pics. Les Bourguignons et le châtelain envoyaient des hommes, chacun de leur côté, pour s'emparer de la mine. Un barillet de feu grégeois fit lâcher pied aux gens du duc; mai^ la maçonnerie de la muraille dont les mortiers n'avaient pas encore pris toute leur consistance, se lézarda au-dessus de la mine. Ce que voyant les Bourguignons, la nuit suivante, se servant du tronçon du chat resté intact, ils établirent une sorte d'avancée composée de pièces de bois, et amenèrent le matin un bosson ou bélier à roues, (fig. 43), avec lequel ils se mirent à battre le pied de la muraille. A chaque coup, la maçonnerie était ébranlée et des moellons tombaient en dedans et en dehors.
Les assiégés essayèrent de briser le bosson, en laissant tomber sur sa tête de grosses pièces de bois ou de mettre le feu aux bois; mais ceux-ci avaient été mouillés, couverts de boue et garnis de fumier à la base; le parapet était si bien battu par les mangonnaux du duc et par les arbalé-
HISTOIRE D^;NIi: FORTERESSE