LE BEFFROI
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moins bÎL'n munie dj peiuix que n'était sa face, des carreaux garnis de bortelcttcs de feu gr'égjois. Le frère visait avec sang-froid les parties nues des charpentes, principalement à sept ou huit pieds au-dessus de la base du betlVoi. 11 lui restait dix de ces boitelettes, toutes furent envr.3^ées par une main sure et attachées à de forts carreaux dont le fer était parfaitement aiguisé. Quatre de ces carreaux ne mordirent pas, mais les six autres se lichcrcnt solidement sur les charpentes, et leurs boitelettes enflammées répandirent comme une lave tenace et brCtlante sur les bois.
Au premier moment, les Bourguignons, tout occupés de Tassant, ne s^aperçurent pas du danger. Ceux arrivés au sommet du beffroi ne pouvaient en avo'r connaissance.
Le duc fut un des premiers qui vit la fumée épaisse que dégageait le bois attaqué. Aussitôt il donna ordre d'aller éteindre le feu à Taide de petites échelles à mains, et de se hâter-, mais dès qu'un homme montait à Tune de ces échelles, une douzaine d'archers et d'arbalétriers postés dans la tour de la porte le touchaient. Quatre ou cinq hommes avaient été tués ou blessés avant d'avoir atteint le niveau de la flamme. A l'intérieur, les gens d'armes qui, comme un flot ascendant, S2 dirigeaient vers 'le sommet du beffroi, se trouvèrent bientôt entourés de la fumée infecte que répandait le feu grégeois. Les uns se hâtaient d'autant plus de monter, d'autres hésitaient et voulaient descendre. « Maintenant! à la rescousse ; Arde, le beffroi!.... » cria frère Jérôme venant rejoindre la troupe du baron presque acculée à la tour, et avec sa longue plommée il se mit au premier rang, brisant têtes et bras. — « Arde le beffroi ! » criait-il à chaque coup. « Rochepont! Rochepont ! Arde, le beffroi ! » hurlait à son tour la petite troupe du baron, (fig, 47). Les gens d'Anseric acculés aussi à la tour du coin, répétaient ce cri.
Les Bourguignons ne reculaient pas toutefois ; d'ailleurs, eussent-ils voulu le faire, que cela leur eijt été impossible. Ils essayèrent de placer des échelles pour descendre dans la cour-, mais elles se trouvèrent trop courtes. « Bourgogne ! Bourgogne ! criaient à leur tour les assaillants : « Place prise ! Place prise ! »
L'aube blanchissait alors et répandait sur cette scène de carnage sa douce lueur dont le pâle et froid éclat se mêlait aux reflets rougeâtres de Tincendie. La fumée, poussée par une brise du Nord-Est, se rabattait sur les combattants, les empêchait parfois de se voir, mais ils ne lâchaient prise. Au pied intérieur des courtines s'amoncelaient les cadavres et les blessés, qu'achevaient des valets postés dans la cour pour s'opposer à la descente.
Bien qu'Anseric et le baron eussent recommandé aux hommes demeurés dans les deux tours voisines (celle du coin et celle de la porte) de ne quitter leur poste sous aucun prétexte et de ne tirer les barres des portes que quand les deux troupes seraient absolument acculées à ces défenses ; ces braves gens, vo3'ant une si belle occasion de culbuter les Bourguignons, et la faiblesse des deux troupes des défenseurs comparée au flot des assaillants, ouvrirent les portes et sortirent pour prêter main-forte à leurs compagnons.
Élienor avec ses femmes et quelques blessés, comprenant le péril (car le combat se présentait en face des bâtiments d'habitation de l'Ouest), avait suivi la courtine occidentale et était arrivée jusqu'à la tour Q du coin*, derrière la troupe commandée par Anseric. La châtelaine fut la première à encourager les hommes du poste à sortir, disant qu'elle saurait bien barrer les portes. Quant aux blessés, ils se postèrent tant bien que mal aux hourds, pour continuer à tirer sur les dehors et sur la masse compacte des Bourgui-