‹ Histoire d'une forteresse; texte et dessinsChapitre 46 sur 92 · HISTOIRE I) L'NI- FO RT F R ESS K · texte numérisé non relu

HISTOIRE I) L'NI- FO RT F R ESS K

gnons engages sur la plate-forme de la tour. Ces deux renforts arrivèrent à temps. Les nouveaux venus frais, animés, s'avançaient, qui sur les têtes des merlons, qui sur les débris des hourds et suppléaient leurs camarades épuisés par la lutte.

Le feu gagnait les œuvres du beffroi, et bientôt la retraite fut coupée aux Bourguignons. Ceux parvenus sur le rempart vendirent chèrement leur vie toutefois, et le combat ne cessa que quand les flammes du beffroi léchèrent la plate-forme et le chemin de ronde.

Près de cinq cents Bourguignons étaient tués, blessés, pris ou brûlés. Les flammèches poussées par le vent s'abattaient sur le comble et les hourds de la tour .du coin, qui prit feu vers six heures du matin.

La journée était bonne pour les défenseurs; mais ils avaient perdu près de deux cents des leurs tant tués que blessés. Anseric avait été touché par plusieurs carreaux à travers son haubert et était couvert de sans. Le baron, pour combattre plus aisément, étouffe sous son heaume, Pavait ôté pendant le combat et avait à la tête une large plaie. On se hâta de jeter par les créneaux les corps des Bourguignons tués, sur les dernières charpentes embrasées du beffroi et d'enterrer dans la cour les morts qui y étaient tombés. Tous dans le château étaient épuisés de fatigue. Élienor et ses femmes pansaient les blessés, portaient à manger et à boire dans les postes. La châtelaine conservait au milieu de ces scènes sanglantes sa figure calme et son doux regard, et toute la journée et la nuit suivante elle ne cessa de porter secours à tous. « Belle nièce, lui dit le baron Guy pendant qu'elle pansait sa blessure, si l'armée du roi tarde à venir, elle ne trouvera plus un défenseur à délivrer, mais nous avons donné de la besogne au duc, et s'il continue, pourra-t-il bien aussi s'en retourner tout seul à sa cour. »

2o8 HiSTOiRu: d'une forteresse.

De part et d'autre la journée du 22 juin se passa sans combat ; le duc faisait faire un chat pour tenter de saper le rempart à sa base, d'autant que ses crêtes détruites et l'incendie de la tour du coin enlevaient aux défenseurs les moyens de s'opposer efficacement à la sape. Les gens du château voyaient travailler à cet ouvrage dans la baille derrière des mantelets, et ils accumulaient en dedans du rempart tous les matériaux qu'ils pouvaient se procurer afin d'arrêter la tête de la sape au mome.it où elle déboucherait dans la cour.

Le 2 5 juin au matin, les guettes, postées sur la tour delà porte, furent assez surprises de ne pas voir un seul Bourguignon dans la baille. Elles allèrent aussitôt prévenir Anseric et le baron. « C'est, dit celui-ci, ou un piège ou l'armée du roi qui arrive •, qu'on veille partout attentivement. » On monta sur le donjon. Les postes du Sud étaient abandonnés. Le chat, les mantelets restaient dans la baille ainsi que les trébuchets. Vers midi, le baron fit sortir une dizaine d'hommes avec le transfuge. Celui-ci devait les conduire sur les points occupés par les chefs bourguignons. Au bout de trois heures ils revinrent, disant qu'ils n'avaient rencontré que quelques traînards qui avaient fui à leur approche et des blessés -, que le campement était vide de gens, mais qu'il restait des charriots, des engins abandonnés.

Le duc informé de la marche des troupe ^ du roi de France qui n'étaient plus qu'à une journée du château, avait décampé dans la nuit abandonnant son matériel.

Grande fut la joie à la Roche-Pont. Les habitants de la ville vinrent bientôt confirmer la nouvelle. Les derniers Bourguignons étaient partis vers midi, non sans laisser bon nombre des leurs sur le carreau ; car, malgré les recommandations du duc, les habitants de la ville basse de Saint- Julien avaient été passablement pillés et ils avaient fait la

conduite des derniers soudards à coups de pierre et d épieux.

Peu après, le sire de la Roche-Pont faisait hommage de son fief entre les mains du roi Philippe-Auguste, et les moines rentraient dans leur abbaye pour la réparation de laquelle le roi donna cinq cents livres.

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