‹ Histoire d'une forteresse; texte et dessinsChapitre 47 sur 92 · PREMIERES DEFENSES CONTRE L ARTILLERIE A FEU · texte numérisé non relu

PREMIERES DEFENSES CONTRE L ARTILLERIE A FEU

Le roi Jean s'était emparé du duché de Bourgogne, et le réunit à la couronne*, il s'en dessaisit en faveur de son fils Philippe qui s'était signalé, comme on sait, à la funeste journée de Poitiers, Depuis lors, jusqu'à Charles le Téméraire, le duché était resté entre les mains des descendants du roi Jean, et bien que les ducs de Bourgogne fussent très-guerro3^ants et se fussent ligués avec les Anglais, contre la couronne de France, à la suite de la brouille survenue en 1400 entre Philippe et le duc Louis d'Orléans, frère de Charles VI, le duché fut relativement en paix, pendant que le nord de la France, jusqu'à la Loire, était au pouvoir des étrangers.

Après la mort de Charles le Téméraire, devant Nanc}^, le roi Louis XI s'empressa d'envoyer dans la province de Bourgogne la Trémoille, baron de Craon, qui, agissant de concert avec le prince d'Orange, mit bientôt cette province entière sous la main du roi de France ; c'était en 1477.

La ville de la Roche-Pont (alors l'abbaye seule conservait son nom de Saint-Julien, et la ville avait pris celui du

château), avait été de la part de Charles le Téméraire Tobjet d'une attention particulière. Reconnaissant la bonne assiette du lieu et Timportance de sa position stratégique, ce prince avait fait approprier les anciennes défenses au nouveau mode d'attaque. Le vieux château de la Roche- Pont, plusieurs fois réparé, laissait encore voir quelquesunes de ses défenses de la fin du douzième siècle, notamment le donjon; mais rabba3^e et le plateau tout entier avaient de nouveau été renfermés dans une enceinte par le duc Philippe, vers i38o, et la ville s'était rebâtie dans cette enceinte en abandonnant complètement la rive droite du grand cours d'eau. Il n'existait plus, à la fin du quatorzième siècle, qu'un faubourg sur les rampes du plateau, le long de la rive gauche, et ce faubourg n'était défendu que par une muraille sans importance vers le nord. L'arrière-petit-fils d'Anseric, sire de la Roche-Pont, étant mort sans hoirs mâles, le fief de la Roche-Pont était revenu au duc Philippe, qui nommait ainsi que ses successeurs les gouverneurs de la ville et du château , domaine ducal.

L'enceinte de cette ville avait été rebâtie en grande partie sur les fondations romaines. Elle consistait en une bonne muraille de quatre toises de hauteur environ, audessus du sol extérieur, sans mâchicoulis, renforcée de tours cylindriques de six toises d'élévation, couronnées de mâchicoulis et couvertes par des combles coniques. Des mâchicoulis formaient aussi la défense supérieure des courtines et tours du château, dont le plan n'avait pas été modifié.

Cette place n'avait eu à subir aucune attaque depuis ces nouveaux ouvrages, et elle était intacte sous Charles le Téméraire. Celui-ci, pendant ses luttes dans le nord contre les Gantois et les gens du Hainaut, craignant les intrigues de Louis XI, avait cru nécessaire de mettre la ville

de la Roche-Pont en bon état de défense. Or, si bien close qu'elle fût, Tartillerie du roi de France prenait déjà dans les sièges un rôle assez important pour qu'il fallut se prémunir contre ses effets. Le duc fît donc faire plusieurs boulevards pour remplacer les murailles et recevoir de Tartillerie (fig. 48),

Ainsi que lïndique notre plan, la baille du château n'existait plus. Un large fossé A, peu profond, la remplaçait ^ son fond était de plain-pied avec les deux boulevards B et C. Un troisième boulevard entourait extérieurement la base du donjon, à la place de Tancierine chemise. Ce boulevard commandait le pont de pierre rebâti au quatorzième siècle sur les piles romaines. En avant du front Nord, 01 avait élevé un boulevard de terre D, isolé, a3'ant peu de relief, mais commandant la route du plateau. Aux angles de ce front Nord deux grosses tours E, F, propres à recevoir du canon, flanquaient les angles et pouvaient battre le boulevard D. En retraite, du côté de TEst, une tour semblable G, commandait le val du ruisseau. Deux boulevards H et I, formant saillie au-dessous des défenses du quatorzième siècle, commandaient le cours de la rivière et pouvaient croiser leurs feux avec le boulevard B et la tour E. Au saillant oriental en K, s'élevait aussi un boulevard.

Le faubourg avait conservé ses deux paroisses et un couvent de Jacobins avait été bâti en L, sur des terrains achetés par le roi saint Louis, alors que le fief de la Roche-Pont relevait encore directement de la couronne de France.

L'abbaye de Saint-Julien O avait réduit son enceinte et cédé une partie des terrains dont elle jouissait. Dans sou ancien verger, dont le périmètre avait été quelque peu modifié, s'élevaient des maisons. Ces habitations étaient encloses et dépendaient de Fabbaye qui les cédait à bail.

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