ASSAUT DU BOULEVARD
uns des leurs atteignirent le parapet, mais ne purent s'y maintenir. Ils ne reculaient pas cependant, et la plupart d'entre eux, animés par le combat, n'écoutant pas ou n'entendant pas la voix de leurs capitaines, s'avancèrent le long du nouveau retranchement N, L, espérant le forcer, car il était faible. En effet, au bout de quelques instants, cette défense fut franchie et les assaillants essayèrent alors de prendre le boulevard par la gorge. Les défenseurs postés de O en M, se voyant pris à revers, se réfugièrent, les uns dans le boulevard, les autres dans la barbacane K. On se battait corps à corps dans ce triangle. De la courtine, les gens de la ville n'osaient tirer au milieu de cette mêlée. Alors le sire de Montcler, qui se trouvait dans la barbacane, se mit à la tête des siens, les encouragea en leur disant que l'ennemi était pris dans un piège et qu'il y resterait; il sortit en bon ordre et poussa devant lui les assaillants éparpillés Jusqu'à la gorge du boulevard encombrée de défenseurs, en criant : Bourgogne! Bourgogne! (fig. 55). Les ouvrages de ce boulevard étaient commandés par un capitaine de sang-froid qui sut empêcher ses gens de se laisser troubler par ce combat livré derrière eux et, soutenant toujours l'assaut qui d'ailleurs moUissait, il poussa sur l'ennemi en sortant dz la gorge, et ralliant tous les hommes effarés accumulés sur ce point. Les Français durent alors battre en retraite, comme ils purent, non sans laisser beaucoup des leurs sur le carreau. Il n'était pas moins évident que le boulevard E ne pouvait résister plus longtemps aux attaques. Entouré de feux, le retranchement extérieur pris, un nouvel assaut le ferait tomber au pouvoir de l'ennemi. Ses parapets étaient bouleversés, ses trois pièces hors de service. Toute la nuit les assiégeants se tinrent des deux côtés des retranchements N, L, O, M, et ne cessèrent de tirer pour empêcher l'assiégé de renforcer cette défense. Le sire de Montcler se décida, bien qu'à
regret et pour ne pas compromettre inutilement la vie de ses hommes, à donner les ordres nécessaires pour faire rentrer dans la ville les pièces qui pouvaient encore servir. Il dut abandonner la bombarde dont les assiégeants, d'ailleurs, ne pouvaient plus faire usage. Des cinq couleuvrines, deux furent placées sur les plate-formes des deux grosses tours, et les trois autres sur des terrasses élevées derrière la courtine, ainsi que trois pièces prises dans la réserve.
Le 2 1 septembre, au matin, les assiégeants trouvèrent l'avancée abandonnée-, mais, pour s'y loger, ils essuyèrent le feu des deux grosses bombardes des tours et de dix couleuvrines qui ne cessaient de tirer sur le boulevard et le retranchement.
Vers le soir, ils étaient parvenus cependant à ouvrir une large brèche dans le boulevard, à l'opposite de la gorge, et à fermer celle-ci. Toute la nuit, ils travaillèrent à rétablir ses plongées et parapets en face de la ville, à élever des plateformes et à mettre sur ce boulevard trois bombardes en batterie.
Aux deux épaules du retranchement C D ils firent deux cavaliers gabionnés, et placèrent sur chacun d'eux une bombarde et deux veuglaires.
Le 2 2 septembre, ces travaux étant terminés à midi, malgré le feu des assiégés, une des bombardes du boulevard envoya ses boulets de pierre sur la porte, les deux autres contre les deux tours. En même temps, les veuglaires des cavaliers tiraient sur ces tours avec des balles de fer et les bombarbes avec leurs boulets de pierre. Ces projectiles ne laissaient que de faibles traces sur les maçonneries, mais bouleversaient souvent les gabionnades, les parapets, et démontaient les pièces (fig. 56) ^
I. Dans cette figure, les parties en rouge indiquent les ouvrages occupas par Tassiégeant et la direction de ses feux.
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HiSTOiRn: d'une forteresse. 239
Ce combat d'artillerie dura jusqu'au soir; de part et d'autre, des pièces avaient été démontées ou étaient hors de service, toute la nuit fut employée chez Tassiégé comme chez l'assiégeant à remettre les canons sur leurs afluts réparés ou à faire arriver de nouvelles pièces.
Messire Charles d'Amboise était mécontent, les choses traînaient en longueur. Il avait déjà reçu des lettres du roi, pressantes, car Louis XI craignait qu'une résistance prolongée ne décidât les autres parties de la Bourgogne, restées fidèles à la cour de France, à se déclarer pour la jeune duchesse. Il savait que des émissaires de Maximilien parcouraient la province et essayaient de persuader aux autorités des grandes villes que l'armée du roi était faible, découragée, puisque depuis vingt jours, malgré une artillerie formidable, elle n'avait pu entamer la petite cité de la Roche-Pont.
Bien que les feux de l'assiégeant fussent convergents, le nombre des pièces qu'il avait mises en batterie était inférieur à celui des canons de l'assiégé. Les boulets de pierre des bombardes ne causaient pas grand dommage aux défenses. Messire Charles d'Ambroise fit donc, pendant la nuit du 22 au 2 3, élever un cavalier en A% solidement gabionné et terrassé, et l'arma de trois grosses couleuvrines. Ce matin du 2 3 septembre, la tour du coin G reçut les boulets de fer de cinq pièces et les boulets de pierre d'une bombarde. Après deux heures de feu, toutes les défenses de la plate-forme et les trois pièces étaient bouleversées, les embrasures de la batterie basse égueulées, les défenseurs tués ou blessés. Alors l'ordre fut donné de ne plus tirer sur cette tour qu'avec deux des pièces du cavalier C, et les trois couleuvrines du cavalier A, ainsi que les trois bombardes du boulevard, concentrèrent leur feu sur la