I. Voir fig
242 HISTOIRE D UXE FORTERESSE.
A dix heures un quart, les deux corps sortaient par la porte de F Est et par la poterne de Tabbaye. Alors, le gouverneur monta sur les débris des défenses de la tour du coin G et examina attentivement Tattitude de Tennemi. Les feux qu'il avait allumés étaient éloignés; cependant, en prêtant Toreille, il entendit comme un sourd murmure le long des ouvrages de Tassiégeant. Le ciel était couvert et il tombait quelques gouttes de pluie. Le sire de Montcler descendit dans la batterie basse, toutes les embrasures faisant face au dehors étaient ruinées et les pièces encombrées de débris. L'embrasure du flanc était intacte et la petite pièce qui la garnissait en bon état. Il la fit charger devant lui de clous et de ferrailles, et donna Tordre aux servants de ne tirer que quand ils verraient Tennemi à quelques pas ; derrière cette pièce, il en fit placer une deuxième également chargée, afin d'envoA'er coup sur coup deux volées. Puis il remonta sur le chemin de ronde de la courtine, plaça lui-même ses hommes armés de longs faucharts, de bonnes dagues et de haches. Il visita la porte ruinée. Elle présentait un tel amas de décombres que Tennemi ne pouvait la franchir la nuit, toutefois, il posta dans tous les coins des hommes, avec ordre de ne faire usage de leurs armes que lorsqu'ils se trouveraient face à face avec Tennemi, d'observer le plus grand silence et de ne pas crier pendant le combat. Cela fait, il plaça une réserve de deux cents hommes derrière le retranchement intérieur, et cinquante hommes munis de bottes de paille goudronnées sur la crête de ce retranchement, avec ordre de les allumer dès qu'ils entendraient le cri « Bourgogne ! »
Vers dix heures trois quarts, le sire de Montclerc remonta sur la plate-forme de la tour du Coin et reconnut la présence de Tennemi à quelques toises du fossé. Malgré l'obscurité, il voyait une masse noire se développer en sihnce, puis il entendit les fascines rouler dans le fossé,
les bois craquer sous les pas des hommes. En quelques minutes, une cinquantaine d'échelles furent dressées contre la courtine, et chacune d'elles se couvrait d'ennemis. Ces échelles étaient armées de crochets à la tête et d'étais le long de leurs montants, de telle sorte que les défenseurs ne pouvaient les renverser. Deux tombèrent cependant, entraînant avec elles les assaillants.
A ce moment les petites pièces de flanc de la tour tirèrent et les cris des blessés retentirent dans le fossé, trois autres échelles brisées tombèrent encore. Le flot des assaillants débordait sur le chemin de ronde, et au cri de : Bourgogne ! les feux ayant été allumés, le combat à Parme blanche présentait, sur cet étroit espace, le plus étrange spectacle.
L'artillerie de l'assiégé tirait alors sur le flanc de la courtine et sur les dehors des couronnements de la tour du Coin ■ mais de cette batterie, des cris s'élevèrent, les cinq cents Bourguignons composant la sortie de l'Ouest attaquaient, et les troupes qui se disposaient à renforcer l'assaut tournèrent le dos à la ville pour se jeter sur cette attaque.
Le sire de Montcler entendait au loin du côté du Nord- Est des clameurs, puis il vit une grande lueur à travers la brume. Il descendit alors pour porter ses réserves sur la courtine. Cependant, les Français parvenaient à couronner le rempart et gagnaient la tour du Coin. Les quelques hommes qui couronnaient la plate-forme bouleversée luttèrent bravement jusqu'au moment oià la réserve, envoyée par le gouverneur, montant la rampe de l'artillerie, vint fondre sur les Français et les refouler sur le chemin de ronde de la courtine. Les assaillants, se formant alors en colonne sur ce chemin de ronde, poussèrent une vigoureuse attaque contre la tour. Du retranchement intérieur, on leur envoyait de flanc force traits d'arbalètes,
flèches et traits à poudre, et bien qu'ils fussent pavaisés, les Français perdaient beaucoup des leurs. La tête de la colonne, à cause du peu de largeur du chemin de ronde, ne pouvait présenter que trois hommes de front et se heurtait contre une masse compacte de défenseurs-, elle n''avançait pas, les soldats en arrière recevant des traies de flanc, poussaient ceux qui étaient devant eux pour forcer la plate-forme et combattre. Plusieurs, dans cette presse, tombaient en dedans de la ville, mutilés. Un des couleuvriniers de la tour, pendant la lutte, était parvenu, aidé d'une douzaine d'hommes, à débarrasser une couleuvrine du milieu des décombres et à la porter sans affût, toute chargée, au milieu du groupe des Bourguignons qui défendaient le passage. Poussant la gueule de la pièce entre leurs jambes, il mit le feu à la lumière :, le boulet et les pierres, dont Tâme de la couleuvrine avait été remplie, firent une effroyable trouée dans la colonne compacte des Français- les uns sautèrent dans la ville, d'autres coururent vers les tours de la porte, plusieurs emjambèrent le parapet pour reprendre les échelles. Les Bourguignons s'élancèrent de nouveau sur le chemin de ronde tuant tout ce qui résistait.
Mais alors débouchait par la porte de la batterie de la tour une grosse troupe de Français. Ceux-là, à coups de pics, de leviers, étalent parvenus, après avoir comblé le fossé avec des fascines , à agrandir les ouvertures de deux des embrasures, déjà ruinées par le canon, puis, jetant par ces ouvertures des boules de paille et de goudron enflammées, mêlées avec de la poudre de manière à éloigner les défenseurs, ils s'étaient coulés à Tintérieur au risque d'être suffoqués eux-mêmes par la fumée, et se précipitant vers la porte, tuant les quelques hommes demeurés dans la batterie, ils avaient brisé les vantaux et fait passer leurs camarades par le même chemin. Ils de-
bouchaient donc dans la ville et montaient la rampe au pas de course'. Aux cris de victoire des Bourguignons, répondirent les cris de : « France ! d'Amboisc ! » A ces clameurs, les Français, demeurés sur le chemin de ronde, reprirent courage et attaquèrent de nouveau. Le sire de JNIontcler jeta ses dernières réserves sur ces nouveaux venus, mais ils débouchaient toujours de plain-pied et se comportaient vaillamment. Leur nombre croissait à chaque seconde et ils purent refouler les réserves sur le retranchement. Les Bourguignons, acculés sur la plate-forme de la tour, après avoir perdu la moitié des leurs, se rendirent. Messire Charles d'Amboise voulut qu'ils fussent honorablement traités. La tour du saillant Nord-Ouest était au pouvoir de Tennemi, ainsi que toute la courtine de cette tour à la porte du Nord.
Le jour se faisait au moment où cessa le combat; de part et d'autre quelques heures de repos étaient nécessaires, La tour du Coin était perdue pour Tassiégé ; le gouverneur fit barricader fortement la tour à la suite, donnant sur la courtine, et fit placer dans Fétage supérieur de cette tour des traits à poudre en quantité. Ainsi avait-il fait au sommet ruiné de la tour occidentale de la porte. Il voulait empêcher Pennemi de gagner du terrain sur les courtines et de déborder, sur sa droite surtout, le retranchement qui s'appu3^ait à Tancien mur de clôture de rabba3^e et allait rejoindre la ^-our du Coin Nord-Est^
Peu avant la fi.n de la lutte, les deux corps chargés d'opérer des sorties rentraient, les piétons par la poterne de FAbbaye et les gens d'armes, no.i par la porte de l'Est, mais parcelle voisine du château à l'Ouest. La troupe des gens de pied ramenait une centaine de prisonniers^ pour