‹ Histoire d'une forteresse; texte et dessinsChapitre 60 sur 92 · I. Voyez la figure · texte numérisé non relu

I. Voyez la figure

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rages. Mais bientôt les assaillants s^étaient vus sur les bras trois à quatre cents cavaliers, ils avaient pique alors droit vers le Nord et s'étaient enfoncés dans les bois, serrés sur leur droite; ils avaient appu3'é à gauche, étaient arrivés sur les bords du cours d'eau dont ils avaient suivi la rive gauche sans être inquiétés, mais ayant perdu un tiers de leurs camarades égarés, prisonniers ou tués. Ils croyaient avoir affaire à des Français dans la ville basse, et se préparaient à la franchir au galop, quand ils s'étaient rencontrés avec les gens de pied bourguignons.

Charles d'Amboise, à la première nouvelle de cette attaque vers la queue du camp, s'était fort inquiété, croyant à l'arrivée d'un corps de secours-, mais bientôt renseigné, il avait envoyé des gens d'armes pour culbuter ce parti d'enfants perdus, et s'était d'autant plus acharné à l'assaut.

Messire Charles d'Amboise avait pour habitude (qualité assez rare chez les hommes de guerre de ce temps) de s'entourer de jeunes capitaines instruits et vigilants qui, à chaque instant, le renseignaient sur tout ce qui se passait dans le camp pendant la marche et le combat. Lorsque les renseignements fournis se trouvaient être exacts, donnés de sang-froid et sans exagération, Charles d'Amboise louait ces jeunes officiers devant tous ses capitaines et les récompensait largement. Si, au contraire, les renseignements donnés étaient faux, ou entachés d'exagération, ou incomplets, il infligeait un blâme sévère et public à ces jeunes gens, et leur imposait quelque emploi subalterne et humiliant, comme de garder les bagages ou de surveiller les valets.

Quand le matin, messire Charles d'Amboise apprit les dommages causés à la limite du camp par quelques gens d'armes bourguignons, la perte de ses hommes campés au moulin et dans la ville basse, Tenclouage de six de ses pièces, il ressentit un vif déplaisir, mais ne put se tenir de

dire à ses capitaines : « Nous avons affaire à de braves gens et qui se défendent bien. Je vous prie, Messieurs, de tenir la main à ce que leur^ blessés et prisonniers soient traités avec tous les égards que Ton doit à des soldats qui font leur devoir. » Puis, vers la deuxième heure du jour, il envoya un héraut devant le retranchement de l'assiégé, qui demanda à parler au gouverneur. Le sire de Montcler étant monté sur le terrassement, ce héraut parla ainsi : « Sire gouverneuT-! monseigneur Charles d'Amboise, commandant Parmée de notre sire le roi de France, m'envoie vers vous, à cette fin de vous demander de rendre la ville et le château de la Roche-Pont que vous détenez contrairement aux traités, et défendez contre leur légitime seigneur. Désormais ladite ville est au pouvoir de Tarmée de notre sire le roi de France, et une plus longue résistance ne fera que causer la perte inutile d'un grand nombre de braves gens. En considération de votre bonne et noble défense, monseigneur Charles d'Amboise vous laissera sortir, vous et vos gens, vies et bagues sauves. Que Dieu vous ait en garde, et vous inspire une sage résolution î « — « Sire messager, répondit le gouverneur, messire Charles d'Amboise est un capitaine trop expert en matière de combats, pour se croire maître de la ville et du château de la Roche- Pont, parce qu'il s'est emparé d'une tour et d'une courtine. Il sait ce qui lui en coûte pour s'être avancé jusqu'ici. Or, il y a encore loin de ce retranchement au château, et le château est bon et défendable. Je ne reconnais d'autres seigneurs légitimes de la Bourgogne et de cette cité en particulier, que la duchesse de Bourgogne, fille du noble et puissant duc Charles, et son illustre époux Maximilien. Je suis ici pour défendre envers et contre tous, leur bien, et le défendrai tant qu'il me restera une épée dans la main. Toutefois, dites à messire Charles d'Amboise que s'il veut échanger les prisonniers, tête pour tête, je suis prêt aie

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faire. S'il préfère laisser les choses en Tétat, je lui donne ma parole que ses gens sont bien traites. »

« Allons, » dit Charles d'Amboise, quand le héraut lui eut transmis cette réponse, « ce sera une cité gâtée pour longtemps ! »

Pendant la journée du 24 septembre, la pluie ne cessa de tomber à torrents. Assiégeants et assiégés étaient à

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cent pas de distance les uns des autres. On s'occupait à enterrer les morts, qui étaient surtout nombreux du côté des Français, et de part et d'autre on se préparait à une nouvelle action, quoique le mauvais temps gênât fort les travailleurs. La figure 58 montre quelle était ki position des assiégés et des assiégeants \

Après les pertes subies depuis le cominencement du siège, la garnison ne comptait plus guère que deux mille hommes valides, car le tvphus exerçait déjà des ravages dans la ville ; les trois quarts des blessés accuiTiulés dans rabba3'e en étaient atteints. Les bons moines mettaient leur zèle à les soigner, mais eux-mêmes pa^^aient un large tribut à la contagion, et sur cent cinquante religieux, il n'en restait plus guère qu'une soixantaine. Cependant, il semblait que les progrès de l'assiégeant ne fissent qu'exciter l'ardeur des habitants, et les femmes s'employaient aux travaux avec ardeur. Elles étaient les premières à faire honte à ceux des défenseurs qui manifestaient du découragement.

Pendant la nuit du 24 au 26, le sire de Montclerfit renforcer le retranchement. Il s'appu3'ait de A en B ^ à l'ancien mur de clôture du verger de l'abbé, alors occupé par des habitations. En B, une terrasse reçut une couleuvrine. De C en D, le retranchement, élevé avec de la terre et les

1. Les traces noirs donnent les parties de la défense occupées encore par les assièges, les tracc's rouges les parties gagndes par les assiégeants.

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