I. Voir la figure
HISTOIRH DUNE FORTERESSE. 2^1
belle ordonnance. Mais de la plate-forme de la tour F, demeurée au pouvoir des Bourguignons, deux coulcuvrines tirèrent simultanément sur cette colonne. Messire Charles d'Amboise avait cru que les pièces de cette tour étaient mises hors de service ^ aussi rétaient-elles. Mais pendant la nuit, le sire de Montcler, par les trous de \oCilcs, avait fait monter trois des petites pièces de la batterie basse, et les avait masquées sous les décombres des parapets. Cette décharge produisit le désordre dans la colonne des assaillants. Heureusement pour eux, les pièces du boulevard extérieur, au pouvoir des Français, se mirent à tirer à leur tour sur la plateforme de cette tour F, et eurent bientôt fait taire les spiroles bourguignonnes.
L'assaut fut dur, bien donné, bien soutenu, pendant que du dehors les Français ne cessaient de tirer sur la porte et la tour F. Si bien que les gens de la ville, restés dans les ouvrages supérieurs de cette porte, durent les abandonner et se sauver par la courtine et la tour F.
Messire Charles d'Amboise, debout sur la brèche a b^ ne cessait d'envover des renforts aux assaillants, et quand il voyait ses gens trop fatigués, il les remplaçait par des troupes fraîches. Les Bourguignons n'avaient pas assez de monde pour procéder de cette façon, aussi vers quatre heures ils étaient exténués, quelques-uns commençaient à filer le long des remparts. Un coup de vigueur enleva enfin le centre du retranchement et les Français poussèrent en avant dans la rue longeant Tancien mur de Tabbaye. Le sire de Montcler faisait battre en retraite en bon ordre toutefois, en trois colonnes, deux le long des remparts et la troisième par la voie intermédiaire. Quand il vit ses gens abrités derrière le second retranchement, il fit tirer le pierrier placé en M et la couleuvrine montée en I, si bien que les assaillants reculèrent en désordre. Alors, entraînant quelques braves gens avec lui, sa dernière réserve, il se
jeta sur les Français arrivant le long de Pabbaye et du rempart de TOuest. Du haut de ce rempart, les assaillants recevaient en même temps une grêle de traits. La nuit venait* les braves gens attaches aux pas du gouverneur poussaient devant eux, prétendant reprendre le premier retranchement. Beaucoup de Bourguignons, retirés derrière le deuxième retranchement, voyant Tennemi reculer, sortaient à leur tour, remplis d'une nouvelle ardeur.
Messire Charles d'Amboise maintenait toutefois son monde sur le premier retranchement, y faisait amener de petites pièces qui tiraient sur les groupes de Bourguignons que le crépuscule permettait encore de distinguer.
Le combat dura ainsi pendant d^ux heures encore, au milieu de la confusion, et le sire de Montcler dut faire sonner la retraite à plusieurs reprises pour rallier son monde.
Dans cette affaire, il avait perdu près de cinq cents hommes, pris, tués ou blessés. Vers dix heures du soir, des deux parts le silence se fit; le sire de Montcler, retiré derrière le deuxième retranchement, fit rentrer tous les homme<=i restés sur les remparts au delà de ce retranchement, et se disposa à défendre vigoureusement cette dernière ligne, après laquelle il n'avait plus que le château comme refuge. Mais, en faisant la revue de son monde, il vit qu'il manquait un corps de cinq cents Allemands qu'il avait maintenus dans Tabba}' e pour protéger la retraite des défenseurs du premier retranchement.
Ces Allemands, voyant les choses tourner mal et profitant de la confusion générale pendant le dernier combat, étaient sortis par la poterne de Tabbaye.
Il ne restait plus au gouverneur qu'un millier d'hommes. Il essa3^a de persuader à ses gens que les Allemands étaient par son ordre enfermés dans le château -, mais peu furent la dupe de ce dire, car il était évident pour tous que les Allemands, depuis la prise de la tour du Coin, n'étaient
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guère soucieux de se battre pour une cause qui les intéressait médiocrement et qu'ils regardaient comme perdue.
Le sort de ces fuyards fut, d'ailleurs, assez triste. Pour vivre, ils se mirent à piller dans les environs, furent surpris par un corps de gendarmerie française qui battait Testrade autour du camp, et passés au lil de Tépée ou pendus comme larrons. Le peu qui parvint à s'échapper périt sous les coups des pa3'sans armés contre les coureurs.
Abandonner son second retranchement sans attendre une attaque, semblait dur au sire de Montcler; aussi, n'a3'ant plus guère à ménager les vivres de la ville, il fit donner double ration à ses gens et les encouragea par de bonnes paroles, conservant son entrain et sa bonne mine au milieu d'eux. Il leur dit qu'un secours devait bientôt arriver, et qu'en résistant quelques jours encore, Charles d'Amboise serait obligé de lever le siège.
Après avoir examiné le retranchement, posté des hommes dans les maisons en retraite et dans le bâtiment nord de l'abbaye, le sire de jNIontcler se disposait à prendre quelque repos, quand on vint lui dire que le long des rampes, au-dessus du pont, les sentinelles postées sur les boulevards croyaient apercevoir un mouvement de l'ennemi. Il se dirigea aussitôt de ce côté et, en effet, vit une masse noire qui semblait envahir la pente comme une marée montante, en face du boulevard B *.
Faire sortir la garnison du château et la disposer sur ce boulevard — elle se composait de deux cents hommes seulement — fut l'affaire de quelques minutes. L'escarpe de ce boulevard, dont le terre-plein se trouvait au niveau du fossé du château, offrait peu dé relief au-dessus des rampes (deux toises environ). Avant que l'assaillant n'eût disposé ses échelles, le gouverneur tit tirer sur cette masse