Voir fig
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Puis il se mit résolument à la tête des dcbris qui défendaient encore le retranchement, et se servant des maisons, des murs de Tabbaye, il recula pas à pas, obligeant l'ennemi à faire 1j siège de chaque maison, de chaque clos, profitant des ruelles, des passages pour reprendre PolTensive et faire subir des pertes aux Français. Ceux-ci, exaspérés, mettaient le feu aux maisons qu'ils ne pouvaient forcer. L'abbaye résista encore plus de deux heures après que l'assiégeant eût pris le retranchement. Les défenseurs voyant la retraite coupée, se bavtirent jusqu'au dernier, car la poterne était occupée en dehors par une grosse troupe. L'église et les principaux bâtiments étaient en flammes.
Le sire de Montcler maintint Tattaque dans les rues et maisons de la ville jusqu'au jour, puis déboucha avec quatre ou cinq cents hommes qui lui restaient sur la place devant le château. Il la trouva presque entièrement occupée par l'ennemi que quelques braves maintenaient.
11 rallia cette troupe très-réduite et entra dans le château dont le pont fut levé aussitôt. La ville était prise, mais « fort gâtée, » ainsi que l'avait prédit messire Charles d'Amboise. Celui-ci donna les ordres les plus sévères pour couper l'incendie et arrêter le pillage, et pour sauvegarder la vie des habitants non armés. Mais il y avait beaucoup de victmies. Les blessés et les malades enfermés dans l'abbaye avaient péri dans les flammes *, des femmes, des vieillards, des enfants étaient gisants sur le pavé et dans les maisons. Toute cette journée du 27 septembre et celle du 28 furent employées par les Français à rétablir Tordre dans les troupes mêlées pendant le combat de la nuit, à enlever les blessés et à enterrer les morts. Messire Charles d'Amboise, pendant les deux journées précédentes, avait perdu un millier d'hommes-, il lui tardait d'en finir. Il fit donc, pendant la nuit du 28 au 29, amener douze bouches à feu
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en face du château, les lit munir de gabionnades et envoya de nouveau un héraut pour sommer la garnison de se rendre.
La réponse fut que la garnisc.n m se rendrait qu'autant qu'elle se verrait dans Timpossibilité de continuer la lutte.
Le 2q au matin, les douze pièces commencèrent donc à ouvrir le feu contre l'ouvrage de la porte. Les assiégés ne pouvaient répondre à cette attaque qu'avec de petites pièces mises en batterie sur le sommet des tours. Mais le soir tous ces couronnements étaient écrètés, les combles percés, les mâchicoulis détruits.
Pendant les journées du 3o septembre et du i" octobre, quatre grosses bombardes furent, en outre, établies contre la tour externe de la porte. Le soir ce:te tour s'écroulait dans le fossé.
Messire Charles d'Amboise, avant de donner l'assaut, envoya encore offrir au gouverneur de capituler.
Celui-ci alors se montra sur les ruines, et déclara que si on le bJssait sortir lui et ses liommes, vies et bagues sauves et enseignes déployées pour se rendre où bon leur semblerait, il rendrait le château.
Charles d'Amboise vint alors sur la brèche de son côté et donna sa parole qu'il l'entendait ainsi. Les deux capitaines alors se rapprochèrent et se tendirent la main.
La ville et le château de la Roche-Pont étaient rentrés au pouvoir du roi Louis XL II ne restait plus au sire de Montcler que cinq cents hommes en état de combattre; encore y en avait-il un bon tiers de blessés.
Messire Charles d'Amboise leur donna un sauf-conduit, leur fit délivrer des vivres et traita à sa table le sire de Montcler et ses capitaines. Le surlendemain, ceux-ci prenaient le chemin des Flandres avec ce qui leur restait de troupes étrangères.
LES BASTIONS d'eRRARD DE BAR-LE-DUC
HISTOIRE d'uXIZ FORTERESSE. 257
LA VILLE DE LA ROCHE-PONT EST FORTIFIEE PAR ERRARD DE BAR-LE- DUC, INGÉNIEUR DU TRÈS-CHRÉTIEN ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE
En I Gof), Henri IV était parvenu à maîtriser les factions religieuses et féodales qui avaient mis la France en péril depuis plus de trente ans. Il nourrissait de grands desseins que sa politique habile, son ame patriotique, ses talents militaires, les précieuses alliances qu'il savait nouer, devaient faire réussir. Mais Henri IV ne livrait rien au hasard et ne s'embarquait dans une entreprise, depuis que la couronne lui était échue, qu'après avoir tout préparé pour la mener à bonne fin.
Lorsqu'il pressentit que le moment était proche d'intervenir dans les affaires d'Allemagne, dont une partie avait les yeux fixés sur la France et n'attendait qu'un signal parti du Louvre pour se soustraire aux rivalités incessantes des princes et aux luttes religieuses, il prit ses mesures non-seulement en prévision d'une intervention à l'étranger, mais pour renforcer ses frontières, établir des dépôts et des centres d'approvisionnement. Assuré de l'amitié des
Suisses, tranquille du côté de ritalic, grâce aux alliances qu'il s'était ménagées dans la Péninsule, et voulant agir à la fois vers l'Est et du côté des Pyrénées, il s'occupa des défenses du Roussillon et de la ligne qui réunit la Bourgogne à la Champagne.
Henri IV avait fait la guerre de partisan; mais alors, il n'avait à risquer que sa tête. Comme souverain, il ne croyait pas qu'il dût courir les aventures, et avant de se lancer dans les grandes entreprises qu'il méditait et qui pouvaient changer la face de l'Europe, il voulut mettre de son côté toutes les chances. Depuis plus de six ans, de concert avec son ministre Sully, il n'avait perdu ni un jour ni une heure pour préparer à la France, déchirée et envahie à la fin du seizième siècle, un avenir plein de grandeur et qui pouvait lui ouvrir les plus belles destinées, si la main d'un assassin n'avait, du jour au lendcmam, détruit ces espérances fondées sur une sage politique et la prévision la plus attentive.
Ce prince savait par expérience qu'un échec est toujours possible à la guerre, même quand on a ou qu'on croit avoir toutes les chances pour soi et que le talent d'un général consiste à trouver des ressources nouvelles après un revers. On est d'autant plus assuré du succès dans le métier des armes, qu'on a tout prévu pour éviter qu'un premier revers ne se change en désastre. Henri IV disposait donc, derrière l'armée qu'il comptait diriger en personne vers l'Est, une bonne ligne de retraite et de ravitaillement. Il fit mettre en état de défense les villes et points stratégiques importants de Chalon-sur-Saône, en passant par Beaune, Dijon, Langres sur le cours de la Haute-Marne, de Langres à Chaumont, Saint-Dizier, Chiliens, Reims, Laon, Péronne et Amiens. Verdun et Metz avaient reçu sa visite et éveillé sa sollicitude. A Metz, il avait commandé des ouvrages assez importants. La ^ille de la Roche-Pont
HISTOIRE D UNE FORTERESSi:. 2dD
était comprise dans la portion de cette ligne de défense entre Dijon et Langres. L'ingénieur Errard de Bar-le-Duc avait du s'occuper de ces ouvrages, en commençant par ChrUon-sur-Saône. Il avait mérité d'ailleurs la confiance que lui marquait le roi, car c'était un homme de ressources et qui avait fait ses preuves.
Errard de Bar-le-Duc se servait des murailles anciennes, les considérant comme enceintes propres à la défense rapprochée, mais il établissait en dehors des ouvrages qui commandaient la campagne et forçaient l'assiégeant à ne commencer ses opérations qu'à une distance de cinq à six cents toises. C'était encore le système des boulevards, seulement ceux-ci, au Heu de n'offrir qu'un obstacle isolé, se défendaient les uns les autres en croisant leurs feux et étaient déjà de véritables bastions.
Les trois grosses tours rondes du nord de la cité de la Roche-Pont étaient alors fort délabrées. Errard les fit terrasser, puis les enveloppa d'ouvrages en terre avec escarpe revêtue. Vers le plateau, faisant face au nord, il fit construire une grande tenaille avec double fossé et ravelin. La figure 59 donne le plan de la cité après les travaux ordonnés par Errard. Indépendamment des ouvrages dont nous venons de parler et qui sont indiqués en A, B, C et D, l'ingénieur du roi fit élever les bastions E, F, G, H et I qui croisaient leurs feux et dont les orillons masquaient de petites pièces destinées à flanquer l'ancien rempart.
La plupart des vieilles tours furent dérasées et terrassées pour recevoir du canon. Le vieux château, dont il ne restait plus guère que le donjon et quelques logis, fut entouré d'une enceinte bastionnée, avec tenaille du côté de la ville.
La ville basse, vers l'Ouest, quoique réduite à des dimensions restreintes, subsistait à peu près telle que nous Pavons vue précédemment. Quant à la ville haute, après
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rincendie causé par le dernier siège, elle s"'était rebâtie assez pauvrement. Sous François V% Tabbaye avait été sécularisée et son ancienne église était desservie par un Chapitre. Le vieux pont de pierre subsistait toujours près de Tembouchure du ruisseau et, en O, était un second pont de bois reliant les deux rives. Quant au pont P, il était ruiné et n'avait pas été reconstruit.
Du bastion B à la ri\'ière et du bastion D à Tétang,
Errard fit élever deux fronts K et L à crémaillères, pour commander les rampes du plateau à droite et à gauche et empêcher l'assaillant de se loger sur les lianes Est et Ouest de la cité.
Pour le temps, ces ouvrages paraissaient bons, et Taxiome de fortifications : « Ce qui se défend doit être défendu, » était passablement observé déjà. La figure 60 donne l'ouvrage nord qui était destiné à balayer le plateau et à
rendre difficile rapproche de la ville très-accessible de ce côté. Cet ouvrage se composait d'un raveiin A, dont le relief, au-dessus du niveau du plateau, ne dépassait pas une toise:, puis d'une première tenaille B avec orillons, dont le relief était de trois toises au-dessus du plateau et d'une seconde tenaille C, dont le relief était d'une demi-toise