Le prince Massakils, grand général de Uthuanie
plans d'établir en France la jeune princesse votre nièce. J'ai su qu'on en était content et qu'elle était chaque jour plus digne de vos soins et de votre tendresse ; j'ai donc pensé à l'établir d'une manière digne de vous. Après nos princes du sang, qui toujours, les seigneurs du sang^ ne furent néanmoins mis hors de pair par nos lois que depuis un peu moins de deux siècles, nous n'avons eu rien en France qui puisse s'égaler à la maison de Lorraine.
:» Cette maison est réduite aujourd'hui en France à deux branches. L'une s'éteint, elle n'a plus de mâle que le prince de Marsan, qui n'a pas voulu se marier. L'autre est celle des princes de Lambesc, grands écuyers de France, à la tète de laquelle, est avec autant de dignité que d'éclat, la belle madame la comtesse de Brionne, que vous connaissez \
» Cette princessse est demeurée veuve avec deux
1 . La beauté de la comtesse de Brionne était célèbre. Voici un quatrain qui lui fut adressé par la duchesse de Villeroy en lui envoyant une navette :
« L'ennblôme frappe ici vos yeux.
Si les grâces, l'amour et l'amitié parfaite Peuvent jamais former des nœuds.
Vous devez tenir la navette. i>
m LA PRINCESSE GH. DE LIGNE.
fils et deux filles. Les deux princes sont, le prince de LambesCy grand écuyer, et le duc d'Elbœuf ^^ jeune prince de dix-huit ans,* d'une figure belle et noble, d'un caractère doux et dont toute la famille est contente, chose rare à cet âge partout, et surtout parmi nous. Le prince de Lambesc, Taîné, a jusqu'à présent refusé de se marier avec une opiniâtreté que le temps seul peut rompre *. Son jeune frère a été jusqu'à se jeter à ses pieds, pour l'en conjurer en une occasion ' importante. Les deux frères sont fort unis, c'est sur le prince d'Elbœuf que j'ai jeté les yeux, comme devenant, par intérim, la seule espérance de sa maison ; je n'ai pas cru devoir différer.
» Madame de Brionne est très habile, très vigi-
!• Le prince Marie- Joseph de Lorraine, duc d'Elbœuf, prince de VaudemoDt, était fils de Cliarles-Louis de Lorraine, comte de Brionne, grand écuyer de France, et de Julie-Constance de Rohan. 11 émigra avec son frère le prince de Lambesc, et ils entrèrent au service de rAulriche. Le titre de prince lorrain leur valut la faveur spéciale de Temperour, et ils parvinrent tous deux au gra.Ie de feld-maréchal. G*est avec le prince de Lambesc que la jeune princesse de Montmorency était fiancée.
2. Le temps la rompit en effet; il épousa en 181:2 la comtesse CoUoredo, veuve, fort belle malgré ses quarante ans, spirituelle et méchante; il s*en sépara au bout de deux ans.
3. C'était à propos de son mariage avec mademoiselle de Montmorency.
lante pour les intérêts de sa maison, surtout en ce qui concerne l'établissement de ses enfants. Toujours active, jamais remuante, noble et élevée dans le grand, facile dans le détail, toujours aimable, autant, ou au degré où elle veut l'être, mais n'ayant jamais déplu à qui ni à quoi que ce puisse être, pas plus qu'à son miroir. Ce n'est point ici un portrait, c'est du positif, tel qu'il en faut, car c'est le principal arc-boutant : pour la jeune princesse, pleitie d'un esprit noble et d'un sentiment actif, qui prospérera dans de telles mains, pour le jeune ménage qui aura besoin de guide et d'appui, pour vous enfin, monseigneur, quand vous viendrez habiter parmi nous; car^ si j'aimais le monde , je préférerais les jours de médecine de madame de Brionne aux jours de gala de toutes les autres.
» Daignez vous consulter, Monseigneur W... et me répondre pour dégager ma parole; tout autre pourra suivre l'affaire aussi bien et mieux que moi; et le devra même. Mais je pouvais seul vous rendre mon idée avec tous ces assortiments. Si ceci vous convient, évitez les longueurs, et marquez exactement les choses de manière à ne point varier et à les tenir pour signées.
» Dans tous les cas, pardonnez-moi la liberté
que je prends de me mêler de vos affaires et regardez-moi, etc. »
« P.'S. Je demande : 1" si la chose vous convient;
1 2* Les conditions que vous désirez ; 1 3« Celles que vous accordez. »
Pendant qu'on entamait cette négociation, Hélène dans ses fréquentes sorties avait rencontré dans le monde le prince Frédéric ' de Salm, qui avait apparu comme par hasard dans un bal déjeunes filles. Sa réputation d'homme à bonnes fortunes, ses dettes et sa conduite ne faisaient pas honneur au nom qu'il portait. Peu scrupuleux sur le choix de ses plaisirs, voyant la plus mauvaise société, d'une bravoure équivoque, il ne jouissait à Paris d'aucune considération. On lui reprochait de s'être battu en duel contre un officier du roi en ayant eu la prudence de se cuirasser en-dessous d'un gros manchon. En arrivant sur le terrain, il refusa de se déshabiller et fondit à Timproviste sur son adversaire ; celui-ci en se
1. Frédéric-Jean-Othon, prince héréditaire de Salm-Kybourg, sa mère était une princesse de Horn ; il était né le 11 mai 1746 et périt sur Téchafaud en 179i.
LA PRINCESSE GH. DE LIGNE. âUl
défendant lui porta un coup qui l*eût traversé de part en part sans le manchon protecteur; le choc causé par cet obstacle fit tomber l'officier et les témoins eurent toutes les peines du monde à empêcher le prince de tuer son adversaire à terre.
Le prince de Salm avait une jolie figure, de Taisance dans les manières, de la gaieté et de la souplesse dans l'esprit. Hélène ignorait les détails peu honorables de sa conduite privée; elle voyait en lui un élégant cavalier, porteur d'un grand nom, et par-dessus tout un séjour assuré à Paris, dans le magnifique hôtel que les Salm avaient fait construire, quai d*Orsay * .
Elle ne voulait point entendre parler du duc d'Ëlbœuf, malgré ses grandes espérances; elle redoutait madame de Brionne comme belle-mère et se laissait sérieusement influencer par les amis du prince de Salm, qui ne négligeaient aucune occasion de monter l'imagination de la jeune fille. L'évêque, poussé par sa nièce, fit une réponse ambiguë, ajourna sa décision, parla d'un prochain voyage à Paris, enfin il ne cacha pas la candidature nouvelle du prince de Salm.
i. Cet hôtel est actuellement le palais de la Légion d'honneur; il fut construit par Tarchitecte Rousseau.
La comtesse de Brionne souhaitait ardemment de poursuivre la négociation, et elle consulta Mirabeau sur le moyen le plus sûr de parvenir à ses fins. Le marquis répondit une longue lettre dont voici un extrait* :
€ Il faut absolument que la comtesse ait un représentant, homme d'honneur et sage, muni de ses pouvoirs et capable de se démêler de tous les piègesqu'il rencontrera. Jalousie nationale, erreurs défaits, variations considérables dans les plans et dans les idées, distractions et dissipations générales, contre-temps enfin de tous les genres, propres à faire tourner la tête de lassitude à un homme sage, voilà ce qui l'attend.
« Il faut observer néanmoins qu'on n'exigera pas de lui de rien finir, traiter ni décider, mais seulement de prendre de bonnes et sûres informations des biens, des usages, etc., et d'entretenir la bonne disposition de l'évêque; de croquer avec lui des articles, et de tâcher de remmener.
1. Les lettres du marquis de Mirabeau et celles de madame de Pailly au sujet du mariage de la princesse Hélène sont en grand nombre, et toutes contenues dans les papiers séquestrés. Lettre T, Cartons de Ligne, i-4 Archives nationales. Nous n'en donnons que des extraits.
1 Je ne me dissimule pas que c'est encore trop, pour un homme seul et neuf dans le pays ; or, à cela, je ne sais qu'un remède, mais je le crois bon si nous pouvons Toblenir : c'est engager Tabbé Bandeau de faire le voyage avec lui. Je sais tout ce qu'on peut me dire sur sa tête, et il est le premier à en convenir ; toute besogne de longueur, il la gâtera; toute affaire à emporter d'emblée, c'est autre chose, et c'est le premier homme de l'Europe en ce genre, pour l'esprit des affaires et les expédients; ingénieux, entrant, aussi bon qu'étourdi, de mœurs faciles et gaies, disposant de révoque, non pour l'arrêter, mais pour le revirer comme son gant. Enfin, quel inconvénient qu'on lui trouve, nous ne ferons pas faire des hommes exprès : celui-là est très lumineux et tirera fort au clair les affaires. Celles aussi de là-bas. Il a la confiance de la jeune princesse et connaît la manière de manier son esprit, il chauffe l'évêque à sa guise. Enfin, n'eût-il aucun de ces avantages, uniques dans l'affaire présente, non plus que celui de connaître le pays comme il le connaît, encore croirais-je capital de l'employer dans un coup de main de cette espèce.
]> Ce dont j'oserais répondre, tant par égard pour mes recommandations très expresses que
parce qu'il y a été échaudé, c'est qu'il ne s'y mêlerait ni de politique, ni d'économie, et autres mailles à partir, et que, pourvu que son compagnon de voyage le traite simplement et amicalement, sans se laisser dominer, et plus encore sans le contrarier directement, il en sera fort content, et le trouvera d'une utilité infinie. Je parais fort long sur cet article, je proteste que je n'y mets aucune prévention ; au fond, j'aime plus qu'on ne croit la besogne des gens sages, mais arrosez des choux avec de l'eau de lavande, et vous verrez comme ils pousseront!... »
Malgré l'éloquence du marquis, Tabbé Bandeau ne partit point pour la Pologne, car la négociation échoua. Dans une nouvelle lettre, le prince-évèque, influencé par sa nièce, déclina pour elle l'honneur d'entrer dans la maison de Lorraine*.
La fâcheuse issue de la négociation entreprise par madame de Pailly Pavait fort constristée; elle redoutait le mécontentement de la comtesse de Brionne, et encore plus celui de sa tante, la
1 . La même année, le duc d*£lbœuf se consola de son échec en épousant mademoiselle de Hontmorency-Lagny, le 30 décembre 1778.
LÀ PRINCESSE eu. DE LIGNE. 205
princesse de Ligne-Luxembourg*, à laquelle elle avait des raisons particulières de chercher à plaire. La princesse, ancienne dame du palais de la défunte reine d'Espagne, avait à ce titre reçu du roi un appartement au château des Tuileries; elle y recevait une société peu nombreuse mais soigneusement choisie et dont madame de Pailly eût été ûère de faire partie, quoiqu'on s*y ennuyât à mourir. La vieille princesse, disent les contemporains, avait le plus vilain visage de cinquante ans qu*on ail jamais vu; un visage gras, luisant, sans rouge, d'une pâleur livide et orné d'un menton de trois étages. La duchesse de Tallard disait < qu'elle ressemblait à une chandelle qui coule >. Mais elle était obligeante et bonne et prit fort bien son parti du mariage manqué ; elle confia à la dame négociatrice qu'elle avait un autre projet en tête, il s'agissait cette fois-ci du prince Charles de Ligne, neveu de feu son mari. Comme situation de fortune, le jeune prince l'emportait de beaucoup sur le duc d'Elbœuf, et, si sa famille occupait en France un rang moins élevé que la maison de Lorraine,
1. Henriette-Eugénie de Bethîsy de Mézières, veave de très haut et très puissant seigneur, Claude-Hyacinthe-Ferdinand L amoral, prince de Ligne et du Saint-Empire.
qui était maison souveraine, comme ancienneté de noblesse elle ne le cédait à personne.
Madame de Pailly, enchantée de la confiance que lui témoignait la princesse, la remercia comme d'une grâce et se mit à l'œuvre comptant bien profiter de l'expérience acquise pour éviter un nouvel échec.
Elle commença par faire écrire au prince évêque par l'abbé Bandeau et le marquis que rien ne pouvait se terminer en son absence, et qu'au milieu de la foule des prétendants qui augmentait chaque jour, il ne parviendrait point à démêler, de loin, quel était le meilleur parti pour sa nièce.
Puis elle chercha, adroitement, à découvrir quelle influence agissait sur la jeune princesse, et la prévenait si fort en faveur du prince de Salm. Elle apprit que celui-ci avait gagné à sa cause une des dames pensionnaires du couvent chez laquelle Hélène se rendait fréquemment ^
Une fois au courant de la situation, elle dressa
1. Cette dame n*était autre que la marquise de Mesnard, épouse séparée du marquis de Marigny, frère de madame de Pompadour; elle habitait en 1778 un logement magnifique dans rAbbaye-aux-Bois où elle recevait la plus brillante société. Elle était intimement liée avecle prince cardinal Louis de Rohan et avec la princesse de Salm, mère du prince Frédéric.
ses batteries en conséquence et mit dans les intérêts trois des meilleures amies d'Hélène, la jeune duchesse de Choiseul et les demoiselles de Conflans. Elle les fit presser par des amis communs d'agir insensiblement sur l'esprit de. la jeune fille et attendit patiemment l'arrivée de l'évêque qui ne pouvait tarder.
Avant d'entamer sérieusement la négocaition, la princesse de Ligne avait écrit au prince Charles et à sa mère, pour leur faire part de son projet et des avantages qu'elle voyait à cette alliance; mais elle ne cacha pas la préférence que la jeune personne accordait au prince Frédéric de Salm, sur ses nombreux concurrents. Le prince Charles n'en parut pas très flatté et répondit à sa tante :
« Mars 1779.
1 J'ai reçu, ma chère tante, les lettres que vous avez eu la bonté de m'écrire,et je les ai envoyées sur-le-champ à mon père. Il y aura bien des difficultés, à ce que je vois, dans l'affaire en question; il faudra toute la suite que vous savez mettre à ce qui vous intéresse et toutes vos
bontés pour toute la famille, dont nous sommes tous pénétrés, et vous réitérons encore nos remerciements, ma chère tante.
» La petite personne me parait un peu décidée, et pas très délicate sur le choix, puisqu'elle préférerait le prince Frédéric de Salm,qui a si mauvaise réputation. Pourvu que Tonde ne se décide pas, car il faut si longtemps pour recevoir les réponses !
1 Recevez, ma chère tante, etc. ^
D'après cette lettre, le jeune prince ne parait pas très enchanté du mariage qu'on lui propose ; mais sa mère prit la chose avec plus d'empressement, et pria sa cousine de continuer les négociations.
Celle-ci, alors au château de Limours chez sa nièce, madame de Brionne, écrivit à madame de Pailly et offrit de venir elle-même à Paris, pour parler à fond de la grande affaire. Madame de Pailly répond :
€ J'espérais, Madame, que cette semaine ne se passerait pas sans que vous vinssiez faire une course à Paris ; j'ai grand besoin d'avoir l'honneur de vous voir pour vous rendre compte de notre affaire. Vous jugez bien que j'ai fait le meilleur usage qui m'a été possible de ce que
VOUS m'avez fait l'honneur de me mander; il serait trop long de vous écrire ce qui a été dit de part et d'autre, mais le dernier mot de notre oncle est qu'il faut savoir quelle est la fortune totale du jeune prince au futur et quelle est celle dont son père veut le faire jouir, en le mariant. Il a répété plusieurs fois que c'était le point essentiel à éclaircir, qu'il trouvait toutes les convenances désirables d'ailleurs, et qu'à l'égard du séjour de Bruxelles, sa nièce avait beaucoup de raison, qu'il se flattait de n'avoir pas de peine à la persuader, s'il n'y avait que cette difficulté. Il est vrai qu'il ajoute : « Mais ne pourra-t-on pas espérer que le prince de Ligne vienne à Paris? » J'ai répondu que je ne croyais pas, et que même ce déplacement ne lui serait pas avantageux ; que je croyais que sa nièce trouverait très agréable d'être tout à la fois une très grande dame à Bruxelles, à Vienne et à Versailles; que les établissements de M. le prince de Ligne en Flandre étaient tels, qu'ils devaient être préférés à tout... >
Madame de Pailly conduisait l'afTaireavec beaucoup d'habileté. Elle rendit visite à la jeune princesse, et feignant d'ignorer la préférence
qu'Hélène témoignait hautement au prince de
Salin, elle se garda de lui en parler. Mais elle aborda de front l'autre obstacle, celui d'un établissement à Bruxelles.
Elle s'étendit longuement sur la situation exceptionnelle des princes de Ligne à Vienne et dans les Pays-Bas ; puis elle fit la description la plus brillante de celle qu'occupait le prince père à Versailles, où il passait la plus grande partie du temps que laissait son service militaire. Elle fit entrevoir à Hélène qu'avec le goût passionné de ce prince pour la cour de France, elle s'en ferait facilement un allié pour obtenir une installation à Paris, car il adorait son fils et serait heureux de l'avoir près de lui ; seulement il fallait gagner du temps et ne pas heurter de front la princesse de Ligne, qui était la moins disposée à accepter celte condition.
Cette conversation fit une impression assez vive sur l'esprit d'Hélène, qui, pour la première fois, n'opposa pas un refus formel à l'alliance du prince de Ligne ; elle demanda seulement à réfléchir et à attendre l'arrivée de son oncle pour prendre une décision. On lui accorda ce répit d'autant plus facilement qu'en ce moment-là les princes de Ligne, père et fils, étaient retenus à l'armée, l'Autriche étant en guerre avec la Prusse
LÀ PRINCESSE GH. DE LiGP^E. 211
pour la succession de réiectorat de Bavière. Laissons Hélène à ses réflexions et faisons connaissance avec les deux personnages qui vont jouer un si grand rôle dans sa vie.
La maison de Ligne. — Le prince Charles. — La guerre de Bavière. — Le combat de POsig. — Lettre du prince de Ligne à son flls. — La paix de Teschen.
La maison de Ligne élait une des plus illustres des Pays-Bas. Son chef, Charles-Joseph, prince de Ligne et du Saint-Empire, souverain de Fagnolles, seigneur de Beaudour, Bel-Œil, Valincourt et autres terres, marquis de Roubaîx et de Dormans, baron de Fauquenberghe, baron de Wershin, chevalier de la Toison d'or, grand d'Espagne de première classe, premier ber de Flandre, pair, sénéchal et maréchal du Hainaut, était général de l'armée autrichienne, capitaine des trabans, colonel propriétaire d'un régiment
LA PRINCESSE CH. DE LIGNE. 2t3
d'infanterie wallone et chambellan de Leurs Majestés Impériales*.
Il y avait là de quoi satisfaire les plus hautes ambitions ; mais ce n*élait pas tout, il fallait ajouter à tous ces titres la situation qu'occupait le prince de Ligne à Versailles, à Vienne et à Bruxelles, situation conquise par ses brillantes qualités personnelles. Beau, brave, généreux, chevaleresque, doué d'une imagination brillante, d'un esprit vif et prompt, et d'un naturel plein d'imprévu, aucun de ces avantages n'avait pu lui donner la moindre prétention. Tous les mémoires contemporains parlent de lui, les esprits les plus divers; mesdames de Staël, de Genlis, le comte de Ségur, l'aventurier Casanova, l'empereur Joseph, Voltaire, l'impératrice Catherine, et bien d'autres encore, s'unissent dans un concert de louanges, où pas un mot de critique ne vient détonner. Madame de Staël termine son portrait en disant comme Eschine : c Si vous êtes étonné de ce que je vous raconte de lui, que serait-ce si vous l'aviez entendu ! d Tel était le futur beaupère d'Hélène.
Le prince Charles-Joseph avait été élevé par son
i. Il fut plus tard créé feld-maréchal comme son père et sod rand-père.
père avec une extrême sévérité : « Mon père ne m'aimait pas, dit-il; je ne sais pourquoi, car nous ne nous connaissions point. Il ne me parlait jamais, ce n'était pas à la mode alors d'être bon père ni bon mari. Ma mère avait grand'peur de lui. Elle accoucha de moi en grand vertugadin et elle mourut de même, quelques semaines après, tant il aimait les cérémonies et l'air de dignité. »
Sa carrière militaire fut brillante et son avancement rapide. A vingt ans, il fut nommé colonel du régiment des dragons de son père. Il lui écrivit aussitôt pour lui en faire part, et voici la réponse qu*il reçut :
« Il était déjà assez malheureux pour moi, Monsieur, de vous avoir pour fils, sans avoir encore le malheur de vous avoir pour mon colonel. »
Son fils lui répondit : « Monseigneur, l'un et l'autre ne sont pas ma faute, et c'est à l'empereur que Votre Altesse doit s'en prendre pour le seconll malheur. »
Le prince épousa, en 1755, la princesse de Lichtensteîn * , et , en septembre 4 759, pendant qu'il était occupé à battre les Prussiens devant Meis-
1 . Françoise-Marie-Xavière de Lichtenatein, née le 25 novembre 1740, fille d'Emmanuel, prince de Lichtensfein, et de Marie-Antoine de Dietrichstein Weichseltadt.
sen, il apprit la nouvelle de la naissance d'un fils.
< J'ai un fils, écrit-il tout joyeux. Ahl comme je vais l'aimer, je voudrais déjà le lui écrire... Si je reviens de cette guerre, je lui dirai : c Soyez ]) le bienvenu, je parie que je vais vous aimer de > tout mon cœur. »
En effet, le prince avait trop souffert des rigueurs de son père pour les imiter; tous ses enfants furent élevés avec une grande tendresse, mais il ne put jamais se défendre d'une prédilection marcpiée en faveur de l'aîné, le prince Charles, prétendant de notre jeune princesse. Il lui apprit lui-même ce qu'il savait le mieux, « se battre en gentilhomme >. Le petit prince, encore enfant, fut conduit au feu par son père.
« Je fis, dit-il, engager un petit combat d'avantposte avec les Prussiens, et, m' élançant à cheval avec lui, je pris sa petite main dans la mienne tout en galopant, et, au premier coup de fusil que je fis tirer : c 11 serait joli, mon Charles d lui disje, « que nous eussions ensemble une petite bles- 1 sure. » Et il riait, jurait, s'animait et jugeait I »
Après avoir suivi l'école de Strasbourg* peu-,
1. n y avait alors, à Strasbourg une école d'artillerie très renommée, elle était commandée par M. de Marzy. L'Alsace appartenait alors à la France, par le traité de Ryswick,
dant quatre ans, le prince Charles entra à seize ans au service d'Autriche, comme second lieutenant du* génie. Il eût préféré Tarlillerie, et ne choisit le génie que pour complaire à son père.
Au moment où les négociations pour le mariage d'Hélène commencèrent, la guerre entre l'Autriche et la Prusse venait d'éclater à l'occasion de la succession de Bavière, et les deux princes de Ligne étaient à l'armée autrichienne.
Maximilien-Joseph, électeur de Bavière, était mort le 30 décembre 1777, sans postérité masculine. Malgré les droits incontestables de l'Electeur palatin, d'autres princes élevèrent des prétentions à cette succession. Le plus redoutable était l'empereur Joseph IL L'Électeur avait à peine fermé les yeux, que les troupes autrichiennes marchaient vers les frontières de ses États.
Cela inquiéta la Prusse, et le jeune duc des Deux-Ponts, pressé et appuyé par le grand Frédéric, protesta devant la Diète germanique contre les projets de l'Autriche. L'électeur de Saxe sui-
Bîgné en 1697. Strasbourg avait capitulé dès le 30 septembre 1681 et s'était soumise & Louis XIV; fortiûée par Vauban, elle était devenue une redoutable forteresse. Son arsenal contenait neuf cents pièces de canon.
vit cet exemple, et, durant la discussion de celle grave affaire, Joseph et Frédéric allèrent l'un en Silésie, et l'autre en Bohême prendre le commandement des armées considérables qu'ils avaient mises sur pied. Ils restèrent ainsi en présence pendant plusieurs mois. Marie-Thérèse, qui redoutait la guerre, négociait sous main pour l'empêcher. Joseph, au contraire, brûlant de se mesurer avec le grand Frédéric, y poussait de toutes ses forces*. L'armée autrichienne était séparée en deux corps, l'un commandé officiellement par l'empereur, mais en réalité par le maréchal de Lascy; l'autre, par le maréchal Laudon, comprenait les Lycaniens ou Croates et les régiments de grenadiers d'élite qui avaient le prince de Ligne pour chef. Son quartier général était à Bezesnow, en Bohème. Son fils servait dans le corps du maréchal de Lascy, qui occupait une position formidable derrière les rives escarpées de l'Elbe ; de triples redoutes défendaient le passage de ce fleuve. C'est
i . Bulhière, esprit passionné, mais fin observateur, disait de rempereur Joseph : ■ La paix était un tourment pour lui, envahUsement et conquête étaient le résultat de toutes ses méditations. Ces deux mots avaient fait la célébrité de Frédéric et c'était avec eux que Joseph voulait atteindre et môme surpasser son rivai. Cet homme fier éprouvait partout le supplice d'une inquiétude nerveuse et jalouse. >
précisément à leur construction que travaillait le prince Charles auquel son père écrivait souvent. Ses lettres vont nous donner la mesure des affectueuses relations qui existaient entre eux. Il paraît que le prince Charles était mécontent de la façon dont on voulait diriger les travaux de fortifications.
« De mon quartier général de Bezesnow, ce 26 juin 1778.
> Eh bien, mon génie, tu te fortiGes donc toujours, et tu ne te fortifies pas dans la considération pour le génie de notre génie? J'ai beaucoup de peine, moi, à me fortifier contre l'ennui.
» L'empereur est venu ici faire ce qu'on peut bien appeler ses embarras. Il dit qu'il souhaite la guerre, mais qu'il n'y croit pas : Qui veut parier? nous a-t-il dit l'autre jour. — Tout le monde, a répliqué le maréchal Laudon, toujours de mauvaise humeur. Ce n^est rien dire, tout le monde. — Mais mot, par exemple, a dit le maréchal Lascy. — Combien? a dit l'empereur, qui s'attendait à une proposition d'une vingtaine de ducats. — Deux cent mille florins, a dit le maréchal. L'empereur a fait une mine diabolique et a senti que c'était une leçon publique.
1» Il a été très aimable pour moi. II craint toujours qu'on ne fasse le docteur avec lui. Il a été content de mes troupes, et m'a dit beaucoup de bien de vous, mon cher Charles, qu'il a vu travailler comme une merveille. Le voilà parti, je le vois encore depuis ma fenêtre.
^^ Je ris de moi et des autres, quand je pense que, point apprécié, je trouve que je vaux mieux qu'on ne croit. J'exerce ici chaque peloton moimême. Je m'égosille à commander six bataillons à la fois.
> Il n'y a pas, ce qu'on appelle, en Bohême, un kaloup, la plus mauvaise baraque, où il y ait seulement quatre soldats, que je n'aille visiter, pour goûter leur soupe, leur pain, peser leur viande, pour voir si on ne les trompe pas. Il n'y en a pas un à qui je ne parle, à qui je ne fasse avoir des légumes, à qui je ne donne quelque chose; pas un officier à qui je ne donne à manger, et que je ne tâche d'électriser pour cette guerre-ci. Mes camarades ne font rien de tout cela, et c'est très sage à eux, car on ne leur en sait pas mauvais gré. Pas un ne se soucie de la guerre, ils tiennent les propos les plus pacifiques vis-à-vis des jeunes gens qu'ils veulent rendre avec le temps aussi zélés et bons généraux. C'est encore très bien.
lis seront généraux plus lot que moi, et ce sera aussi très bien.
» Il y a six semaines que je n'ai parlé français; mais, en revanche, pour me payer d'un enni\yeux diner, en sortant de table, on tire une trentaine de pieds à la fois pour me faire la révérence.
» Si un officier d'infanterie peut saluer un officier du génie, et du génie en travail, je t'embrasse, mon garçon. Je suis charmé que tu te fasses du mérite à faire de mauvais ouvrages. Adieu, mon excellent ouvrage; adieu chef-d'œuvre, presque comme Christine*. »
En attendant, l'empereur et le roi de Prusse, toujours dans l'inaction, échangeaient force courriers. Le prince de Ligne, bien informé, tenait son fils au courant de ce qui se passait.
a Bezesnow, ce 5 juillet.
]> J'apprends dans ce moment que le maréchal a demandé, le jour de la Saint-Jean, à l'empereur, ce qu'il venait de répondre à la lettre du roi de Prusse, qu'il a reçue ce jour-là. « Je l'ai mis » au pied du mur,» a-t-il répondu, « je lui ai re-
1. La princesse GhrisUne était la ûlle aînée du prince de Ligne ^ elle avait épousé en 1775 le comte Glary, fils aîné du prince de ce nom; elle était adorée de tous ceux qui la connaissaient.
» présenté que la saison s'avançait, que je voulais » avoir des leçons d'un si grand maître. Quand » croyez-vous, mon cher maréchal, que j'aurai sa » réponse? » Celui-ci a compté sur ses doigts et a » dit : « Dans huit jours Votre Majesté l'aura; ï mais c'est lui qui vous l'apportera lui-même. »
j J'apprends à l'instant qu'il entre en Bohême ; c'estle 5 juillet, le compte est juste, tant mieux, je reçois l'ordre de marcher avec tout mon corps. »
En effet, le roi de Prusse venait de paraître inopinément à Nachod, à la tête de son avantgarde. € On l'en pressait, dit le prince de Ligne, mais on ne s'en doutait pas. i> Il écrit à son fils.
« Juillet.
ï Comme je ne vous crois pas encore revenu de Pardulitz à votre armée, il faut que je vous en donne des nouvelles. On est venu faire des rapports à l'empereur, que le roi débouchait sur je ne sais combien de colonnes. Il a été au grand galop à la redoute numéro 7 et a demandé vingt fois : « Où est le maréchal? » Celui-ci est arrivé au pas pour la première fois de sa vie : « Eh
» bien, feld-maréchal, je vous ai fait chercher
> partout. — Eh bien, sire, voilà le roi. — Votre
> grande lunette... Ahl le voilà lui-même, je » parie I un grand cheval anglais... peut-être son » Anhalt, voyez. — Cela se peut; mais ils ne
> nous battront pas tout seuls, voyons plutôt la » force des colonnes, ohl en voilà une sûrement » de dix mille hommes, entre autres. — Us » viennent donc nous attaquer? — Peut-êlre, » quelle heure est-il? — Onze heures. — Ils
> ne seront formés que dans deux heures, ils ) feront la cuisine, nous aussi ; ils n'attaqueront » pas Votre Majesté aujourd'hui. — Non, mais
> demain? — Demain! je ne le crois pas, après- ) demain non plus, ni de toute la campagne. »
:» Vous reconnaissez bien là le genre froid et un peu amer de notre bon maréchal, ennuyé de ce qu'on veut se mêler à tous moments de ses affaires, et l'inquiétude de l'empereur, qui, dans ces occasions-là, sent que tout cela est trop fort pour lui. »
Enûn la guerre était engagée, mais on se contentait de s'observer des deux côtés. Le prince Charles rejoignit son père à Mickenhau le 30 juillet; celui-ci le prit au nombre de ses aides de camp, on le voyait toujours à l'avant-garde, plein
de sang-froid et de valeur, au milieu du danger. Son père en parle sans cesse avec une fierté qu'il ne peut cacher : c Charles va au feu à merveille^ je ne puis retenir son ardeur, il a une présence d'esprit, un entrain et une gaieté qui encouragent tout le monde, je dois dire en passant que l'empereur est fort content de lui. i^ C'est ainsi que s'exprime le prince dans le récit, pittoresque et charmant, qu'il nous a laissé de cette guerre de Bavière, qui eut pour trait particulier que pas un coup de fusil ne fut tiré en Bavière et que deux armées de plus de cent mille hommes, commandées Tune par le roi de Prusse et l'autre par l'empereur d'Autriche, demeurèrent en présence pendant neuf mois sans se livrer bataille, se bornant à quelques escarmouches, ou combats d'avant-poste.
Le prince, désespéré de cette inactions ûe négligeait pas une occasion d'engager une affaire. Laissons-lui raconter celle de Pôsig, qui fut la première à laquelle assista le prince Charles, et
1. La guerre était une fête pour le prince de Ligne; dès son enfance, il radorait. 11 faut Tentendre parler d'une bataille : • Une bataille, dit-il, est comme une ode de Pindare : il faut y apporter un enthousiasme qui tient du délire ! Pour en bien parler, il faudrait, je crois, un moment d*ivre83e comme lorsqu'on en gagne. »
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qui eut une grande influence sur sa carrière militaire.
€ Des hussards du prince Henri' occupaient sur les hauteurs de Hûhnerwasser d'assez fortes positions. Il fallait, pour les déloger, s'emparer d'abord du couvent de Pôsig, où était une pelite garnison de quarante hommes, qui ne prenaient garde qu'à examiner tout le jour tout ce qui se passait dans nos camps. Cette lorgnerie perpétuelle impatientait souvent M. de Laudon ; je lui dis que le colonel d'Aspremont m'avait déjà proposé de l'attaquer, mais que, même cette montagne prise, elle serait difficile à garder, étant plus près du prince Henri que de nous. Il me dit d'essayer si je pouvais... » e ... Mais la garnison était sur ses gardes, on avait mis une sentinelle à la porte du moine qui me donnait des nouvelles, on avait barricadé la porte d'entrée et élevé des tréteaux. Les braves Lycaniens Tattaquérent, une heure avant le jour, au moment où je me formais sur ma petite plaine. Cinquante étaient nommés à l'escalade. Tous voulaient en être, mais il n'y avait que cinq échelles, si j'en avais fait chercher
i. Le prince Henri de Prusse, frère du roi, né le 18 janvier 1726» mort le 3 avril 1802.11 avait, dit-on, de grands talents militaires, mais son frère en était jaloux et ne Taimait point.
davantage, cela se serait ébruité dans le pays. Quoiqu'elles fussent un peu courtes, un de ces braves Croates fut tué sur le mur. Tous avaient été accablés d'une grêle de pierres en arrivant, le colonel d'Aspremont ne put plus les retenir. Le digne et respectable Wolf, premier lieutenant, monta le premier ; il reçut un coup de fusil au travers du bras. Tout d'un coup, on se dit, sans savoir d'où venait la nouvelle, que la porte venait d'être enfoncée : tous y coururent. Wolf reçut un coup de fusil au travers du corps, dont il mourut deux jours après, en me disant qu'il me sacrifierait encore mille vies s'il les avait. Un sergent et cinq charpentiers qui hachaient la porte furent tués sur place, et vingt-cinq hommes furent blessés.
» Jamais rien ne m'a fait autant de peine dans le monde, que de voir ces beaux et excellents Lycaniens étendus les uns à côté des autres, et me disant, ainsi que leur lieutenant, des choses si touchantes. Autrefois, quand je faisais tuer du monde, ce dont j'aurais pu quelquefois me dispenser, je partageais le danger, et cela ne me faisait pas le même effet. Mais j'avais envoyé ces pauvres malheureux, et, ne pouvant pas être partout, croyant d'ailleurs avoir plus à faire où
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j^étais, je m'aperçus qu'il était souveat dur d'être ofOcier général, parce qu'on étaii exposé à Xaire tuer les autres, sans y être. »
Le prince Charles reçut une impression si vive de la confiance et du dévouement que son père savait inspirer à ses soldats, et des éloges qu'il lui entendit donner par le lieutenant Wolf, à son lit de mort, qu'il la conserva toute sa vie comme nous le verrons plus tard. Quelques jours après, la maréchal Laudon * vint chez le prince et lui ordonna de mettre tout son corps en marche, pour déloger les hussards d'Hûhnerwasser :
€ A peine étions-nous à Jezoway que la tiraillerie des carabines commença, et que par conséquent le maréchal s'anima, et me fit voir en abrégé le vainqueur de Francfort et de Landshut, c'est la
1. Laudon (Gédéon-Ernest, baron de), feld-maréchal antrichien, né le 16 octobre 1710 à Trolsen en Livonie. Il scryit d*abord la Russie de 1733 à 1739, et, ne trouvant pas son avance* ment aises rapide, il entra au service de l'Autriche. En récompense de ses importants services, Tempereur Joseph le nomma, en 1769, commandant général de la Moravie et feld-maréchal en 1778. L'impératrice Gathetine disait: « Je ne peux toit Tamiral Tcbiohtakoff sans me souvenir du mot du prince de Ligne sur le maréchal Laudon. Quelqu'un lui demandait comment il le reconnaîtrait : c AHez, c dit-'il, •'vous le trouverez derrière la • .porte, tonÇhonlieux de sen mérite et de aa supérioDité. » Voilà mon amiral tout décrit. »
première et la dernière fois qu*il a souri de toute la campagne.
> diarles qui est brave, que c'est un plaisir, et que je tenais par la main en galopant, et à qui je disais (comme autrefois) : € Il serait plaisant ) d'être blessé de la même balle ! > porta après cela l'ordre de se retirer à un officier qui fut blessé en le recevant. Charles était dans l'enchantement de tirer son coup de pistolet et d'en recevoir. M. de Laudon et moi, nous en essuyâmes bien aussi, parée que s'emportant comme s'il était encore lieutenant des Lycaniens, surtout la première fois qu'il voit l'ennemi après une longue paix, il alla lui-même faire retirer Klégawiez et Pallackzi, qu'il trouvait tournés.
» Je lui dis : € Monsieur le maréchal, envoyez-y i plutôt nos officiers d'ordonnance et nos aides » de camp. » Je me retournai, il n'y en avait plus, ils étaient allés comme des étourdis avec Charles. Pôsig fut pris vers midi.
> Ainsi se passa une très jolie petite et amusante afibdre, pareille à celles que messieurs les adjudants des généraux font mousser dans des relations et que les gazetiers correspondants transmettent, comme de grands faits d'armes, aux cafés et aux sociétés des capitales. »
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Pendant ce temps^ Marie-Thérèse, ennemie de cette guerre, négociait sans relâche pour amener une conciliation, et, gagnant la czarine Catherine i sa cause, elle y réussit enfin malgré l'empereur Joseph, qui connut trop tard les négociations secrètes de sa mère.
Un congrès s*ouvrit le 10 avril 1779, à Teschen, pour négocier la paix; tout élant presque réglé d'avance, on semblait devoir êtrebientôt d'accord ; néanmoins, plus d'une difficulté surgit à l'improviste, et la paix ne fut signée que le 13 mai 1779. Tout fut bizarre dans cette guerre : la maison palatine, pour l'intérêt de laquelle cette guerre * avait été entreprise, n'y prit aucune part; la Bavière, objet du litige, ne fut point enveloppée dans les hostilités, et l'Électeur palatin, qui avait refusé l'assistance du roi de Prusse, dut à sa protection le principal avantage de la paix. La fin de cette guerre sans bataille fut de donner beaucoup d'humeur à tout le monde, à commencer par le prince de Ligne, c Je n'étais pas le seul qui en eût, dit-il; l'impératrice parce qu'on a'avait pas fait la paix assez tôt, l'empereur parce qu'on la faisait à son insu ; le maréchal Lascy parce qu*on avait dérangé son plan, qui, s'il avait été suivi, aurait eu bientôt plus d'avantages; le maréchal
Laudon de n'avoir été qu'observateur et observé; le roi de Prusse d'avoir dépensé vingt-cinq millions d'écus et vingt-cinq mille hommes pour n'avoir jamais fait ce qu'il voulait; le prince Henri pour avoir été contrarié par lui. >
Arrivée du prince évèquo à Paris. — Lettres de madame de Pailly. — Lettres de la princesse de Ligne Lichtenstein. — L'abbé Bandeau à BeUOEil. ^ Arriyée des Ligne à Paris. — Mariage d'Hélène et du prince Charles. — Départ pour Bruxelles.
Le prince évêque s'était enfin décidé à partir pour Paris. A peine arrivé, il reçut la visite de madame de Pailly, qui vint le mettre au courant des dispositions de sa nièce et de l'état des négociations. L'évéque demanda instamment à voir la princesse de Ligne-Luxembourg ellemême ; mais elle était en ce moment au château de Limours chez madame deBrionne. Madame de Pailly reprend aussitôt sa correspondance :
c Le prince évêque me demande toujours si vous êtes de retour, Madame; il désire fort
d'avoir l'honiieur de vous voir, et, moi, je serais fort aise que vous commençassiez à traiter sérieusement avec lui.
1 Les occasions de vous prouver mon zèle et mon entier dévouement ne manqueront pas, avec cette tète vacillante; vous ferez passer par moi tout ce que vous voudrez ; je veillerai à tout, et vous rendrai fidèle compte. Mais il me semble que c'est entre nous que vous devez dire les choses qui fixeront le point d'où on partira. Il m*a reparlé plusieurs fois de cet état de biens^ surtout du bien présent; en lui en présentant un, cela accélérera la négociation, ce qui sera sagement fait.
» Les émissaires du prince de Salm agissent vivement; il m'en parle sans cesse, et il écoute toujours mes réponses comme si elles étaient toutes nouvelles; il continue à me confier les propositions qu'on lui fait, nous avons trois concurents nouveaux, qui ne me font pas peur pour le présent. >
Les éclaircissements désirés arrivèrent enfin de Bruxelles, dans la lettre que voici :
232 Là princesse CH. DE LIGNE.