‹ Histoire d'une grande dame au XVIIIe siècleChapitre 30 sur 69 · A LA PRINCESSE DE LIGNE LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

A LA PRINCESSE DE LIGNE LUXEMBOURG

« On dit, princesse, que tout va à merveille, grâce à vos bontés. On dit que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire?... Je n'ai rien reçu. On dit qu'il faut que j'écrive à l'évèque. Je vous supplie de lui faire remettre cette lettre-ci.

> Si vous avez quelques ordres à me donner.

envoyez-les-moi à Munich, poste restanle, je les recevrai en passant.

» Toutes les informations que je prends sur la Pologne paraissent conformes à nos vues.

» Je me mets à vos pieds^ princesse, et vous prie d'être persuadée que ma reconnaissance égalera mon tendre et respectueux attachement.

Peu de jours après la réception de cette lettre, Dn tomba d'accord sur tous les points; le projet de contrat fut rédigé, et la princesse de Ligne et son fils annoncèrent leur arrivée.

Malgré le peu d'entraînement que ressentait le jeune prince pour ce mariage, il éprouvait cependant une certaine curiosité de voir celle qui lui était destinée ; quant à Hélène, elle était beaucoup plus occupée de son trousseau, de sa cor*beillé et de ses diamants, que de son mari. On lui avait annoncé entre autres c certaines girandoles ^ et certains bracelets en diamants d'une beauté

1 . Grandes boucles d'oreilles de diamants qui se portaient avec le graftd habit de cour.

îiA LA PllINCESSE CH. DE LIGNE.

singulière,ancieDsbijouxdcfafnille qu'elle brûlait de voir, et elle se mourait de peur qu'on ne les laissât à Bruxelles ». Sa future tante se chargea d'exprimer celte inquiétude d'enfant à la femme de l'intendant, pour qu'elle fit ressouvenir la princesse d'apporter ces précieux bijoux. Elle répondit :

« Princesse,

» A mon retour chez moi, j'ai trouvé une lettre de la princesse, qui me marque qu'elle arrive incessamment et qu'elle apportera avec elle les girandoles et les bracelets; ainsi, la princesse Hélène doit être tranquille. Je dois avoir l'honneur de lui rendre mes devoirs lundi. Nous avons aussi appris par M. le comte Tasson que M. le prince de Ligne doit arriver lundi, au plus lard, à Bruxelles; je m'empresse d'en faire part à Votre Altesse et la prie d'être assurée du profond respect, etc. î

La première visite de la princesse de Ligne fut pour sa cousine; elle y trouva le prince évèque, qui raltendail. Après une conversation assez longue et d'interminables complimenlsde part et d'autre, il fut décidé que l'évèque conduirait à TAbbaye-aux-Bois la princesse et son fils.

Hélène, prévenue depuis la veille, étail assez

contrariée de se montrer, pour la première fois, dans son habit de pensionnaire, mais la règle était inflexible. Elle descendit au parloir, accom* pagnée de madame de Sainte-Delphine, et s'aper* çu t bien vite que la simplicité de son costume n'empêchait pas le prince de la trouver fort jolie, et, quoiqu'elle affectât pendant la visite de tenir les yeux modestement baissés, elle trouva moyen de voir assez bien son futur mari pour dire en en« trant à ses compagnes : « Il est blond, sa taille est élancée, il ressemble à sa mère, qui est fort belle, il a grand air, mais il est trop sérieux et a je ne sais quoi d'Allemand ! t

Leprincepère arriva trois jours après. «Je livre M. de Ligne à votre colère, princesse, écrit sa femme à leur cousine, vous pouvez la préparer pour son arrivée qui sera sûrement auj'ourd'hui ou demain, j'en suis d'une joie inouïe ! »

Le prince père eut la tête tournée de sa future belle-fille qui ne négligea rien pour lui plaire, sentant instinctivement que c'était avec lui qu'elle sympathiserait le plus.

Hélène n'ayant pas de famille à Paris, il fut décidé que le mariage serait célébré dans la chapelle de l'Abbaye-aux-Bois, à la grande joie des pensionnaires. L'évèque fit cadeau à sa nièce

d'un trousseau de cent mille écus*; la corbeille offerte par les Ligue sortait de chez Léonard; les dentelles, commandées à Bruxelles et à Matines, étaient des chefs-d'œuvre. Les bijoux offerts en outre des diamants de famille et des fameuses girandoles furent choisis, par Hélène, chez Barrière et chez Drey. Elle offrit un bijou à chacune de ses compagnes de la classe rouge, et un magnifique goûter, avec glacesy fut donné par le prince évèque à toutes les pensionnaires réunies, y compris les petites bleueSy qui reçurent chacune en plus un sac de bonbons.

Le contrat fut signé à Versailles, par Leurs Majestés et la famille royale, le 25 juillet 1779. Le mariage eut lieu le S9 à TÂbbaye-aux-Bois.

Il ne faut pas demander si la bonne d'Hélène, mademoiselle Bathilde Toutevoix, prit part à la

1. La princesse Hélène recevait en dot : Mog^ylani, terre avec château et maisons de campagne, deux palais, à Cracovie, un palais à Varsovie. Le prince Radzivlil était redevable aux Hassalski d*un million, 800 mille florins polonais, héritage de la mère d'Hélène. Il leur avait délaissé, pour les intérêts, trois terres considérables et la moitié du revenu de ces terres appartenait à la princesse, l'autre moitié à son frère. Le princoévéque s'engageait à fournir et à garantir à la princesse, dès le jour de son mariage, un revenu quitte et net de soixante mille livres de rente, rendues à Paris et de les défrayer de tout en cas de séjour dans cette ville.

fête, et si elle para de son mieux sa jolie maN tresse; la pauvre ûlle avait la tête perdue de joie, elle en oublia même ses cocardes^ et descendit au parloir à la suite de la mariée, se cachant modestement dans le fond. Le prince Charles s'appro« cha d*elle, et lui glissa dans la main son cadeau de noces, c'était une rente viagère de six cents livres. Hélène fut touchée dé cette attention* < Je l'en remerciai, dit-elle, par un sourire et un serrement de main, le premier que je lui accordai. > La mariée fut conduite à Vautel par son oncle et par la marquise Wielopolska, qui lui servait de mère. Les duchesses de Choiseul, de Morlemart, de Ghâtillon, de la Vallière, etc. , assistaient à la cérémonie. La jeune princesse, adorable* ment jolie dans sa toilette de mariée, satisfit pleinement Tassistance par c son attitude dé-

cente et pleine de sensibilité » (style du temps). Après avoir reçu les félicitations de cette brillante

D*aatre part, le prince de Ligne s'engageait à donner à son fih, le jour de son mariage^ trente mille livres de rente, en outre à loger les deux époux à Bruxelles, à Bel-CEil ou à Vienne dans un de ses palais ou châteaux. Si, au bout de quatre ans, le jeune ménage avait des enfants, le prince s'engageait à doubler la somme.

1. Elle avait Thabitude de s'en chamarrer et Hélène ne manque pas de consigner dans ses notes, qu'elle les oublia ce jour-là.

218 Là princesse GH. DE LIGNE.

assemblée, Hélène monta dans son appartement, pour changer de toilette ; mais, au lieu de redescendre au parloir après s'être habillée, elle se dirigea rapidement vers la chapelle du chœur, où Fcposait madame de Rochechouarl et, agenouillée sur la tombe de celle qui avait remplacé sa mère, elle adressa à Dieu sa dernière prière de jeune fille. Quand elle arriva au parloir, elle était un peu pâle et quelques larmes s'échappaient encore de ses yeux; mais à la porte de TÂbbaye alten* dait une chaise de posté attelée de six chevaux fringants, les postillons à la livrée rose et argent du prince les retenaient à grand'peine, et, après de rapides adieux, Hélène, entraînée par son jeune mari, monta légèrement dans la voiture, qui partit au triple galop pour Bruxelles*.

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