MADAME DE PAILLY A LA PRINCESSE DE LIGNE-LUXEMBOURG
«Tout va à merveille, Madame; vous trouverez le prince et son plénipotentiaire très contents. Nous avons mangé à diner du melon de Bel-Œil, et on a envoyé des pêches à la princesse Hélène . J'ai porté la sanlé du seigneur du jardin, ils vous diront le reste, et, moi, je me réjouis de l'état où je vois les choses.
> L'abbû aura tous les défauts qu'on voudra, mais il me confirme qu'on ne fait rien des sots, et tout des gens d'esprit. La jeune princesse est convertie et son bon oncle dit, en se prêtant aux expédients de l'abbé: c II m'en coûtera trente mille livres de rente de plus, pour rendre ma nièce heureuse. Je le ferai. Madame, si vous êtes heureuse et contente. >
La princesse de Ligne-Luxembourg écrivit à sa cousine pour lui donner ces bonnes nouvelles et l'engager à arriver à Paris le plus tôt possible ; mais celle-ci ne se pressait pas, et voulait, en mère prudente, régler avant tout les questions d'intérêt et d'intérieur du futur jeune ménage, pour lequel elle redoutait certains entraînements, dont elle avait beaucoup souffert. Elle envoya de nouveau son
LA PRINCESSE CH. DE LlCrCE. Ui
intendant à Paris avec deux lettres, dont une confidentielle pour sa cousine.
<t Bel-OEil, 19 juin 1779.
» J'envoie, princesse, Tintendant de notre maison, qui aura Thonneur de vous remettre cette lettre, et à qui j*ai donné ordre de suivre en tout ce que vous aurez la bonté de lui dicter. . » Comme le prince est arrivé à Vienne le 5 de juin, je crois qu'il ne tardera pas à revenir, en quel cas je ne viendrai qu'avec lui, ou une couple de jours après lui à Paris, s'il est possible que je puisse me dispenser de venir avant.
» Au reste, princesse, j'attendrai vos ordres; je me réserve de vous témoigner de vive voix toute ma reconnaissance, je n'ai jamais douté du succès d'une chose que vous avez la bonté d'entreprendre.
» Comme nos jeunes gens n'ont aucune représentation à faire et que le courant de leur ménage ne pourrait pas absorber leurs revenus, je crains qu'une trop grande aisance ne leur soit préjudiciable et n'entraîne peut-être la passion du jeu ou autre dépense qui leur ferait beaucoup de tort et qu'ils se croiraient obligés d'augmenter tou-
Ui LA PRINCESSE GH. DE LIGNE.
jours selon raugmentatioa de leur révenu, sur* tout se voyant à la tète de tous leurs biens réciproques. C'est une réflexion que je fais comme mère, et qui ne doit se communiquer qu'entre nous parents, je vous prie. >
La princesse de Ligne-Luxembourg fit part à Tévèque des sages réflexions de sa cousine, mais on n'y eut pas égard.
Le congrès de Teschen était terminé, et le prince de Ligne revenait en efi^et, mais sans se presser; cari! avait toujours de nombreuses affaires qui l'arrèlaient en route. Nous n'approfondirons pas de quel genre elles étaient; elles lui laissèrent cependant le temps d'écrire quelques lignes de Vienne à sa cousine et à l'évèque de Wilna; ce qu'il oubliait depuis deux mois.