‹ Histoire d'une grande dame au XVIIIe siècleChapitre 36 sur 69 · Séraskier, général en chef de Farinée turque · texte numérisé non relu

Séraskier, général en chef de Farinée turque

ment TEmpire lit. Les soldats de l'évèque de Liège sont en pleine marche contre les banquiers de Spa. Les Pays-Bas se révoltent sans savoir pourquoi contre leur souverain. Bientôt^ sans doute, on se tuera pour devenir plus libre et plus heureux. L'Autriche, menacée dans son sein même, menace faiblement ses amis et ses ennemis qu'elle a peine à distinguer. L* Angleterre, qui n'est jamais d'accord avec l'Angleterre ! a sa majorité en faveur de la Prusse, qui vient déjà de tirer des coups de fusil en Hollande. La flère Espagne, qui jadis armait l'invincible flotte, est inquiète du premier vaisseau anglais qui sort du port. L'Italie craint leslazzaroni et les esprits forts. Le Danemark est aux écoutes de la Suède, la Suède de la Russie. Les Tar tares, les Géorgiens, les Imarettes, les Abyssins, les Circassiens tuent des Russes. Le voyage de Crimée alarme et agace le Croissant, les Bâchas d'Egypte et de Scutari sont en guerre avec les Turcs, qui de deux autres côtés, à mille lieues de distance, attaquent à la fois les deux plus vastes et puissants empires. On crie aux armes, j'y cours moimême... Je ne cesse pas d'être observateur, et, quoique acteur de la sc^ne qui se joue, je prends tout ce qui se passe et ce qui se fait autour de

moi pour un coup de pied dans une fourmilière. Sommes-nous autre chose que cela, pauvres humains ! »

Pendant ce temps, le corps d'armée du maréchal Lascy* était entré en campagne, l'empereur commandait lui-même, et le prince Charles, qui n'avait point suivi son père en Russie, servait en qualité de major du génie.

Il ne tarda pas à se faire distinguer au siège de Sabacz, oi\ il fut chargé du soin d'ouvrir les tranchées et de diriger les batteries qui attaquaient le fort.

Le jour de l'assaut, il traversa, à l'aide d'une planche, les fossés larges et profonds qui protégeaient les abords de la forteresse, il s'élança le premier, grimpa sur la muraille, et, arrivé sur le faîte des remparts, malgré les efforts des Turcs, il donna la main aux soldats qui l'avaient suivi pour les aider à monter et entra le premier dans la ville

1. Joseph-François-Maurice, comte de Lascy, né à Péiersbourg le 21 octobre 1725 et élevé à Vienne. Il était colonel lorsque éclata la guerre de Sept ans. Les services qu*il rendît le firent arriver rapidement aux plus hautes positions ; il se distingua pendant la campagne de 1778, et flt en 1788, avec le grade de fcld-maréchal, la guerre contre les Turcs. Il mourut à Vienne, le 24 novembre 1801 .

L'empereur, témoin de ce beau fait d'armes, conféra au prince le grade de colonel et le décora de l'ordre de Marie-Thérèse, sans avoir rassemblé le chapitre de Tordre, ce qui était sans exemple. La garnison de Belgrade fit, par hasard, une si forte canonnade pendant la cérémonie que l'empereur Joseph dit, en s'adressant au récipiendaire : « Les Turcs même prennent part à votre réception, en célébrant votre valeur et ma justice. >

L'empereur annonça lui-même au prince de Ligne la brillante conduite de son fils; la joie et l'émotion du père ne peuvent se peindre que par ses propres lettres. Il écrit au comte de Ségur :

« 8 mai 1788.

) Âh ! mon ami, laisse-moi pleurer un instant et lis I »

l'empereur JOSEPH AU PRINCE DE LIGNE

<K Kilenack, ce 25 avril 1788.

> Nous venons de prendre Sabacz* ; notre perle a été peu considérable. Le feldzeugmeister Rou-

1. Ville forte de Serbie, située sur la Save, 4000 habitants.

vroy S dont vous connaissez la valeur, a eu à la poitrine une blessure légère qui ne Tempèche pas de s'habiller ni de sortir. Le prince Ponia- . towski a reçu un coup de feu à la cuisse, qui, sans toucher Tos, est pourtant de conséquence. Mais il faut, mon cher prince, que je vous fasse part d'autre chose qui vous causera d'autant plus de plaisir que vous y reconnaîtrez votre sang; c'est que votre fils Charles a, en grande partie, contribué à la réussite de cette entreprise, par les peines infinies qu'il s'est données en traçant les travaux de tranchée pour rétablissement des batteries et qu'il a été le premier à grimper sur le parapet pour y faire arriver le monde. Aussi l'aije nommé lieutenant-colonel, et lui ai-je conféré l'ordre de Marie-Thérèse. Je sens un vrai plaisir à vous donner cette nouvelle, par la certitude où je suis de la satisfaction qu'elle vous donnera, connaissant votre tendresse pour votre fils et votre patriotisme.

X) Je pars demain pour Semlin.

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