IV INTRODUCTION
ans elles n'en sortaient que pour se marier. Tinfluence de la mère était presque nulle ou ne s'exerçait que tardivement. Qu'était donc cette éducation de couvent qui donnait de si brillants résultats? Nous croyons avoir trouvé une intéressante réponse à cette question dans les Mémoires de la jeune princesse Massalska, qui forment la première partie du livre que nous publions aujourd'hui. Ils nous diront, sans réticence aucune, le fort et le faible de cette façon de préparer les filles de qualités, futures grandes dames, à jouer leur rôle sur cette scène du monde, où tous les succès les attendaient, mais dont les brillants décors devaient bientôt s'effondrer et disparaître dans la tourmente qui s'avançait i grands pas.
Nous verrons également que, si cette éducation, beaucoup plus complète que nous ne l'imaginons, répondait sous certains rapports au but qu'elle se proposait d'atteindre, elle ne pouvait cependant remplacer celle que la jeune fille eût reçu dans sa famille. Mais où trouver la vie de famille au xviu* siècle? peut-être dans la bourgeoisie et encore n'est-ce pas certain, car la bourgeoisie cherchait plus qu'on ne croit à imiter la haute classe et dans les conditions d'existence de la noblesse
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d'alors, la vie de famille telle que nous la com<prenons aujourd'hui était impossible.
Tous les hommes portant un grand nom avaient une charge à la cour, ou un grade dans Tarmée, et par conséquent vivaient fort peu chez eux. Un grand nombre de femmes étaient attachées à la reine ou aux princesses par des fonctions qui exigeaient leur présence à Versailles et absorbaient la moitié de leur temps ; Fautre était employée soit à faire leur cour, soit à cultiver des talents d'agrément qu'on poussait fort loin et auxquels on attachait grande importance; il fallait enfin aussi lire les ouvrages nouveaux dont on devait parler le soir ; or, comme la toilette et la coiffure en particulier occupaient la plus grande partie de la matinée, on consacrait à cette lecture le temps qu'employait le coiffeur à construire les édifices compliqués qui écrasaient la tète des femmes.
Ajoutons que presque toutes les grandes maisons tenaient table ouverte, c'est^-dire recevaient à dîner vingt ou vingt-cinq personnes chaque jour. La conversation n'était guère de nature à comporter la présence des jeunes filles; on dînait à une heure, on se séparait i trois, à cinq heures on allait au spectacle lorsque les devoirs d'une
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charge n'appelaient pas à Versailles, puis on ren<trait souper en ramenant chez soi le plus grand nombre d'amis possible. Comment réserver dans cette journée si remplie, uneplacepourlesenfants? Les mères le sentaient bien, et en les mettant au couvent, elles prenaient encore le meilleur parti ; seulement, nous verrons, par l'histoire même de la jeune princesse, les inconvénients d'une éducation faite par des femmes qui, ignorant le monde, ne pouvaient en rien prémunir leurs élèves contre les tentations qui les attendaient.
Ces Mémoires commencés par une enfant à l'âge de neuf ans et continués par elle jusqu'à celui de quatorze, débutent par son entrée au couvent et se terminent à la veille de son mariage. Ils n'étaient point destinés à la publicité et dormaient depuis cent ans dans de vieux cartons d'où nous avons eu le plaisir de les tirer, grâce à l'obligeance de H. Adolphe Gaiffe, qui a bien voulu nous permettre de fouiller dans ses merveilleuses bibliothèques du château d'Oron et de Paris. C'est 1«4, au milieu des trésors du xvr siècle, que les plus riches bibliothèques publiques peuvent envier, parmi les austères écrivains huguenots gravement revêtus de leui^ robes de chagrin noir ou de maroquin du Levant de couleur
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sombre, c'est lâ, disons-nous, qu'étaient égarés les cahiers fort peu huguenots de la petite princesse Massalska, dont les riantes couvertures bleues^ jaunes et rouges, contrastaient avec leurs sévères voisines.
Leur caractère d'authenticité est incontestable, leurs marges chargées de caricatures enfantines, de plaisanteries griffonnées par elle ou par ses amies, comme pourraient le faire des collégiens, le vieux papier jauni, l'encre pâlie, les gros caractères tracés d'une main mal assurée au début mais qui s'affermit peu à peu, le style négligé et incorrect dans les premiers chapitres et devenant dans les derniers d'une élégance remarquable, tout se réunit pour prouver que ces Mémoires sont bien réellement ceux d'une enfant précoce et intelligente dont on suit avec intérêt le développement.
Nous avons dit qu'ils n'étaient point destinés à la publicité. En effet, la princesse, morte quarante ans après les avoir écrits, n'en parle que deux fois dans sa correspondance et sans avoir l'air d'y attacher de l'importance; elle dit simplement qu'un jour, à Bel-Œil, chez le prince de Ligne son beau-père, elle lut quelques fragments de Mémoires qu'elle avait écrits étant petite et qu'ils