‹ Histoire d'une grande dame au XVIIIe siècleChapitre 3 sur 69 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

principes déjà établis et étant en quelque sorte les arbitres du goût, du ton et de l'usage... Un jeune homme entrant dans le monde y faisait ce qu'on appelait un début. Il fallait réussir ou tomber, c'est-à-dire plaire ou déplaire, à ces trois classes de femmes, qui décidaient sa réputation, sa faveur à la cour, qui lui donnaient des places et des grades et lui faisaient presque toujours faire un mariage excellent. >

Aussi toute l'éducation était-elle dirigée vers ce but. Le père se bornait à indiquer, au gouverneur chargé de son fils, la marche à suivre pour lui donner une teinture générale de toute chose, peu approfondie, et qui cependant suffisait pour inspirer souvent à l'enfant le goût de telle ou telle branche d'étude qu'il cultivait plus tard ; mais la mère, la mère seule faisait acquérir à ce fils la politesse, la grâce, l'amabilité qu'elle possédait elle-même et auxquelles elle savait qu'on attachait tant de prix. Son amour-propre et sa ten« dresse maternelle étaient également engagés à la réussite de ses soins, c Un jeune homme, dit encore M. de Ségur, avait-il manqué à une attention pour une femme, à un égard pour un homme plus âgé que lui, sa mère en était instruite le soir même par ses amis et, le lendemain, le jeune

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étourdi était sûr d'une réprimande. » De là venaient cette rare politesse, ce goût exquis, cette mesure dans la discussion et dans la plaisanterie^ qui classaient ce qu'on appelait la bonne compagnie.

Après avoir constaté l'importance du rôle des femmes à cette époque, la première question qui se présente à l'esprit est celle-ci : quelle éducation avait si bien préparé les jeunes filles à exercer, une fois mariées, une telle prépondérance? où avaient-elles puisé cet art consommé des usages et du bon ton, l'habitude de cette conversation qui efUeurait les sujets les plus légers ou creusait les plus graves avec une aisance et une bonne grâce, dont mesdames de Luxembourg, de Boulilers, de Sabran, la duchesse de Ghoiseul, la princesse de Beauvau, la comtesse de Ségur et tant d'autres étaient de parfaits modèles? Cette question est d'autant plus difficile à résoudre» que si les mères s'occupaient avec grand soin de l'éducation de leurs fils, nous ne voyons point qu'elles se mêlassent de celles de leurs filles. Cela tenait à une crainte fort simple : les jeunes filles, à cette époque, et surtout dans la noblesse, n'étaient jamais élevées dans la maison paternelle; mises au couvent dès l'âge de cinq ou six

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