X INTRODUCTION
été mêlée, ainsi que son oncle Tévêque de Wilna et les princes de Ligne, son beau-père et son mari, i bon nombre d'événements historiques qu'ils racontent à merveille. De plus, il est difficile de trouver un roman plus romanesque que la simple histoire de sa vie. Nous avons cherché à faire marcher de fi*ont ces deux éléments divers et à les concilier dans notre récit. Mais nous avons été forcé, dans la seconde partie du livre, de prendre la parole beaucoup plus souvent que nous ne l'eussions désiré; la diversité de nos documents, la brièveté de certaines notes, ne nous permettaient pas de les intercaler textuellement comme nous l'avons fait pour les lettres; il a donc fallu les rédiger. Nous nous sommes efforcés de les fondre le mieux possible et d'éviter des transitions trop brusques de style, ou des disparates de langage qui eussent pu choquer le lecteur.
Il nous reste à remercier ici toutes les personnes qui ont bien voulu nous seconder, soit par leurs indications et informations particulières» soit en nous communiquant des lettres ou documents originaux, MM. Gaiffe, Deviller, archiviste de Mons, M. Hachez directeur général au ministère de la justice à Bruxelles, le comte de KerchovOi M. Hermann de Wilke» de Berlin, M. Albert So-
INTRODOCTION. m
rel, M. Tardieu, bibliothécaire à Tlnstitut, le prince Gzartorisky, M. Lafenestre, conservateur du Louvre, M. Ernest Lavisse, el les deux correspondants qui ont eu Fobligeance de nous transmettre des lettres inédiles du prince de Ligne et les détails sur Tévêque de Wilna contenus dans les papiers du résident de Saxe à Varsovie. Nous les prions de recevoir l'expression de notre sincère reconnaissance.
En dehors de ces renseignements particuliers, nous indiquerons sommairement les principales sources auxquelles nous avons puisé :
Archives nationaleSjpapiers duséquestre : Ligne ^ carton 1,582^4-4;
Papiers du séquestre^ carton H. 3837. Abbaye^ nux-Bois;
Collection d'autographes Stassart à Bruxelles;
Archives de Bruxelles; Archives de Mons;
Mercure suisse^ historique^ politique;
Gazette de Bruxelles, 1755 à 1759;
Gazette des Pays-Bas, 1761 à 1791 ;
Archives du nord de la France et du midi de la BelgiquCy^ivibliées par Reifiemberg etA.Dinaux;
Fragments inédits des Mémoires du prince de Ligne, publiés par Albert Lacroix, (Bruxelles) ;
Les trente-quatre volumes des Mémoires mili'
xu INTRODUCTION.
iaires et sentimentaires du prince de Ligne ^ édition originale;
Ferrand, Les démembrements de la Pologne : Kraszewski, Polska^ W. Czasie^ Trzech, Rozbiorow;
Rulhière, Les Révolutions de Pologne;
Journal encyclopédique;
Journal de Linguet;
Un écrivain grand seigneur ^ par Peetermans ;
Correspondance de Catherine //, publiée par la Société d'histoire russe à Pétersbourg.
Nous ne mentionnerons pas les Mémoires du temps que nous n'avons pas négligé de consulter, mais dont la nomenclature serait fastidieuse.
Ignace Massalski, prince é?êque de Wilna. — Les Radziwill et les Massalski. — Les grands seigneurs polonais. — Les troubles de la Pologne. — Le prince éyèque en exil. — Son arriTéoà Paris avec sa nièce. — Lettres de madame Geoffrin. — Réponse du roi Stanislas-Auguste. — L'Abbaye-aux-Bois.
Par un sombre jour de décembre de l'an de grâce 1771^ un carrosse s'arrêtait à la porte du couvent de TAbbaye-aux-Bois, rue de Sëve^; trois personnes en descendaient : une femme âgée, fort simplement mise, un homme d'apparence distinguée, dans lequel on reconnaissait facilement un étranger, et une petite fille pâle et délicate. Ces personnages n'étaient autres que la célèbre madame Geoffrin, le prince Massalski,
£ i. La rue de Sè?e n*a pris le nom de rue de Sèvres, qu*elle porte aujourd'hui, qu'après la Révolution.
évèque de Wilna, et la petite princesse Hélène, sa nièce, âgée de huit ans.
Le prince évèque, compromis dans la récente révolution de Pologne, avait eu à peine le temps de fuir pour éviter une arrestation. Il emmenait à Paris sa nièce et son neveu, orphelins confiés à sa tutelle. Il faut remonter un peu en arrière pour connaître l'enchaînement de circonstances qui amenait à Paris cette famille exilée.
L'évêque de Wilna était fils du prince Massalski, grand général de Lithuanie; parvenu très jeune à Tépiscopat S il jouissait d'une grande influence. Les témoignages contemporains le représentent comme un homme instruit, érudit, doué d'une intelligence qui saisissait toute chose vite et facilement, mais en même temps léger, inconstant et joignant, à une excessive timidité, un extrême empressement de se mêler à toutes les affaires. Précipité dans ses desseins et irrésolu après en avoir entrepris l'exécution, sa conduite était souvent en contradiction avec les principesqu'il proclamait. Le prince évêque était
1. Le prince Ignace Massalski était né le 18 juillet 17â9, il fut sacré évoque de Wilna le 27 juin 1762. Son frère aîné, père de la princesse Hélène, avait épousé une Radziwill.
jouear^ il .avait en trois ans perdu plus de cent mille ducats et se trouvait dans de continuels embarras d'argent, quoique les Massalski possédassent une fortune territoriale immense.
Sa famille était une des premières de la Lithuanie, où deux maisons rivales se disputaient Tautorité, les Radziwill et les Massalski; ces derniers soutenaient la faction des Gzartoryski et les aidaient de tout leur pouvoir à placer leur neveu Stanislas-Auguste sur le trône de Pologne, d'accord avec la Russie.
Les Radziwill, au contraire, ennemis jurés des Czartorvski, défendaient les anciennes formes de la République polonaise, et se montraient des plus hostiles à Tinfluence russe et à la nomination de Stanislas-Auguste.
Les grands feudataires polonais régnaient dans leurs provinces respectives en véritables souverains*. Ils avaient des chambellans, des grands veneurs, des écuyers semblables aux officiers de la couronne. Ils disposaient d'une garde du corps composée de dragons, de cosaques et de fantas-
1 . Il faut, pour se former une idée exacte de Texisteiice des feudataires polonais, en lire la description dans le Siècle de Frédéric le Grand par Onken; les Révolutions de Pologne par Rulhières; Rerm^nn, Geschichte des rws» Staats, t. Vl, p. 110.
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sins, et souvent d'une milice nombreuse dont les officiers avaient le même rang que ceux de l'armée royale'.
On comprend que le roi devait compter avec cette noblesse plus puissante que lui-même, quoique divisée entre elle en factions redoutables. Elle jouissait de tous les privilèges de la féodalité, n'était disposée à en céder aucun, et se souciait peu de l'autorité de la couronne; mais chacun d'eux voulait posséder cette autorité tout entière dans son palatinat ou woivodie : aussi les Diétines ' qui précédaient l'élection d'un roi ou d'une Diète étaient toujours meurtrières.
Au moment décisif de la réunion des Diétines pour l'élection de Stanislas-Âuguste, les Massalski répandirent à propos des sommes considérables,
1. L*évôque de Wilna payait, de ses propres deniers, tous les frais de la légion Massalski, composée de 16 000 hommes. Le comte Potocki, palatin de Kiowle, fut contraint, précisément à celte époque, de licencier les 25 000 hommes que sa famille tenait sur pied depuis longtemps. Le prince Radziwill, oncle de la petite princesse Hélène, avait dix millions de revenu et entretenait 208000 hommes de troupes régulières dans ses villes et châteaux.
2. On choisissait, dans les « Diétines »,les députés à la Diète générale et on décidait également quels seraient les juges chargés de tenir les tribunaux au nom de la nation, pendant rinterrègne qui existait forcément entre l'expiration d'un règne et FélecUon du monarque suivant. Ces cours de justice,
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envoyèrent leurs troupes environner les Diétines dont ils se croyaient moins assurés, et, grâce à ces procédés électoraux très efficaces, aucun des gentilshommes proposés par les Radziwill ne fut élu. En apprenant ce résultat, le prince Radziwill quitta précipitamment son château, ou plutôt sa forteresse, et accourut à Wilna, escorté des deux cents gentilshommes qui formaient son cortège ordinaire et étaient la terreur du pays. Il força le palais de révèque, en chassa les juges nommés par les Diétines, et, adressant au prélat une violente apostrophe, il énuméra rapidement le nombre des anciens évèques tués par des princes, pour s^ètre mêlés des affaires publiques, et termina ainsi : c Quand vous serez pris une seconde fois de la même tentation, rappelez-vous que j'ai cent mille ducats en réserve pour aller à Rome demander mon absolution^ »
L'évèque, au premier moment, fut consterné par les insolentes menaces de Radziwill et le laissa sortir sans résistance ; mais, reprenant tout à coup
qu'on nommait les tribunaux de deuil, ayaient, pendant toute la durée de rinteirègne, une grande influence. On comprend l*importance que les grandes familles attachaient à dominer dans les Diétines.
1. Voir les Révolutions de Pologne de Rulhières, pour plus amples détails.
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ses esprits, il fit sonner le tocsin^ arma le peuple, rappela les juges, barricada l'évèché et la cathédrale et chassa Radziwill de Wilna.
Cet incident peint bien la violence des mœurs polonaises d'alors.
Âpres avoir si chaudement appuyé l'élection de Stanislas-Âugusle, on pouvait s'attendre à voir le prince évèque soutenir fermement Tautorité du roi : il n'en fut rien.
Le traité de paix signé à Varsovie en 1768, entre la Russie et la Pologne, avait excité un grand mécontentement parmi les chefs du clergé catholique; il accordait aux dissidents grecs, luthériens et calvinistes, les privilèges dont l'Église catholique romaine jouissait seule jusqu'alors ^ La plupart des évêques refusèrent de se soumettre à ces conditions nouvelles. La part que les dissidents allaient pouvoir prendre aux affaires, les fonctions auxquelles il leur était désormais per-
1. La Confédération de Bar avait été proclamée une première fois en 1768. Ses principaux chefs étaient Putawski, Krasenski, réTdque de Wilna et ion père, grand général de Lithuanie; elle fût le signal des guerres intestines de la Pologne. Louis XV et la Turquie prêtaient alors secrètement leur appui aux patriotes polonais, mais la chute du duc de Ghoiseul et la défaite des Turcs amenèrent celle des confédérés. La Confédération se réorganisa en 1771 .
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mis de prétendre, exaspérèrent aussi la noblesse. On vil alors s'organiser de toute part des confédérations armées qui entrèrent en lutte avec le parti de la cour et les Russes, dont les troupes, sous prétexte de soutenir l'autorité du roi, occupaient en Pologne des postes nombreux, et exerçaient des violences inouïes.
L'évèque Massalski fut un des principaux promoteurs de la Confédération de Bar, la plus célèbre de toutes. Son père, grand général de Lithuanie, venait de mourir, et le comte Oginski lui avait succédé dans cette charge importante. Il ne fut pas difficile à l'évêque de Tatlirer dans la nou* velle Confédération ^
Le SO septembre, Dginski avait déjà attaqué et battu les Russes, fait prisonnier la moitié d'un régiment, et massacré l'autre ; mais, peu de temps après, la fortune lui fut contraire. Vaincu par le nombre, et dit-on par la trahison, il parvint à grand'peine à s'enfuir jusqu'à Kœnigsberg, à travers mille dangers.
1. Oginski, possesseur de biens immenses en Ulhuanie, avait épousé la fille du prince Michel Czartoryski; il était devenu, par cette alliance^ cousin germain du roi Stanislas- Auguste; mais dès leur enfance, ils furentrivaux et jaloux l'un de l'autre (Voy. Rulhières, Révolutions de Pologne),
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Sa défaite fut le signal de la dispersion des confédérés. Le prince évêque avait quitté Varsovie dès le mois de juin pour se rendre à Wilna et aider Oginski de tout son pouvoir; mais, apprenant la victoire des Russes et leur marche sur Wilna, il partit secrètement et en toute hâte pour la France, emmenant avec lui son neveu, le prince Xavier, et sa nièce, la petite princesse Hélène, dont la tutelle lui était confiée.
Les deux enfants, avec une complète insoucivince, se laissèrent entraîner par leur oncle, enchantés de quitter un pays où ils ne voyaient que des soldats à mine farouche c dont Taspect leur faisait peur >•
A peine eurent-ils franchi la frontière polonaise, que le prince pouvait lire dans les gazettes de Hollande : c Le major SoItikofT, à la tète des troupes russes, occupe Wilna et a fait mettre sous séquestre tous les biens appartenant au siège épiscopal. Tous les mobiliers faisant partie de ces biens ont été immédiatement enlevés et transportés à la résidence. Quant aux biens personnels et patrimoniaux du prince évêque, ils doivent être saisis en justice par le castellan ' de Novo-
1. Les caslellans polonais avaient, à Tori^ne, notamment en Lithuanie, la surveillance des cbMeaux, tant sous le rapport mi-
gorod et placés sous son administration <. > Le premier soin de révêque, en arrivant à PariSy fut de rendre visite à madame Geoffrin, qu'il avait vue pendant son séjour récent en Pologne. Il connaissait son influence sur le roi et espérait obtenir par elle la fin de son exil et la levée du séquestre de ses biens. Madame Geoffrin, malgré sa circonspection ordinaire et sa crainte de se mêler des affaires d' autrui, prit révêque sous sa protection et écrivit au roi ' :
liUire que sous le rapport judiciaire ; mais, par la suite, ils ne consenrèrent que leurs fonctions judiciaires; ils faisaient partie du Sénat. On les dirisait en castellans supérieurs et inférieurs, il y en avait 33 supérieurs et 49 inférieurs, ils prenaient rang après les woïvodes ou palatins.
1. Le prince Radziwiil, l'ancien ennemi de Tévéque, fut exilé en même temps que lui, et ses biens furent confisqués au profit des Russes; mais ses ancêtres, semblant prévoir les malheurs qui attendaient leurs descendants, avaient fait faire les statues des douze apdtres en or, chacune d*un pied et demi de haut. Elles étaient placées dans leur église à Diewick. Lorsque le prince Charles vit commencer la guerre, il fit emporter les douze apôtres à Munich et il put vivre pendant quelques années du produit de la fonte de ces précieuses statues et donner la plus généreuse hospitalité à un grand nombre de ses ^compatriotes exilés comme lui.
2. Corre$pondanee du roi Sianislai-Auguste Poniatowik avec madame Geoffrin, publiée par 11. Charles de llouy.
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• 17 novembre 1771.
» L'évêque de Wilna est à Paris, où il compte passer du temps. Il m*a amené deux enfantSy une nièce et un neveu, dont il m'a demandé en grâce de vouloir bien me charj^er. J'ai mis la fille au souvent et le garçon au collège... »
On voit que, dans cette première mention faite de révèque, madame GeofTrin, fidèle à son caractère prudent, ne se compromet pas ; elle se contente d'indiquer qu'elle a vu Tévêque, puis elle attend de savoir comment le roi prendra cette visite. Il parait qu'il n'en fut pas mécontent, car elle lui écrit plus hardiment :
a Ce 13 janvier 1772.
> Je supplie Votre Majesté de vouloir bien écrire un petit mot de douceur au pauvre évèque de Wilna; c'est un enfant, mais un bon enfant qui vous aime. Je vous assure qu'il ne fait pas un pas de condamnable depuis qu'il est à Paris. 11 est le seul Polonais que je voie, il me craint comme le feu : réellement je lui ai défendu de parler des affaires de Pologne avec un seul de ses compatriotes, et je suis sûre de son obéissance. Il a deux
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domestiques, que je lui ai donnés. L'abbé Baudeau et le colonel Saint-Leu sont attachés à sa personne. >
Ce n'était pas seulement pour recevoir un mot de douceur du roi que l'évêque employait l'influence de madame GeofTrin : il s'agissait avant tout d'obtenir la levée du séquestre de ses terres. Le roi le comprit bien, mais il était peu disposé en sa faveur et se défiait de sa fidélité. Cependant il répond à madame Geoffrin :
c Ma dernière lettre pour vous en contenait une pour l'évêque de Wilna, telle que vous me la demandez par votre lettre du 13 janvier. A ce que je lui ai écrit et à vous, j'ajouterai seulement ici que, par une lettre qu'il a écrite à l'abbé àSiestrzencewicz, je le vois dans la supposition que c'est moi qui ai demandé aux Russes de séquestrer ses terres. Rien n'est plus faux ; ni les siennes,, ni celles de personne ne l'ont été à ma demande ; au contraire, je me suis donné les plus grands mouvements pour les en préserver. Mais qu'on se souvienne une fois pour toutes de la fable du cheval, qui, pour dompter le cerf, dont il était jaloux sans savoir pourquoi, appela l'homme, lui prêta son dos et se laissa brider. Quand ils eurent
ensemble forcé le cerf, le cheval voulut secouer rhomme; mais celui-ci était dessus, et, à grands coups d'éperon, il réduisit le cheval à souffrir qu'il y restât. L'application est aisée. Les Polonais sentent très souvent l'éperon du cavalier russe qu'ils ont appelé contre le roi, ou contre quelqu'un de leurs égaux.
1» L'évêque de Wilna sait très bien contre qui il a voulu intriguer les Russes. 11 a été puni par où il a péché ; mais encore une fois ce n'est pas moi qui lui ai attiré le châtiment. Au contraire, je me suis employé à l'alléger, en obtenant qu'on lui laissât pourtant quelque partie de ses revenus, et rien ne prouve mieux que ce n'est pas moi qui dispose de ces châtiments russes, que le séquestre des terres de mes ministres, dont deux sont mes proches parents, et qui a duré un an.
> Du reste, vous pouvez réitérer à l'évêque l'assurance de ma part, que, du moment où il y aura jour à l'aider, je le ferai. »
Le prince évêque eut l'air satisfait de celte promesse, témoigna toute la reconnaissance possible à madame Geoffrin, s'installa à Paris, comme s'il voulait y séjourner longtemps, puis s'occupa de placer son neveu et sa nièce dans
les meilleurs élablissements d'éducation qu'il fût possible de trouver. Nous avons vu qu'il choisit l'Abbaye-aux-Bois pour la jeune princesse.
Deux couvents se disputaient alors le privilège de l'éducation des filles de qualité, Penihemont et l'Abbaye-aux-Bois. Sainl-Cyr était passé de mode, et, d'ailleurs, créée par madame de Maintenon pour élever gratuitement les filles nobles et pauvres, cette institution ne remplissait qu'un mandat très limité. Les deux couvents que nous venons de citer étaient destinés, au contraire, aux jeunes personnes appartenant aux familles les plus riches et de la plus haute noblesse K
L'existence de l'Abbaye-aux-Bois remontait fort haut: elle avait été fondée dans le diocèse de Noyon, sous le règne de Louis le Gros, par Jean de Nesle, et sa femme Anne d'Entragues; elle appartenait à l'ordre de Citeaux *.
i. Les princesses du sang, elles-mêmes, ne se dérobaient pas à Tusage; la duchesse de Bourbon, née princesse d'Orléans, fut élevée à Penthemont.