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CHAPITRE XI

LA CONSTRUCTION EN ÉLÉVATION

« Il est entendu que nous élevons nos murs extérieurs en pierre de taille et moellon piqué, » dit le grand cousin pendant qu'on arrasait le rez-de-chaussée. « Nous avons sur le sol une bonne partie des matériaux. Pour les pierres de grand échantillon, nous les ferons venir des carrières du Blanc, qui ne sont qu'à quelques kilomètres dlci. Nos angles, nos tableaux de portes et de fenêtres, nos bandeaux, corniches, lucarnes et rampants de pignons, seront faits en pierre de taille. Commençons par les angles ; voici comment vous allez donner l'appareil au père Branchu, c'est bien simple. En ce pays, on débite les pierres échantillon^ c'està-dire que les carrières les envoient d'après une mesure donnée d'avance, et le prix est d'autant moins élevé par cube que ce débit est plus uniforme et facile. Or, nos murs, dans la hauteur du rez-de-chaussée, ont o™,6o*' d'épaisseur : donc (fig. 3o), soit A un angle; vous demanderez toutes les pierres pour les élever, du même échantillon, ayant o™,85'

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de long sur o™,6o^ de large, et une hauteur moyenne de o",46% qui est la hauteur la plus ordinaire des bancs des carrières du pays. Et ces pierres d'angles seront posées ainsi

que je vous le marque ici, Tune ab c d, l'autre au-dessus a e f d'où il résultera que chaque pierre formera alternativement d'un côté et de l'autre une harpe de o™,2 5^ Le

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moellon smillé ayant une hauteur de banc de o^^iô*^ environ, nous aurons trois rangs de ce moellon dans la hauteur de chaque assise de pierre, et la construction se montera comme nous Tindique le tracé perspectif B. Entre le socle et le bandeau du premier étage, nous avons 4^,20'' ; donc neuf assises de pierre, plus les lits, feront la hauteur. Voyons comment nous allons disposer nos tableaux de fenêtres. Il faut songer à placer les persiennes, dont, à la campagne, on ne saurait se passer et qui, développées sur les façades, produisent un fâcheux effet, se détériorent trèspromptement et sont embarrassantes lorsqu'il s'agit de les fermer ou de les ouvrir, en imposant aux habitants une gymnastique dont on se passerait volontiers. Il faut des ébrasements intérieurs suffisants pour que les croisées n'affleurent pas les murs et laissent un espace entre elles et les rideaux. Nos fenêtres les plus larges ont i™,26'' entre tableaux*, nos murs, à rez-de-chaussée, ont o™,6o*' d'épaisseur; nous ne pouvons donc ranger les persiennes dans les tableaux qu'à la condition de diviser chacun de leurs vantaux en deux ou trois feuilles. Seules, les persiennes faites de lames de tôle nous permettront d'obtenir ce résultat, parce que trois lames de tôle repliées sur elles-mêmes n'ont qu'une épaisseur, y compris les vides laissés pour le jeu des charnières, de o™,o5*'. Voici donc, en plan, comment nous tracerons les jambages des fenêtres (fig. 3i) : le dehors étant en A, nous laisserons un renfort B pour masquer les feuilles de persiennes repliées dans les tableaux, de o'",IO^ Nous donnerons ' o",27*' pour le logement de ces feuilles en G. Puis viendra le dormant de la fenêtre, o"',o6'' d'épaisseur; total, o"',43% Il nous restera encore o"',i7*' d'ébrasement à l'intérieur en D.

« Voici en E comment nous appareillerons ces baies : une pierre d'appui d'un seul morceau en F, puis une assise G de o'",4o*^ à 0^,45*^ de hauteur faisant harpe dans le moel-

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Ion; une pierre en délit H , n'ayant que répaisseur du tableau ; une troisième assise I comme celle G ; enfin le linteau. Nous ne donnerons à celuici que répaisseur du tableau, c'est-à-dire o'",37*^*, il nous restera par derrière o"',23% juste la place pour bander un arc de briques K (celles-ci ayant o™,22^ et avec le joint o™,23*^). Cet arc portera nos solives, s'il y en a qui doivent s'engager sur les murs de face, et il empêchera la rupture des linteaux. D'ailleurs , nous passerons un chaînage L sous ceux-ci. Je trouve le chaînage plus efficace à ce niveau qu'à la hauteur du plancher. Un chaînage est un nerf de fer qu'on pose dans

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répaisseur des murs pour relier toute la construction et la brider. On n'en place pas toujours dans les maisons que Ton construit aux champs, et on a tort, car c'est une bien faible économie que Ton fait là ; et une construction non chaînée est sujette à se lézarder facilement. Mais quand il en sera temps, nous reparlerons de cela. Mettez ces croquis au net, faites-les-moi voir, et nous donnerons ces détails au père Branchu.

« Il est nécessaire aussi que nous sachions comment nous ferons les planchers. A Paris, aujourd'hui, on fait tous les planchers en fer à double T, et pour des portées de 5 à 6 mètres on prend du fer de o™,i2'' à 0^,14'^ de section verticale. On hourde ces fers espacés de 0^,70'^ environ et réunis de mètre en mètre par des entretoises en fer carré de o™,oi8, par des remplissages en plâtras noyés dans du plâtre *, cela est bon assurément, mais nous n'avons ici ni de ces fers que l'on se procure aisément dans les grands centres, ni ce plâtre de Paris dont on abuse peut-être un peu dans la capitale, mais qui n'en est pas moins une excellente matière lorsqu'elle est bien employée, à l'intérieur surtout. Il nous faut faire des planchers en bois. Mais je vous ai dit déjà que les bois qui n'ont pas longtemps été lavés et qui n'ont guère que deux ans de coupe, se pourrissent très-rapidement lorsqu'ils sont enfermés, principalement dans leurs portées, c'est-à-dire à leurs extrémités engagées dans les murs. Il faut, pour que nos planchers ne nous donnent pas d'inquiétudes sur leur durée, que nous laissions ces bois apparents et que nous ne les engagions pas dans les murs. Nous adopterons donc le système des lambourdes appliquées aux murs, pour recevoir les portées des solives, et, comme nous possédons des bois de brin, nous nous contenterons de les laver à la scie sur deux faces et nous les poserons sur la diagonale ainsi que je vous l'indique ici (fig. 32). Pour des portées de cinq à six mètres qui sont les plus grandes que

nous ayons, des bois carrés de o™,i8*^ seront suffisants. Si nous jugeons qu^ils ne le soient pas, nous poserons une poutre intermédiaire *, ce sera à voir. Ces solives posées sur leur diagonale ont d'ailleurs leur maximum de résistance à la flexion. Nous les espacerons d'axe en axe de o™,5o\ Leurs portées reposeront dans les entailles pratiquées dans les

qui sont les intervalles entre les solives, seront faits en briques posées de plat, hourdées en mortier et enduites. On peut décorer ces plafonds de filets peints qui les rendent légers et agréables à la vue (voir en H et fig. 32 bis). Ces solives ainsi posées ne donnent pas des angles rentrants difficiles à tenir

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propres et entre lesquels les araignées tendent leurs toiles. Un coup de tête de loup nettoie parfaitement ces entrevous.

« Quant aux lambourdes B, appliquées contre le mur, comme vous l'indique la section C, elles seront maintenues en place par des corbelets D espacés de i ™ au plus et par des pattes à scellement I pour empêcher le dévers de ces bois. Gela nous tiendra lieu de ces corniches traînées en plâtre, qui ne sont bonnes à rien et que nous ne pourrions faire exécuter convenablement ici, où les bons ouvriers plâtriers font défaut. Quand il faudra supporter des cloisons supérieures, nous poserons une solive exceptionnelle dont je vous trace la section en E composée de deux pièces a et ^, avec un fer feuillard entre deux, le tout serré par des boulons^ de distance en distance. Ces sortes de solives sont d'une parfaite rigidité.

« Les solives posant sur des lambourdes, nous n'avons pas besoin de nous préoccuper des baies, mais il nous faudra des chevêtres au droit des tuyaux de cheminée et sous les âtres, et, pour recevoir ces chevêtres, des solives d'enchevêtrure. Vous comprenez bien qu'on ne saurait sans danger poser des pièces de bois sous des foyers de cheminée. Alors, on place des deux côtés des montants de ces cheminées, à une distance de o™,3o*' des âtres, des solives plus fortes qui reçoivent à o™,8o*' ou 0^,90*" du mur, pour franchir la largeur du foyer, une pièce qu'on appelle chevêtre^ dans laquelle viennent s'assembler les solives.

Comme solives d'enchevêtrure, nous prendrons le type précédemment indiqué en E; nous renforcerons (fig. 33) cette solive à sa portée d'une doublure D portant sur un bon corbeau de pierre. Nous relierons les deux pièces E et D par un étrier en fer F, puis nous assemblerons le chevêtre par un 'tenon H dans la mortaise G. Ge chevêtre recevra, comme les lambourdes, les portées des solives en I. L'espace G K sera le dessous de l'âtrc de la cheminée si^périeure ; il aura

o™,8o'^ de largeur et sera hourdé en brique avec entretoises de fer L. Ces solives d'enchevêtrure E devront être engagées dans le mur de o", i environ pour les raidir et relier la structure, mais dans le voisinage des tu3''aux de cheminée nous n'avons pas à craindre les effets de Fhumidité sur le bois. En résumé, voici Paspect de ces solives et chevêtres au-dessous des foyers de cheminée (fîg. 34). »

Tout cela, il ne faut pas le dissimuler, paraissait quelque peu étrange à Paul, habitué à Pimmuable plafond uni et blanc, et qui ne s'était jamais douté que ces surfaces planes puissent masquer une pareille ossature.

QUELQUES OBSERVATIONS. Tt5

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