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LE TAS (p

LA VISITE AU CHANTIER

n^adhèrent pas les uns aux autres-, et encore, avant de remployer, faites jeter dessus les tas quelques seaux d'eau. Veillez aussi à ce qu'on ne corroie pas le mortier sur la terre, mais sur une aire de madriers. Vous Pavez fait ainsi, c'est bien, mais il ne faut pas procéder autrement • si vous êtes pressés, dans ce cas, une aire étant insuffisante, établissezen deux. Faites bien attention aussi, Paul, à ce que les pierres soient toutes posées à bain de mortier.

— Oh! soyez ben tranquille, m'sieu l'architecte, je n'f aisons pas autrement.

— Oui, je le sais, pour les constructions en soubassement et en pierre dure, cela va tout seul, mais en élévation vos ouvriers posent volontiers les pierres sur cales et ils les coulent en mortier clair, c'est plus vite fait. Faites-y bien attention, Paul! Toutes les pierres doivent être posées à leur place, sur cales épaisses en forme de coin, laissant un vide de six à huit centimètres; le mortier doit être étendu là-des-* sous sur toute la surface et avoir une épaisseur de o"',o2*' environ, puis on retire les quatre cales, et la pierre s'asseyant sur le mortier, il faut le damer avec une grosse masse de bois jusqu'à ce que le joint n'ait qu'un centimètre d'épaisseur partout et que l'excès de mortier ait débordé tout autour....

Voilà des lits maigres, père Branchu ; il faut les faire retailler.

— - Qu'est-ce qu'un lit maigre? dit Paul, tout bas, à son cousin.

— Cest un lit de pose, concave -, » et prenant son calepin:

« Tenez (fig. 36), vous comprenez que, si le lit d'une pierre donne la section A B, le milieu G étant plus creux que les bords, cette pierre pose sur ceux-ci seulement-, dès lors, si la charge est quelque peu forte, les cornes D E éclatent; nous disons alors que la pierre s'épauffre. Il vaut

mieux que les lits soient faits comme je vous le trace en G, et n-e portent pas sur leurs arêtes.

« Jusqu'à présent, père Branchu, vous avez élevé vos constructions avec des plans inclinés *, mais nous montons^ il va nous falloir des échafaudages.

« Puisque nous construisons en moellon piqué, ne mettant de la pierre de taille, au-dessus du soubassement, qu'aux angles et aux tableaux des croisées ou des portes, vous laisserez des trous de boulins entre ces moellons piqués. Alors vous n'aurez besoin que d'échasses et de bou-

lins. Pour le montage, le charpentier va vous faire une équipe, et vous emploierez le monte-charge que je vous ferai venir de Châteauroux où je n'en ai que faire en ce moment.

— Si ça vous fait rien, m'sieu l'architecte, j' préférons nof mécanique.

— Quoi!... votre diable de roue, dans laquelle vous mettez deux hommes, comme des écureuils ?

— Tout de même.

— Comme vous voudrez, mais je n'en ferai pas moins venir le monte-charge; vous essayerez.

LA VISITE AU CHANTIER

« De fait, dit tout bas le grand cousin à Paul, sa mécanique qui date, je crois, de la tour de Babel, monte les charges, quand elles ne sont pas trop pesantes, beaucoup plus facilement que ne le font nos engins, et comme nous n'avons pas de fortes pierres à monter, nous ne le contrarierons pas sur ce point. » Et se tournant vers le maître

mâcon :

« Il est bien entendu, père Branchu, que nous ne faisons pas de ravalements, sauf pour quelques moulures très-délicates, des chanfreins, s'il y a lieu -, vous poserez vos pierres toutes taillées, et qu'il n'y ait plus que des balèvres à enlever par-ci par-là.

— Entendu, m'sieu l'architecte, entendu, c'est à ma convenance.

— Tant mieux, j'en suis aise. » Et s'adressant à Paul : « Je ne connais rien de plus funeste que cette habitude

prise dans quelques grandes villes de ravaler les constructions. Des blocs grossiers sont posés ; puis quand tout cela est monté, on vient couper, rogner, tondre, racler, moulurer et sculpter ces masses informes en dépit de l'appareil, le plus souvent*, sans compter qu'on enlève ainsi, à la pierre douce notamment, la croûte dure et résistante aux intempéries qu'elle forme à sa surface lorsqu'elle est fraîchement taillée au sortir de la carrière ^ croûte qui ne se reforme plus lorsque les matériaux l'ont une fois produite et ont jeté ce qu'on appelle leur eau de carrière. Heureusement, dans beaucoup de nos provinces , on a conservé cette habitude excellente de tailler, une fois pour toutes, chaque pierre sur le chantier suivant la forme définitive qu'elle doit conserver, et, posée, l'outil du tailleur de pierre n'y touche plus. Indépendamment de l'avantage que je viens de vous signaler, cette méthode exige plus de soin et d'attention de la part des appareilleurs, et il n'est pas possible alors de faire passer des lits ou des joints à tort et à travers. Chaque pierre doit ainsi

posséder sa fonction et par suite la forme convenable à la place. Puis enfin, quand une construction est montée, elle est terminée *, il n'y a plus à y revenir. Il faut dire aussi que cette méthode exige de la part de Parchitecte une étude complète et terminée de chaque partie de Fœuvre à mesure qu'il fournit l'ordonnance des parties de la structure.

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