SERVANT D'INTRODUCTION
OÙ l'on voit comment on peut faire nne Uèt-bonne action en achetant nne pipe.
— Qu'est-ce que cela ?
~ Ça? c'est des laitues, mon colonel^ répondit le propriéUire du Lapin-Blanc, tout en continuant à éplucher une salade pour notre déjeûner.
— Bon! s'écria mon oncle^ ce pauvre Pommier est toujours dans la lune ; je lui demande ce quç c'est que cet attroupement, et il me répond : une salade.
— Ah ! ça ? Eh bien ! ça, voyezrvous, c'est une can^iillerie.
— n me semble plutôt que c'est un encan, dis-je à mon tour, et tenez, Toilà un crieur public, qui monte sur la table au milieu du rassemblement. . . . c'est un encan.
— Et moi, ie vous dis que c'est une canaUlerie, reprit Pommier, en
dbyGoogk
repoussant ses laitues; oui, une canaillerie, tout ce qu'il y a de plus canaillerie.
Doucement, doucement, fît mon oncle en lui frappant sur l'épaule,
vous m'avez arrosé tout le pied; il ne faut pas s'emporter comme cela, mon brave. Vous oubliez trop votre asthme, qui se fâcherait à son tour, et puis, après tout, un encan n'est pas un crime.
— Pardon pour votre botte, mon colonel, mais il y a encan et encan, voyez-vous, zy en a des bons, zy en a des mauvais ; celui-là est une canaillerie, sauf votre respect, une canaillerie, une gredineirie : et celui qui le fait faire, mériterait les gal'ères.
— Pourquoi pas la guillotine ? Peste ! comme vous y allez.
— J'y vas comme il faut, avec ce gueux d'usurier, qui prend plaisir à ruiner le pauvre monde.
— Alors, c'est une vente de justice.
— D'injustice, mon colonel, la vente des meubles d'une pauvre femme qui ne pouvait pas présentement payer son terme.
— Le mari l'avait bu d'avance?
— Gomme vous le dites, bu d'avance; mais pas en vin ni en liqueurs, rien qu'en tisanes. Pauvre homme, c'était un rude ouvrier : la maladie a été plus forte. Ce brave Marc, nous l'avons enterré il y a deux jours. Voulez-vous des pommes de terre frjtes?
— Oui, mais pas brûlées d'un côté et crues de l'autre. Alors, le propriétaire n'a pas attendu beaucoup pour faire saisir.
— Attendu! ah bien oui. Le gredin, confme nous emportions le cadavre; lui, emportait les meubles. Sans cœur, va! Ëlisa! des pommes de terre, une douzaine ; des plus fines.
— On y va, père, répondit une voix de Tintérieiir ; et, presque aussitôt, Mli« Ëiisa parut sur le seuil, avec une corbeille, qu'elle déposa sur le banc où nous étions installés.
— Tu ne m'aides pas?
— Je «oigne le rôti, père.
dbyGoogk
— Oui, oui, 8oigaez4e bien, je vous en prie, dit mon oncle, j'ai perdu deux dents, sur le dernier vieux coq que votre père m'a fait manger, a^ez pitié de celles qui restent.
— Ne l'écoutez pas, murmura gravement le gros Pommier à mon ordlle, c'était un poulet de l'année.
— De l'année 1854 : il avait dix ans, et sa crête était devenue blanche * de vieillesse, s'écria mon onde, mais je suis bon homme, et je vous par donne si vous me contez Thistoire de la saisie.
— Alors, asseyez-vous là, colonel ; ça ne sera pas long. Vous voyez cette petite maison, devant laquelle se tient le crieur.
— Et dont la porte est ouverte.
— Tout juste. Cette maison, ou, pour mieux dire, cette baraque, ap. partient à un usurier, qui la loue le plus cher qu'il peut
— Gomme vous, vos chambres. Eh ! 30 sous pour une nuit.
— Ce n'est pas la même chose. Lui, il loue de préférence à de pauvres gens, qui ont un état et des meubles. D'abord, il ne se montre pas pressé d'argent, au contraire. Vous êtes gênés pour votre premier terme, mes bons amis, ne vous effrayez pas, j'attendrai. Que diable, nous ne sommes pas des étrangleurs. Il faut bien que tout le monde vive. Prenez votre temps : vous paierez deux termes quand vous aurez des fonds.... Et allez les blagues ! Les gens le croient, et ils se laissent entortiller, un terme s'ajoute à l'autre, ils vont pour payer les deux à la fois. Ah ! mais non, c'est pas ça qu'il dit, dit-il, zy a les intérêts en plus, et les intérêts des intérêts et un tas d'affaires. Mais, mon bon monsieui:, vous nous aviez
dit Moi, je n'ai rien dit, où est l'écrit? Mais, monsieur Ahî vous
ne Toulez pas payer, vous abusez de mes bontés Et crac, l'huissier,
le papier timbré, les frais, la saisie.' Les meubles sont vendus sur place. Personne n'en veut dans le village, chacun a son lit, ici, et ça répugne d'acheter le mobilier des pauvres gens. Le monsieur enlève tout pour son compte, vous lui deyiez cinquante ou soixante francs, il TOUS fait saisir pour plus de deux cents francs de meubles et de mar-
dbyGoogk
HISTOIRE D*!TNK PIPE.
chandises, qu*îl a pour rien, qu'il revend très-cher en viUe, et le tour est fait
— C'est abominable, dit mon oncle.
— Et dire qiie c'est dix fois, peut-être, que j'ai vu cette infamie. Ah ! il est connu ce gueux d'Abraham, et sa maison aucci. Tiens, voilà une pomme de terre qu'a la maladie.
— Mais, aussi, pourquoi la prend-on, puisqu'on le sait?
— n fait si noir dans la dépense qu'Élisa l'aura prise sans la voir.
— Allons, bon ! qui vous parle de vos pommes de terre?
— Ah ! la maison, parbleu, on la prend parce qu'il n'y en a pas d'autre â louer. Nous ne sommes pas à Paris, ici.
— J'aimerais mieux me construire une cabane.
— Moi aussi, si Ton voulait me donner pour rien l'emplacemetit et les ipatériaux. Il ne faut pas beaucoup remuer de pierres, voyez-vous, pour faire passer une pièce de cent francs.
— Et elle est toujours louée par des pauvres ?
— Ce sont ceux-là qu'il préfère, le vieux ladre, les autres ne feraient pas faillite, et rapporteraient moins. Il y a cinq ans, un invalide, tout jeune (il avait perdu une jambe en Chine), arrive ici, avec uii petit chariot. Bonjour, bourgeois ; bonjour, mon brave ; qu'est-ce qui y a pour votre service? J'étais maréchal en pied, qu'il me dit, àja 4me du 2"»©, en Ghine ; j'ai attrapé un désagrément à la jambe gauche, qu'il m'a fallu quitter l'armée, et je cherche de l'ouvrage. En ville, n'y a rien à faire ; mais on m'a dit, comme ça, qu'ici il n'y avait pas de maréchal; vous qui êtes un homme conséquent, pourriez-vous pas, si c'est un effet de votre bonté, m'aider à «se débrouiller. Ça, je lui dis, de l'ouvrage, n'y en a ; mais faut bien le faire. Avez-vous la connaissance? Voici mon certificat qu'il me fît.
f— Un bon certificat? que je lui fais.
— Sur papier blanc, congé item et bien en règle. Pour ça, ça va. Et les outils?
— Au complet dans le charrelon.
— El l'argent, pour premier établisseniént?
— Cinquante francs dans le mouchoir et cent francs sur le cœur.
— Pardon, camarade, que je lui dis, en levant mon bonnet, je n'avais pas vu. Faut vous consigner qu'il avait à la boutonnière un petit bout de ruban, que ça lui donnait droit à la pension. Pour lors, tout va bien, moins le logement.
r — Pas une baraque à louer?
— Pas là moitié d'un trou.
— On m'avait dit, cependant, qu'il y avait une mabon inhabitée,
— La maison du diable, oui.'
— Du diable, oh ! je suis bien tranquille là-dedans, j'y mettrai un buis bénit â ses cornes.
— Vous y fiez pas : tous ceux qui y sont entrés, en sont sortis ruinés.
— C'est déjà fait à moitié, dit-il en riant. Où qui demeure, votre diable?
— A la ville, rue des Regrattiers, un magasin de brocanteur en gros et en détail.
— Suffit, mon ancien, merci et â revoir.
Huit jours après, mon invalide était à l'ouvrage , avec sa femme ; une jeunesse, aussi, qui lui avait promis mariage avant son départ, et qui n'avait pas voulu rompre pour cause qu'il s'était avarié. Les meubles les gênaient pas, un lit, une chaise, une marmite, une table, une cuillère, c'était tout par un pour les deux; mais les deux, ils étaient quatre pour le travail. Et c'est qu'il ferrait un cheval, aux oiseaux. Dame, mon colonel, on lui en menait de cinq et six lieues à la ronde. Y en avait des quatre et des six attachés à la porte, la femme soufflait â la forge, et lui, les bras nus, la pipe à la bouche, le marteau à la main, pin, pan, pin, pan, sur l'enclume, du matin jusqu'au soir, sans lâcher d'un cran. Le dimanche, par exemple, congé sur toute la ligne; pour 20 francs, il n'au-
dbyGoOgk
rait pas mis un clou. Ce jour-là, son grand plaisir était de venir, la croix i la boutonnière, chantera la grand' messe et à vêpres; puis, nousalUons pêcher les goujons, je connais les bons endroits ; enfin, suffît. Tout marchait bien, le vieil Abraham était vexé, surtout, lorsque le dernier jour du trimestre arrivait. Il n'avait pas besoin d'almanach, allez, Marc arrivait. Je ne vous ai peut-être pas dit que l'invalide s'appelait Marc, c'est un nom
— Si, dix fois, au moins, interrompit mon oncle, que l'histoire intéressait.
— Pour lors, Marc arrivait avec ses vingt-cinq francs. Fallait pas vous presser, mon bon ami. Si vous vouliez? Non, non, les bons comptes font les bons amis, répondait le maréchal, voulez-vous me donner un bout de reçu? Le vieux prenait les vingt-cinq francs, et lâchait la quittance, en rechignant. La chose dura quatre ans, l'avare aurait étranglé son locataire trop exact. Plus les trimestres couraient, plus le bien-être augmentait dans la maison. Les armoires s'étaient remplies, les meubles renouvelés : au lieu d'une chaise, il y en avait six. Auprès du lit, étaient venus s'ajouter deux berceaux, dans lesquels dormaient, la nuit, deux amours d'enfants, une fille, qui ressemblait à son père, un petit garçon^ tout le portrait de sa mère. On dit que d'ordinaire c'est ainsi pour les ressemblances, qu'en pensez-vous, mon colonel?
, — Continuez, dit mon oncle.
— Que se passa-t-il il y a dix-sept mois? le diable pourrait seul le dire. Mais il est à croire qu'Abraham renouvela son pacte avec lui. Jeanny, la voisine, qui revenait un vendredi, à minait, du village de Boulazac, vit en passant, dans les bois du Lieu-Dieu, une flamme bleue, qui dansait, sautait, tournait; et puis, elle entendit une voix de vieux, comme celle du juif, qui...
— QucUe bêtise ! fit mon oncle, en haussant les épaules.
— Bêtise, peut-être, continua M. Pommier, un peu piqué, ce qu'il y a de sûr c'est que, le lendemain même, un cheval noir qu'un inconnu avait
dbyGoogk
imené, soî-disant pour le faii'e ferrer, envoya, dans le côté du pauvre Mare, une telle ruade qu'il le renversa sans connaissance. On le releva denû-mort : le curé, le médecki, tout le monde courut, la fenune pleurait, les enfants criaient, le village était en l'air, quoi ! Chacun fit ce qu'il put. Marc revint à lui. Mieux aurait valu qu'il fût mort sur le coup, il tndna on an, sans pouvoir travailler. Jeanne, sa femme, prit mal de fatigue. Oh! alors, la misère qui était venue à petit pas, arriva au galop. Un terme passa ; puis un second, le troisiéine était échu quand l'usurier réclama. Pas moyen de le satisfaire. Au quatrième, Jeanne, qui tremblait la fièvre, partit pour la ville, implorer la pitié de son propriétaire. Il la renvoya durement. A présent qu'il les tenait, il n'avait plus intérêt à les ménager. L'huissier arriva : tout fut saisi, mon colonel; tout, jusqu'aux deux berceaux, jusqu'à la table sur laquelle brûlait un cierge bénit pendint qtt« Marc mourait. Pauvre homme, l'émotion l'acheva, et, le surlendemain, on aurait pu prendre aussi la paillasse, de dessus laquelle nous venions d'enlever son cadavre. Sans cœur, va ! Voilàl'histoire, mon colonel. Élisa, mets la poêle sur le feu; dans deux minutes, vous pourrez déjeûner.
— Combien doit la veuve? demanda mon oncle.
— Cent vingt à cent quarante francs à peu près. . — Et que vaut le mobilier?
— De quatre à cinq cents francs, au moins, si on le vendait en ville. Ici, la vente ne couvrira pas les frais.
Mon oncle se leva, entra à la cuisine, alluma un cisrare, et se mit à se promener à grands pas.
La trompette du crieur résonna pour la troisième fois.
— Messieurs, vous êtes servis, nous dit M^^ Élisa, pendant qqe son père posait, triomphalement, sur un plat, le poulet, cuit à point.
— Veux-lu venir à l'encan? me demanda mon oncle. Moi j'y vais.
— Mais, colonel, le poulet?
— Qu'il attende ! Et, sans plus s'occuper du déjeûner, il passa son bras sous le mien, et nous sortîmes.
dbyOoogk
8 lïlSTOlRE D'UNE PIPE.
Les meable» étaient entassés dans la grande pièce qui avait servi de forge ; les outils, amoncelés en désordre. Sur une table, étaient posés, pêle-mêle, des verres, des couteaux, d0| assiettes, un petit jouet d'enfant, un dé d'aï'gent, une pipe, et, même, une croix d'honneur. Rien n'avait été oublié.
Quand nous entrâmes, la salle était presque vide, on eût dit que les habitants craignaient de franchir le seuil de la maison maudite. Dans un angle de la pièce, une femme pleurait, un enfant au bras, l'autre à terre, et la tirant par sa jupe. Nous allâmes nous asseoir sur un banc, près de la petite table, au grand étonnement des paysans qui nous regardaient de dehors. Nous croyions qu'il n'y avait que la femme et l'huissier dans la chambre ; une petite toux sèche nons fit retourner, et nous vîmes, à l'autre bout, assis sur une chaise, un homme mal mis, à figure en lame de couteau, et qui nous examinait avec un déplaisir marqué. A demi-caché dans l'ombre, il ressemblait à ces oiseaux de nuit qui fuient la lumière. Mon oncle se pencha vers moi : C'est l'Abraham, me dit-il, et, élevant la voix, de manière à être entendu : Voilà une pipe assez originale, continua-t-il, j'ai cassé la mienne, je vais l'acheter.
Je ne vis pas le sourire du juif, mais j'entendis frotter deux mains parcheminées. Évidemment le fils d'Isaac se disait: « Je vais lui faire payer sa fantaisie, ce sera autant de^ gagné pour moi : et je le dégoûterai de me faire concurrence. » En effet, l'instant d'après, il se leva, et s'approchant du commissaire-priseur : Commencez la vente par les petits objets, lui dit-il, en posant la table sur l'estrade.
La pipe tomba, la première, sous la main du commissaire : il la prit, la tourna et la retourna, puis d'une voix qui ressemblait au grincement d'un archet sur un mauvais violon :
— Une pipe en terre, cria-tr-il, représentant un singe, je crois, un peu détériorée, mais bien culottée : 10 centimes, 2 sous, 10 centimes la pipe.
— 50, dit mon oncle.
dbyGoogk
mmmmmmm'mm
— 1 fr., répondit le juif.
— 1 fr., 1 fr. — 2 fr. pour monsieur. — 3 fr. — 5 fr. — 6 fr. pour M. Abraham : 6 fî*., personne ne dit mot, 6 fr., à 6 fr....
— 25 fr., cria mon oncle.
Abraham fit un bond de joie si comique en entendant cette enchère, que tout le'monde se mit à rire. Ce doit être un fou, pensaitril en levant le doig:t.
— 26 fr. la pipe.
— 50, fit mon onde.
■— A 50 fr. la pipe ; personne ne dit rien, personne ne dit mot : à 50 fr. la pipe : adjugée.
— Une pipe de quatre sous, gromm^a le propriétaire de la maison.
— Je n'aime pas les objets bon marché, répondit froidement mon oncle.
— C'est bon à savoir, l'ami, murmura Abraham.
Le crieur venait de mettre aux enchères, à 1 fr., le dé d'argent.
— 5, dit mon oncle.
— 6, cria le juif.
Les enchères montaient comme une fusée»
— 45, glapit Abraham...
n se fit nn arr^t subit.
— 45, répéta le crieur.
Nous nous retournâmes : Abraham était vert, et se serrait le ventre, comme s'il eût eu le choléra. , ~
-*-4A 45 fr. le dé d'argent : à 45 fr.; personne ne dit mot: ad...
— Attendez donc, attendez donc, je crois que ce jeune homme a dit i6, s'écria Abraham en me jetant un regard suppliant. Tenez, tenez, le pxmsieur vient de faire un signe.
— Moi, dit mon oncle, du tout. Je serais bijn fâché de vous priver de
l'occasion de faire une bonne charité : allons donc, vous me croyez bien
mauvais cœur.
10 HISTOIRE D*DNB FIPB.
— Mais, c'est une trahison, c'est une infamie, me faire payer, â moi, ^ un dé <iui ne vaut pas 30 sous, 45 fir.
— Allons, c'est dit à présent, finissez, crièrent plusieurs Toix.
— 45 fr.': à 45 fr.; personne ne dit mot... adjugé à M. Abraham.
La foule battit des mains, et poussa un formidable rire en disant : le brave monsieur!
Les soupirs du juif auraient £adt tourner un moulin â vent.
— A 50 centimes une croix 4'honneur avec son ruban, pouvant encore servir, reprit le commissaire-priseur, en élevant la croix que Marc avait payée de sop sang.
— 3 fr., dit le juif d'une voix éteinte.
La pauvre Jeanne tressaillit à cette enchère, et se cacha le visage dans ses deux mains.
— Pour un chrétien et un soldat, une croix ne se paie pas au poids, fit mon oncle en se levant : 100 fr. pour la croix.
Ce fut une tempête de bravos dans le rassemblement.
— Qu'est-ce que c'est donc? demanda ^un gros homme, en perçant la foule.
— C'est le monsieur qui vient de donner 100 fr. pour la croix de Marc, répondit'-on de toutes parts.
— Vive le colonel ! vociféra Pommier, en agitant son bonnet.
— Vive le colonel ! répétèrent les paysans, en battant des mains.
— n n'y a pas d'enchérisseur ? demanda le crieur.
Tout le monde se mit à rire, sauf Jeanne, qui pleurait de reconnaissance, et Abraham , qui sanglotait dans son mouchoir à carreaux. ^— Adjugé, alors, fit le commissaire, en prenant un couvert.
— Pardon, monsieur, dit alors mon oncle ; mais la saisie a été faite pour couvrir une dette de 150 fr.; grâce aux 45 fr. que monsieur a, si généreusement, donnés pour le dé, la somme est plus que réalisée.
— C'est juste : que faut-il faire ?
— Arrêter la vente, à moins que madame ne veuille que vous continuiez.
dbyGoogk
11 ressemblait à un oiseau de nuit, qui luit la lumière. {Page 8.)
dbyGoOgk
dbyGoogk
— Je l'arrête, murmura Jeanne; que Dieu vous bénisse et vous récompense.
Le juif s'était trouvé mal, le pauvre homme ! Il avait espéré se rattraper sur les meubles et ensuite acheter pour rien à la veuve les. outils qu'il n'avait pas pu faire saisir.
— Si on le Jetait à l'eau, ça le ferait revenir, qu'en pensez-vous, mon colonel?
— Je pense, monsieur Pommier, qu'il ne faut jamais rendre le mal pour le bien : cet homme a donné deux trimestres à la veuve, rien que pour son dé; c'est très-joli de sa part.
— Et vous cent francs pour la croix.
— Une croix se gagne, mais ne s'acAète pas, répondit mon oncle, et, s'avançant vers Jeanne, baignée de larmes : Tenez, brave femme, lui ditil, en lui tendant la décoration, ce sera l'héritage de votre petit garçon : apprenez-lui à la désirer, et parlez-lui de son père, pour qu'il apprenne à la gagner. A présent, allons déjeûner.
— Tout sera froid, colonel.
Bah ! un poulet avec de la salade est aussi bon froid que chaud. A
propos, y a-t-il un bureau de tabac, dans votre village?
— Non, mon colonel.
— Eh 6ien, vous me donnerez les noms et prénoms de cette pauvre femme, et les états de service de son mari.
Le poulet n'était pas trop dur, mais les pommes de terre étaient horriblement brûlées.
Nous trouvâmes tout excellent.
dbyGoogk