I. Annnlts IttUut
Ii39
cûtés lui arrivaient des nouvelles désastreuses, et les événements se prononçaient contre lui avec une fatalilé dont le ciel tout seul possédait le secret.
On homme pouvait rendre au Pape et au saint-siège de grands services : c'était Pétrarque. Son nom exerçait en Italie une heureuse influence ; il avait à la cour de Barnabo beaucoup de crédit. Il était venu a Bologne demander la paix au cardinal Anglic au nom des seigneurs de Milan quand l'Empereur descendit en Italie. Pour servir ces princes, il avait bravé les fatigues d'un long voyage et les dangers de la route. Urbain V l'avait engagé à venir le voir et à recevoir les grâces qu'il voulait lui accorder. Le Pape était venu à Rome et s'était rapproché du poète. Pétrarque lui écrivit !e 25 juillet 1368 pour lui témoigner sa reconnaissance. Quand l'ami de Pétrarque, Philippe de Cabassole, vint en Italie, Urbain V lui ordonna d'écrire au poète, son ami, pour le presser de faire le voyage de Rome. 11 joignit lui-même un billet à la lettre du cardinal. Il engageait Pétrarque à venir et lui faisait de dons reproches d'avoir tardé si longtemps1. Cette invitation était un ordre. Le croirait-on 7 Pétrarque ne se rendit pas alix désirs du Pape. Il lui écrivit de Padoue, le 22 décembre 1369, pouf s'excuser. Il le prie de ne pas attribuer à l'indifférence le retard qu'il a mis à prendre le chemin de Rome, il s'excuse sur ses infirmités qui ne lui permettent pas d'entreprendre un voyage si lointain. <i Je ne puis, disait-il au Pontife, monter à cheval, et les jambes refusent de me servir. Il m'est impossible même d'aller à l'église qui touche ma maison sans être soutenu par mes serviteurs ou par des ecclésiastiques, Les médecins espèrent que le printemps me fera du bien. Je n'attache du pris qu'au repos, et c'est de vous que je l'obtiendrai plus facilement que de tout autre... Sans doute, quand je serai devant vous, quand vous
MO MisTomr d'huiuin v.
verrez un pctil vieillard 7 ri ■ ri : in lil- ■ do loin, aple seulement au trruiiil... ipi» j'ainnis entrepris ili' moi-même... utus ne me reliendrez pus auprès de vous. »
C'était dire avec esprit au pape qu'il ne voulait pas aller à Home. S'il ne le rlisait pas, du moins il le laissait deviner. Ainsi l'homme qui avaii tant ri des vieux cardinaux français parce qu'ils redoutaient les dangers de la mer el l'esprit de révolte d'un peuple qui s'était lant de fois soulevé contre les Tapes, montrait les mêmes creinies cl redoutait encore le voyage de Home. Car, enfin, ils se rendirent au désir du Tape, quoique a regrel , lundis qu'il lui désobéit dans un temps où il pouvait lui être d'uni! si grande utilité.
Mais plus le poêle faisait des difficultés pour venir a. Rome, plus le Cape tenait a le voir. 11 voulait l'interroger
sur l'étal des esprits en ll;die, sur livs diminutions des Vis-
conti, que le poeie cnnnniss.'iit mieux que personne, l'era-
Pétrarque dut se pi'vprirer ;ui voyage, ou, du moins, il feignit de s'y préparer. Il lit son testament et se mit en roule au milieu du mois d'avril 137U. De l'adoue il vint à terrare, où il fut saisi d'un étonrdissemeul. Il dit, dans la lettre qu'il écrivit à Urbain V pour lui raconter cet acci-
menl, qu'on le crut mort et qu'il revint à la vie lorsqu'on s'y attendait le moins. Il eût voulu, comme il l'affirme, remonter a cheval et venir à Home; mais tous les médecins s'y opposèrent d'une voix unanime, et il Tut contraint de rentrer à l'adoue. Il l'n au Pape le récit de cet accident le 8 mai 137(1.
qu'ils n'étaient pas les seuls à redouter les périls d'un voyage à une époque de trouble cl d'agitation. Ils s'égayèrent aux dépens du poète, qui l'avait prévu et méritait
qu'on le traitât si mal, s'étant lui-même, dans ses lettres et ses autres écrits, montré si sévère pour ces vieillards. Quoi qu'il en soit des sentiments intimes de Pétrarque, on regrette qu'il n'ait pu venir rejoindre Urbain V à Rome; le devoir l'appelait auprès du Pontife. Dans la crise que traversait le Pontife, il était beau de braver la mort pour le service de l'Église. I.e ciel bénit de pareils dévouements. 11 ne permet pas que ceux qui s'exposent ainsi pour i'Eylisi' jHTissi'iit misérablement, et si la mort avait ravi Pétrarque pendant son voyage, il se fut acquis dans les annales de l'Église un nom plus illustre que dans les lettres, il eût fait oublier ces violenies satires qu'il avait écrites dans sa jeunesse contre les Papes et la cour romaine. Au reste, il avait peu d'années à vivre encore. Quatre ans après le départ d'Urbain V, on le trouva mort au milieu des livres qu'il avait dans sa chère solitude d'Arqua. 11 avait la tète dans ses mains [sur un livre entr'ouvert ; on croyait qu'il dormait, et il élait mort.
Le Pape aurait pu compter en des temps plus heureux sur deux nations puissantes; mais la Kranceet l'Angleterre armaient pour se faire la guerre. Les affaires de Caslille avaient troublé la lionne harmonie qui existait depuis quelques années entre les deux nations.
Pierre le Cruel , chassé du trùne par Henri de Translamarc, se jeta dans les bras des Anglais. 11 débarqua à Bayonne, prit la roule de Bordeaux, et alla implorer le secours du prince de Galles. Le prince alla au-devant de Pierre le Cruel, qui tacha de le gagner à sa cause par l'appât des trésors qu'il avait cachés, disait-il, en Casiille au moment de son départ. C'était assez pour le prince de Galles que les Français eussent chassé du trône Pierre le Cruel. Il était prêt à le défendre ; mais l'appât de l'or enflamma encore plus son zèle. Avant de .s'engager dans une guerre longue Cl périlleuse, il voulut avoir l'assentiment de son père Édoiwrd III et celui des seigneurs et des coin-
mimes d'Aquitaine. Les États généraux s'assemblèrent à Itordeaux et votèrent des subsides. De son côté, le roi d'Angleterre approuva le projet de son fils. Le prinre de Galles promit à Pierre le Cruel de le ramener en Castille à la condition qu'il loi livrerait tous ses trésors et lui céderait la souveraineté do la Biscaye. 11 enrôla des Gascons, des Anglais, des routiers, des Français mémo. Henri de Transtamare se préparait à défendre son trône. Il envoya Du Guesclin en France pour lever des troupes.
Le roi de Navarre était maître du passage des Pyrénées. Le prince de Galles le pria de le lui livrer. Une demande semblable lui fut faite par Henri de Transtamare. Il ne savait plus comment se décider, les redoutant tous deux. A la lin il prit une résolution, et, avec cette perfidie dont il availdéjà donné tant de preuves, il promit aux deux princes, par un traité particulier, de leur livrer le passage, disposé à se déclarer pour le parti qui lui semblerait le plus fort '.
Le prince de dalles quitta Bordeaux à la tète d'une armée de vingt-sept mille hommes, formant trois divisions. La première était commandée par le duc de Lancastre, Jean Chandos et les deux maréchaux d'Aquitaine; le prince de Galles et Pierre le Cruel était a la téte de la seconde ; enfin Jacques, époux de la reine Jeanne, commandait la troisième. Il espérait ainsi recouvrer son royaume de Majorque. Le prince de Galles, arrivé aux Pyrénées, n'osait s'engager dans les gorges étroites do la Navarre. Charles le Mauvais le rassura, et lé prince marcha en avant; mais bientôt le roi de Navarre, craignant de s'être compromis et ne voulant pas en faire davantage, pria secrètement Du Guesclin, qui venait d'entrer en Espagne par l'Aragon, de venir l'arrêter prisonnier pour le relâcher ensuite. Du Guescliii accourut promptement, s'empara delà personne de Charles le Mauvais, et refusa plus tard de lui rendre sa