‹ Histoire d'Urbain V et de son siécleChapitre 156 sur 162 · Ibid., fol. i:i · texte numérisé non relu

Ibid., fol. i:i

Au commencement du mois de juin, les ambassadeurs du roi de Hongrie arrivèrent a Monleliascone. Ils venaient sans doute prier le Pape d'excuser leur roi s'il mettait si peu d'empressé meut à venir le défendre. Urbain V les reçut avec boute. 11 ordonna aux chanoines de M ai nl-Pierre de leur montrer le voile de la Véronique ». Urbain V leur regiit une lettre pour le roi leur maître. En même temps il envoya l'artln.'vèqin- un Hongrie pour efii;;t !,".']■ lu rui à secourir l'Église. H lui donna des pleins pouvoirs pour conclure un traite d'alliance avec l'Église. L'évèquc portait encore une lettre pour la jeune reine de Hongrie Elisabeth, une autre pour les grands du royaume, une autre encore pour l'Empereur. Urbain V pria ces grands personnages d'user de leur influence sur le roi pour l'engager à venir au plus tôt en Italie*.

Enfin, Urbain V quitta Montefiascoue, vint à Viterbe, passa par ïoscanella et prit la mer à Coroéto le 7 septembre. Le roi de France, la reine Jeanne, le roi d'Aragon et les villes de Provence lui fournirent trente-quatre galères. Urbain V ne voulut pas se servir des galères italiennes, comme il l'avait fait il y avait trois ans. Il se défiait des Italiens, il craignait qu'ils ne missent obstacle à ses desseins. Sa défiance alla si loin qu'il n'entra dans aucun port d'Italie, de peur d'une surprise. Cette prévoyance révèle les justes craintes du Pontife, l'idée qu'il sViau fait" de l'Ii.ilic f\ l<; vrai motif de son départ. Affaibli par la maladie, il fallait bien que ses craintes fussent fondées pour se priver du soulagement que la terre pouvait lui procurer. Lu 12 septembre, la flotte pontificale vint mouiller dans le portde Gênes. Les galères étaient armées en guerre '. Urbain V passa la nuit sur sa galère, le lende-

i. Règeile, t. VIII, fol. IUj. •i. Ibid., toi. I2S.

i. Annales de Gênes, Muratorl, t. XVII.

m HIBTOIHB n'UIBAIB V.

main il continua son voyage. Le 16, il fil son entrée a Marseille, et le 2i à Avignon. Le peuple de ces deux villes, qui avait perdu l'espoir do le revoir, le reçut avec de grands transports de joie. On voulut lui faire oublier, par les témoignages d'une vive affection, l'ingratitude des !to-

Urbain V ne jouit pas longtemps de son triomphe. 1! V; disposait à aller joindre les rois de France et d'Angleterre quand la maladie qui le minait s'aggrava tout à coup. II sentit que la mort s'approchait et ne songea plus qu'à s'y préparer. Deux fois par jour on célébrait devant lui le sacrifice de la messe '. Les douleurs aiguës qu'il ressentait ne l'empochaient pas de réciter l'office divin. Quand ses lèvres furent impuissantes à prononcer les prières liturgiques, il suivait en esprit les clercs qui, par son ordre, les récitaient autour de son lit.

Tant que ses forces le lui permirent, il s'occupa des grands intérêts de l'Église, il ne cessa de donner des ordres, d'accueillir 1rs can!m;ut\ et les ambassadeurs avec sa bonté ordinaire. On rapporte que les députés d'une ville d'Italie ayant été admis auprès de lui, le plus ancien lui fit un long discours qui le fatigua. Dans la disposition d'esprit où le mil une pareille harangue, il allait refuser la grâce qu'on lui demandait. Le collègue de l'orateur prévint le Pape et lui dit : « Très-saint Père, si vous nous « refusez, nous avons l'ordre de vous répéter le discours

tout ce qu'on lui demandait.

Cependant le ma! faisait chaque jour des progrès. Pour montrer que la papauté est mnuunelle, bien que les Papes meurent, Urbain V ne voulut pas rendre le dernier soupir dans le palais apostolique. Il se fit porter dans la maison du cardinal Anglic. Revêtu de l'habit de Saint-Benoit, il

était couché sur un pauvre lit, et tenait aux mains une croix qu'il baisait respectueusement. Par son ordre, les portes du palais furent ouvertes, afin que le peuple put circuler autour <ie son lit et « voir comment les Papes « savent mourir. n C'étaient ses paroles. Il déclara devant sou confesseur, son camérier et tous ses serviteurs qu'il avait convoques auprès de lui, qu'il tenait, croyait, confessait tout ce que la sainte Église cruii, enseigne et préclie, qu'il rétractait tout ce qu'il avait pu dire ou enseigner, quand il professait le droit, de contraire à la foi catholique.

Avec cet esprit d'humilité qu'il avait montré au milieu des pompes du pontificat, il demanda qu'on l'ensevelit à la manière des pauvres, au sein de la terre, devant l'autel de Notre-Danie-des-Doms, et que son corps y restât jusqu'au moment où on pourrait le transporter dans l'église de Saint-Victor de Marseille qui devait être le lieu de sa sépulture définitive. Il exprima le vœu qu'on le déposât devant le grand autel, au-dessous des dalles, et qu'une simple pierre, épaisse de trois ou quatre doigts , indiquât l'endroit où ses restes reposeraient1.

Quand la mort fut proche , il se confessa de nouveau, pria son confesseur de célébrer une dernière fois l'auguste sacrifice et reçut de ses mains les sacrements des

Enfin, il rendit doucement son arae à Dieu, à la manière des saints, le 19 décembre 1370, vers la neuvième heure, c'est-à-dire à trois heures après midi, les heures se comptant à Avignon, comme autrefois à Home, de six heures du matin à six heures du soir.

Les Pénitenciers entrèrent dans la salle où Urbain V venait de rendre le dernier soupir, refilèrent l'ollice des morts et les sept psaumes de la pénitence. Apres quoi les

serviteurs d'I'rhaiii V td^pûniîloronl son corps, le lavèrent avec du vin chaud et dos herbes a ro ma tiques, le revétirenl des habits pontilicativ et le. placi'rpnt sur nu lit de parade

La mort respecta le corps du saint Pontife. Ses traits n'étaient pas altérés. Se.; [iie.miires ;<\ nivtïi i;ardé leur souplesse, les couleurs de la vie étaient répandues sur son front et sur ses lèvres. Rien ne révélait la présence d'un cadavre, ou eût dit que le Pontife ilormail. Un peuple immense envahit la salle oh son corps était exposé. Il voulait contempler une dernière fois les traits du père bien-aimé qui l'avait comblé de bienfaits. La présence de ce cadavre escita la pieté dans tous les cœurs. Oit rapporte qu'un des serviteurs du Pape ressentit nne vive émotion a la vue de ce corps ainsi préservé des rivages de la mort, se jeta sur lui, baisa pieusement ses pieds, ses mains, seslfrvres.cn les arrosant d'un torrent de larmes, et s'écria : » Ge corps h a renfermé une âme Ires-pure. Il fut la demeure du Saint- « Esprit, et l'âme qui habitait ce corps intercède déjà pour « nous auprès de Dieu1, n

Trois jours après la mort du Pontife eurent lien ses obsèques solennelles avec les cérémonies d'usage. Un grand concours de peuple s'y rendit des provinces voisines. Son corps fut déposé dans l'église de Notre-Dame-des-Dorns, à l'entrée de la chapelle de Jean XXII. La voix du peuple déclara bienheureux le Pontife que Dieu honorait du don des miracles. On remarqua que le jour même où les restes d'Urbain V furent confiés à la terre. Dieu fit éclaler sa sainteté par des prodiges de toute sorte.

On a remarqué aussi qu'Urbain V ne se repentit pas, avant de mourir, d'avoir quitté Home, comme il devait le faire s'il eut commis une faute en refusant d'écouter

BISTOIHB D'URBAIN V. 171

sainte Brigitte. Il mourut avec le calme des saints et la honne conscience de l'âme juste qui n'a aucun reproche â se faire en face de la mon, et va de bon cœur se présenter au tribunal du souverain juge, n'ayant eu d'autre motif de sa conduite que la gloire et la volonté de Dieu. Grégoire XI se repentit d'Être venu à Rome, voulut retourner en France, pria le roi d'Aragon de lui fournir des galères pour l'y ramener, et mourut en faisant s>;s préparatifs de départ, comme nous l'apprend la lettre encyclique de Bonifaee IX (1395). Au moment de la mort, il prit le corps de Jésus- Christ entre ses mains et lui demanda pardon d'avoir pris d'autres régies de conduite que la prudence et la raison ' . Mais voulant corriger, autant qu'il élait en son pouvoir, celte faute capitale, i! prit les mesures les plus sages et les plus propres à conjurer les malheurs qu'il entrevoyait. Il ne voulut pas que les cardinaux se soumissent aux règles que la bulle de Grégoire \ leur trace pour l'élection des Papes. La majorité des votes devait sullire. Les cardinaux pourront se réunir dans le lieu qui leur paraîtra le plus convenable. Ces précautions ne servirent qu'à calmer l'anxiété de Grégoire XI en face de la mort. Elles furent impuissantes à prévenir le schisme.

Urbain V, qui n'avait pas de reproches fi se faire, n'eut pas besoin de se repentïcet de. se rétracter. 11 chercha la gloire de Dieu et le snlut île l'K^lise en revenant en France. Son pieux dessein fut béni du ciel, et comme son cœur était droit, ses intentions pures, Dieu le glorifia par des miracles sans nombre, et fil une réponse aux détracteurs du saint Ponlife qui osé rein plus lard flétrir sa mémoire.

Il ne s'en présenta aucun au moment de sa mort. Tous les peuples rendirent hommage à sa vertu, et l'Église universelle pleura la mort de ce grand Pape. Les Italiens eux-mêmes lui donnèrent des regrets et des louanges. II

Page 1