EfiM. sine lilulo VIII
4, Kpist. nine tilulo XIV.
4 HISTOIRE u'uilBAlN V.
qui s'est passé entre Philippe l<> [ici ci lie rt rail d de Got, puisqu'ils se virent sans témoins? Toute la vie de Clément V prouve qu'il no fui pas un simoniaque. Il promit au roi de France de ne pas le traiter en ennemi, se réconcilia avec lui, el c'est là lout. Villani le calomnie quand il l'accuse de simonie.
Jean XXU, un des plus fournis papes du moyen ùgo el le dernier qui ait forcé la puissance impériale à s'incliner devant la tiare, celui dont la prudence, la piété, la science et le courage furent admirés de tous, n'est plus qu'un ambitieux qui arrive au rang suprême par la ruse et l'audace. Quand loule i l :l - ivnitaii hommage à lu pureté <\f sa vie, Villani w rougis.™:! pas iU- signaler la ressi-mMance qui existait entre lui et son neveu le cardinal Poyei, el il osa donner un fils à Jean XXII.
Benoît XII, humble et austère, dont la vie fui signalée par une inllexible sévérité, et la mort par une foule de miracles, est pour Pétrarque un homme de bonne chère, un moine grossier qui, le jour de son élection, étonne le sacré collège par l'aveu cynique de son ignorance. Un contemporain, Pétrarque peut-être, lui composa celle épila phe :
Islc fuit KeiO, laïcis mors, ripera dura, Devins a iero, nippa replcia mero.
Enfin, Clément Vi faii d'Avignon une seconde Babylone, au dire des historiens. Au lieu d'attribuer la corruption de celte ville et de tout l'univers à la peste de 13(i8, qui brisa le nerf de la discipline erdrsiasliquc, ainsi que l'assure Boccace, on accuse Clément VI. Les écrivains d: l'Italie le peignent comme un homme sans vertu. Sa liaison avec la vicomtesse de Turcnne, ils la dénaturent, ils l'empoisonnent1. Ils ctiaigi'iu de mille crimes ses neveux, qu'il re-
f. Miiintori, Annalet Aoliat.
vfitit de la pourpre , disent-ils , maigri! leur extrême jeunesse, a ils font rejaillir sur lui les prétendues débauches
oii ils se plongent. Mais lorsqu'on porte les lumières de la critique sur les récits des historiens, on découvre que le seul de ses neveux qu'il fit cardinal dans un âge aussi tendre était un modèle de toutes les vertus. Il monta sur le trône pontifical à la mort d'Urbain V.
On ne pouvait rien dire contre Innocent VI. Il réforma sa cour, il évita snignciisumem tout ce qui pouvait Taire suspecter sa vie. On lui trouva peu d'esprit, et on déclara sa main inhabile à tenir le gouvernail de l'Église.
I rkiin V iran-sporta le sainl-sié^e à Rome, combla les vœux de Pétrarque et de toute l'Italie. Maïs s'élant hientôt aperçu que ni les temps ni les esprits nVuiient mûrs pour ce grand dessein, et vo; anl de loin l'orage se former contre l'Église, il alla redemander ù des rivages plus hospitaliers le salut et le calme. On le déclara cliangeanl, trop attaché à sa patrie; on le considéra comme un homme sans politique et sans caractère. Ses vertus, ses miracles, ne purent fermer la bouche à ses détracteurs, et, quand le ciel le justifiait, ils lu condamnèrent.
Ces jugements sévères étonneraient si on ne savait la haine qui animait les écrivains de l'Italie. Ils ne purent pardonner à Clément V et à ses successeurs leur séjour en France. Ils ne virent pas que la faute retombait sur le peuple inconstant qui provoqua cet exil par ses révoltes et ses divisions, et non sur les l'apes, qui eurent toujours les jeux tournés vers l'Italie ; qui firent tous leurs efforts pour rendre la paix a Rome, et montrèrent dans tons leurs actes le désir d'y rentrer. 11 suffit de lire leur histoire pour voir quelle était leur politique, e! s'il reste, des doutes, la conduite de saint Célcstin, de lioniface Vlll, de Benoit XI, s'éloignant les premiers de Uume. justifie les papes d'Avignon, qui les imitèrent et cherchèrent comme eux un refuge dans leur patrie.
Un espril de vertige traversait l'Italie. L'amour de l'indépendance avait gagné toutes les villes depuis Bologne jusqu'à Borne. Le peuple ne voulait plus de maître. On voyait partout des révoltes et des séditions. Les villes divisées en far lions qui se déchirent, les places publiques de-
cliaque jour, la ronfisraiioii di s biens, l'exil des personnes, des émeutes journalières contre ceux qui gouvernent la cite : tel est le hideux tableau que l'Italie présente à la Qn du mn* siècle.
Le saint-siège était vacint. La division, qui régnait partout, s'était mise parmi les cardinaux réunis en conclave. Ce fut apr&s deux ans ol plus tiçjjittes et de contestations que leur choix tomba sur un solitaire i^uon.:, Pierre Muron. A peine élu, Célcstiu V jui;<.- qu'il n'y aura de calme pour lui elde- saint-siège que loin 'de Homo. Il ordonne aux cardinaux de venir le joindre, et se Tait sacrer dans la cathédrale d'Aquila , le 29 août 1294. De là il passe à Naples, où il résida et déposa enlin la tiare après un règne assez court. Jamais il ne vil Rome. Dieu le permit pour épargner à l'Église les troubles qu'aurait excités l'esprit turbulent des Romains au moment critique de la renonciation de Célestin V.
Le nouveau conclave se tint à Naples. Sur vingt-deux cardinaux, treize devaient la pourpre au roi Charles II, et dans ce nombre on comptait huit Français. L'élection était au pouvoir du roi. 11 y eut sans doute une entente secrète entre le roi de .\aplcs et le cardinal Benoit Cajétan. Un conclave qui menaçait d'être orageux ne dura que dix jours. La faction romaine s'entendit avec la faction napoli-
II est inutile de raconter ici les querelles de Boniface VIII avec le roi de Sicile, l'empereur d'Allemagne, les républiques d'Italie et le roi de France, querelles où !a religion n'entre pour rien, si l'on excepte l'affaire des décimes et
ISTROBUei ION.
des immunités ecclésiastiques qui brouilla Bonifaco VIII avec Philippe le Bel. Je ii'evimir'.erai pas nrm plus qui nvnit tort du roi on du pontife. C'est une cause jugée depuis longtemps, et, pour tout homme qui sait Us loisde l'Église, Bouiface VIII eut, raison de défendre les prérogatives du saiut-sicge ; mais il ne revendiqua pas ses droits avec cette modestie qui convient au vicaire tie Jésus-Christ, et les écrivains ecclésiastiques du \iv" siècle le taxent d'imprudence et do fiertd.
floniface Vlli se défia des Romains, au milieu des troul)lcs excités par les Colon na. Il transféra la cour à Anagni, sa patrie, croyant trouver parmi les siens des amis et des défenseurs. Il eut, je l'avoue, dans Philippe le Bel, un ennemi acharné; mais les premiers auteurs des troubles ce furent les Colonna , qui allèrent partout son Hier la discorde. Accueillis par Philippe, ils l'animèrent contre Boniface. On a fait porter au roi de France l'ignominie du soufflet donné au puniife par !>uiara Colonna, et Dante a pu dire : « Je vois dans Anagni entrer la fleur de lis ; je vois le Christ captif dans son vicaire; je le vois mourir une seconde fois entre deux larrons ; »
Mais, pour l'historien impartial, Philippe le Bel, qui avait outragé la majfsté pontificale en chargeant Uonilacc YJll de crimes imaginaires et en le citant devant un conciliabule, est innocent du muins de te soulll et. Aucune main téméraire ne se leva sur le Pape, et Dante a menti. Les historiens du temps ont soin de nous dire, en racontant la captivité de Boniface, qu'aucune violence ne fut commise
contre lui. Ipsum Bonifacium sme oiottnlia (amen cepenmi '.
Le irait lii' rassembla n:v <•■- llonil'iia' VIII avec le Christ,
c'est la manière dont il fut trahi. .Nogarel arrive seul et forme son complot avec des Italiens. Sun or corrompt les serviteurs du Pape. Au moment de l'attaque-, les cardinaux et les prélats s'enfuient. Ce n'est qu'après trois jours d'ineffables angoisses pour le pun! i!> que les [militants d'Anagni éprouvent quelques remords. Ils prennent les armes; ils marchent sur le priais pomifh'al : ils eu dissent la poignée d'hommes commandée par Nu^-aivl. Accablé de douleur, lîoniface VIII se déride à rentrer d:ms Hume. I.e croirait-on? le peuple romain n'est pas ému au spectacle de cette immense infortune. 11 se porte en foule au-devant du pontife; mais au lieu départager sa douleur et de montrer par ses vivat la sympathie que ses malheurs inspiraient, il ne songe qu'à lui demander la fin des troubles. Sur toute la ligne parcourue par Butlifaee, de la porte Majeure a Saint- Pierre, le peuple criait : La pais! la paix! Paceîpace! Le pontife répondait avec tristesse ; <■ Que ]Ymi vous donne la paix et le salut! » Pare i srmitate v> tlono Dio 1 1 Un tel spectacle eût arraché des larmes aux ennemis de lîoniface. Les Domains furent insensibles.
On croit peut-être qu'arrivé au Vatican le malheureux pontife respira ; il n'en fut pas ainsi. Le cardinal des lirsins le retint prisonnier; e! connue il en tOiiioifinait sa peine et son élonnement, le cardinal lui répondit qu'on ne voûtait plus du scandales. Honifaee. craignit un empoisonnement, refusa de prendre aucune noiirriiure, et mourut peu de jours après, non de colère et de fureur, comme on l'a publié, mais accablé sous le poids de sa douleur.
! ne mort si triste n'a pu calmer la haine que lui ont
f. rtmaury AugîCT.
'!. Marin (M/rt nlln ili Rtima. Munilnri, I. m, p. H 3.
portée les Italiens. Ils l'ont jugé a vi-e nue sévérité excessive. Tosti est le seul qui ait entrepris sa défense, liante l'a placé en enfer, et tandis qu'en France nn venge sa mémoire, un auteur italien, d'ailleurs catholique, César lialho, en fait une contrefaçon ridicule de saint Grégoire VII *.
Quand le deuil de Boniface VIII fut accompli, les cardinaux entrèrent au conclave. Ils élurent Benoit XI, qui se hala de gagner Pérouse, sa patrie. Il y séjourna jusqu'à sa mort. Les temps étaient critiques. Il fallait ménager un roi puissant et venger l'injure faite au vicaire de Jésus- Christ. La douceur et la foi vive de Benoît XI le rendaient propre a ce dessein. Il frappa d'anathème Nogaret et Sciarru ; il appela sur Anagni les malédictions du ciel. La bulle d'excommunication est pleine d'une sombre poésie qui attriste l'unie. On ne peut la lire sans frémir. Mais, d'un autre côliî, le Pape releva des censures qu'ils avaient encourues le roi de France et les Colonna. Il aurait fait plus encore; mais une main cachée vint couper la trame de ses jours. Le poison lui fut présenté par un jeune Italien, et sa mort fut aussi triste que celle de llutiiface VIII.
Un écrivain assez Impartial semble dire que le crime fut commis à l'instigation du roi de France. C'est une odieuse calomnie. Le pontife servait smx dessins de le Kel,
Philippe n'avait pas attenté à la vie de Uoniface qu'il détestait, pourquoi aurait-il donné le poison à celui qui lui offrait le pardon? il est faux que Benoit XI préparât de nouvelles procédures contre Philippe, comme l'affirme le même écrivain. Ce pontife nous apparaît dans l'histoire comme un ange de paix qui vienl apaiser les troubles et calmer les haines. La légende insérée dans l 'office par les pontifi s romains nous le présente sous ces traits.
Célestin V, Uoniface VIII et benoît XI inaugurèrent la politique des Papes d'Avignon en s'éloignaiit de Rome.