S HISTOIRE D'URBAIN V
plièrent s leur capitaine, qui s'élait jeté dans la mêlée avec sa fureur ordinaire, fui percé d'une lance et termina dans les champs de Novare une vie qui n'était qu'un long lissu il.' pillnjji's et d'assassinats.
Le marquis de Moull'i ml s'aperçut hit-nlùt que la gloire dont il se couvrait lui coulait cher. Les Anglais qu'il avait à sou service réclamaient des sommes qu'il no pouvait leur payer; il les congédia, el ne garda qu'Othon de llninswick. Les ambassadeurs de Pise, qui était en guerre avec Florence, se trouvaient auprès du marquis de Montferrat; ils prirent un engagement avec les Anglais. Les Visconli, charmés du se délai tv de pareils ennemis, leur
aussilôl l'offensive contre le marquis, et s'empara de quelques villes i l eliàtcau\ for (s. La fortune aviii abandonné le marquis du Mont ferrât : son propre neveu, Amédée VI, comte de Savoie, s'était déclaré contre lui ainsi que les deux évêques de Vereeil et d'Asti. La défection se mettait dans ses troupes, sa ruine élait imminente.
En Toscane, la lutte élait plus vive encore; l'ise et Florence, rivales éternelles, avaient de nouveau couru aux armes. Après quelques actions peu i m port a rites, les Florentins taillèrent en pièces, dans une rencontre, l'armée des Pisans et firent prisonnier leur général en chef. Au mois de mai (1363), les Florentins entrent do nouveau en campagne, traversent tout le territoire des Pisans et
irii;^; i|t ils leur liivnl essujer en liait portes de l'ise et. sous leurs yeux. Cependant, Albaret et ses Anglais accouraient à marches forcées au secours des Pisans. Ils arrivent et changent la face des affaires. Les Pisans prennent l'offensive, forcent les Florentins à se renfermer eux-mêmes derrière les murs de leur ville, ravagent la campagne et saccagent tout jusqu'aux portes de Flo-
rencd. Arrivés sous les murs du celle ville, ils rendirent aux Florenims les outrages qu'ils en avaient reçus un mois auparavant.
Telles sont les guerres que se faisaient pendant tout le moyen âge les villes d'Italie. An lieu de s'unir contre l'étranger et de former une ligue puissante, elles se divisent, n'écoulent que la voix d'un in lérèt égoïste, sacrifient la patrie commune à des querelles mesquines et s'affaiblissent mutuellement par des guerres qui n'avaient pas de résultat, parce qu'elles n'avaient pas de but bien déterminé.
Les Florentins humiliés mirent à leur tôle Pandolpbe Malatesta, qui joignait la valeur et de grands talents militaires à l'un des plus lii-aut noms (le l'Italie. Mais à peine l'ont-ils élu qu'ils se repentent du choix qu'ils ont fait; ils craignent que Pandolphe n'ait le projet de s'emparer de l'autorité souveraine ; ils le chassent et mettent à sa place Galeotlo Malatesta, son neveu, qui valait à lui seul une armée. Do leurcdlé les l'isatis se renforcèrent en prenant à leur solde les compagnies qui dévastaient l'Italie. Ils avaient déjà enrôlé la compagnie d'Albarot. Bientôt celles de Jean ilawkwood et d'Anichin de ttongard vinrent s'offrir. Ils crurent qu'à la vue de ces forces imposâmes les Florentins effrayés demanderaient la paix. Ils se trompèrent. Les Florentins aveuglés par la haine repoussèrent toutes les propositions des l'isans, appelèrent les routiers que le comte de MonlTort amenait d'Allemagne et s'apprêtèrent à faire une résistance désespérée. I.'armée des Pisans marche sur Florence et ravage toute la campagne. De leur côlé, les Florentins arment une Hotte et vont incendier le port de l'ise. Encouragés par le succès de leur entreprise , ils se dirigent sur Pise et vont établir leur camp à six milles de cette place. C'était au mois de juillet 1366; comme la chaleur était excessive, l'armée se baignail dans l'Arno; le général en chef. Galeotto Mala-
19J, 8IÏT01BS d'DBMI» V.
testa, partageait la sécurité de ses troupes et se livrait au sommeil. Pendant ce temps, Jean Hawkwood s'avançait à marches forcées, dans le dessein de tomber à ('improviste sur les Florentins. Avertis à temps, les Florentins coururent se retrancher dans leur camp, où Jean Hawkwood leur livra trois assauts consécutifs pour lasser leur patience. Cet habile capitaine aurait détruit ce jour-là louies les forces des Florentins s'il eût bien pris ses mesures, mars il avait en face le soleil et le vent qui soulevait des nuages de poussière. Au dernier assaut, ses soldats ne purent plus distinguer l'en muni. Aveuglés par le soleil et la poussière, ils frappaient nu hasard. La victoire ne pouvait être longtemps douteuse. Les Florentins repoussèrent les Pisans et en firent un horrible massacre. L'Ame roula des flots de sang. Pise perdit sa gloire, sa puissance, sa liberté. Dans la cruelle extrémité où elle se vit réduite, elle députa vois Harnabo Jean Agnello pour demander son alliance et des secours. Cet habile négociateur réussit si bien auprès du tyran de Milan qu'il en obtint tout co qu'il voulut. A son retour, lescilojens charmés remirent entre ses mains l'autorité souveraine et le créèrent seigneur de Pise, préférant, comme on le voit toujours aux époques de troubles, les douceurs de la vengeance à celles du repos et do la liberté.
Un esprit de vertige et de haine agitait l'Italie tout entière. Le nord, le centre, le midi étaient en proie au» divisions intestines. La cour de Naples, accoutumée aux scènes sanglantes, était divisée par la querelle de Jeanne et de son nouvel époux. Jacques de Majorque prétendait au titre de roi de .Naples et aux honneurs du tronc. Il trouvait honteux pour lui d'être l'époux d'une reine sans partager sa puissance, il se plaignait surtout de n'avoir aucune forteresse dans le royaume où il pût se réfugier en cas de nécessité.
Ce prince, qui ne pouvait obtenir à Naples le titre de roi.
l'avaii perdu à Majorque. Son oncle, le mi d'Aragon, l'avait dépouillé de, ses Étals. Jacques en Lippe la au Pape, le priant de défendre ses droits. Déjà le roi d'Aragon avait eu de graves dé mâles avec la république de' Gênes au sujet d'une place forte sur laqticllo le roi et lu république prétendaient avoir des droits. La république fit des armements. On allait en venir aux mains quand le l'on lire s'interposa. Comme la saiilai^ue avait toujours élé feudataire du saint-siège, le Pape, en qualité de suzerain, pouvait résoudre la difficulté. Les C-éiiuis ne voulurent pas accepter la médiation du Pontife. Ils alléguaient pour raison que l'aiïaire avant été une lois jugée, il ne convenait pas de remettre en question ce qui avait déjà été décidé, ils continûment leurs |)ré|;aralils de guerre. Le Pape leur écrivit de nouveau [le 2(> décembre 1363) pour les apaiser. Sa lettre calma lous les esprits; le différend fut terminé. Tandis qu'il servait les intéréis du roi d'Aragon en dés-
011 de ses biens, et d'aimer ;l montré, jusqu'à ce jour, si i lui rendre son amitié et le
ense de Jacques de Majorque blâmé sévèrement au sujet
vous exhortons, nous vous prions île remarquer que les flatteurs sont des ennemis caches. La malice perfide des batteurs a des commencements agréables, mais les suites un sont raiales. Vous ne pouvez, sans donner au monde un
grand scandale, violer proini'ssi-s qui? vous .ivm faites. Si vous ne tenez pas les engagements que vous avez pris,
les humbles, comme!
les superbes, est tout à votre puissance par
:s malheurs. L'époux de . rien espérer du Pape,
lui refusait le trône de sien. Quand la guerre s de Castille, et son oncle
e r-onsomtni; dans la pra-
bas les armes. Il porta aux deux ennemis, Galéas Viscomi et le marquis de Montferral, les lettres dTrbain V. Le Pontife parfait ainsi à Galéas ; n Comme nous désirons vive-
Lii^ii'zod b, Cou
ment que, parmi les fidèles disciples du Christ, règne cette paix qui fait bénir Dieu et procure le salut des âmes, dous employons à ce dessein l'autorité apostolique. Depuis longtemps vous fies en guerre avec le marquis de Mont ferra t. Cette querelle a causé des maux innombrables; elle en produit encore, ce que nous ne saurions trop déplorer. Désireux d'appliquer a ce mal un remède efficace, et plein de confiance en In prudence et en la fidélité de notre fils bien-aiiné, Marc de Viterbe, général des frères Mineurs, nous lui donnons, par nos lettres, l'autorité nécessaire pour vous amener, vous et le marquis de Montferral, à faire la paix. C'est pourquoi nous vous exhortons et nous vous prions de vouloir bien considérer la multitude des manx que la guerre produit, de vous disposer à faire une paix honorable et d'écouter les avis et les conseils de ce nonce, comme vous ferh z ceux du siège apostolique lui-même. Par là, vous serez agréable à Dieu qui i établi la paix aux frontières de vos États, vous ferei gotïter à votre peuple et vous goûterez vous-même les douceurs du repos'. » Le marquis d<; Monlferral ainsi que Galéas écoutèrent les conseils d'Urbain V. Ils étaient l'un et l'autre trop prudents pour ne pis accepter avec joie les propositions de paix que Marc de Viterhe leur apportait, étant depuis longtemps fatigués d'une guerre qui affaiblissait inutilement les deux partis sans amener un résultat définitif. Ils promirent de faire la paix, en signèrent Ic3 préliminaires, et Marc de Viterbe se dirigea sur la Toscane, où le Pape l'avait chargé d'une mission semblable à celle qu'il venait de remplir.
Les méchants abusent de tout. Délivré du souci delà guerre, Galéas ne songea qu'à se venger de ceux qui l'avaient trahi durant ses démêlés avec le marquis de Montrerrat. il leur fit subir d'horribles tourments.
Oubliant les traditions de la justice chrétienne, qui a pitié du criminel alors même qu'elle rst forcée dp punir et de condamner, qui frappe de mort quand il le faut, mais sans multiplier les supplices, Galéas renouvela, dans sa cruauté, les tourments inventés par les persécuteurs de l'Église. Il en dressa lui-même la liste et ne craignit pas de souiller sa main en 'traçant les règles affreuses qui: les bourreaux devaient suivre quand ils torturaient leurs victimes. Cest l'intention du Seigneur, dit-il dans ce! horrible écrit, que te suppliée des traîtres commence peu h peu. Le patient devait avoir quarante jours de souffrances. Le quaranteunième jour on lui arrachait la peau avec des tenailles, après quoi on le niellait sur la roue où il expirait. f)e peur que le patient ne succombai nva.nl le (|ii;«niiiliùmi> jour, on lui ménageait les souffrances et on laissait un jour de repos entre les divers suppliées, La flagella Non, le chevalet étaient tour a tour employés. On coupait aux patients à différents jours le nez, les pieds, les mains, les oreilles. Tous ceux qui avaient déserté la cause de Galéas furent tourmentés ainsi. L'univers entier fut ému au récit de leurs smiffrances '.
conlrerait Marc de \iier)n- pour faire enicudre le langage de la raison à des hommes aussi vindicatifs que les Toscans, voulut que loule l'Italie, les évéques, les princes, les républiques, le cardinal Albornos lui-même s'interposassent pour amener à la concorde Pi se et Florence. Le légal vint à Gènes et remit au dope et à l'archevêque les lettres où le Pape les priait de travaillera l'union des deux républiques. De Gènes il se dirigea sur Pise et fit des propositions de paix devant le conseil. Fisc était victorieuse fn ce moment. Les compagnies qu'elle avait prises à sa solde avaient
t. Muratori, t. XVI.
battu les Florentins. Cependant die trouvait que la gloire épuisait ses finances. Toutes les ressources de la république avaient été absorbées par les frais de la guerre. Kilo accueillit avec reconnaissance li s paroles de paix qu'apportait Marc de Vilerbe eî parut disposée à traiter. l,e légat se rendit aussitôt à Florence. Admis an grand conseil, il lit une exliortation pathétique pour l'engager à l'union. Les membres du grand conseil répondirent au légat que les Florentins avaient pris les armes malgré eux, que la perfidie et l'orgueil de leurs ennemis les y avaient forcés. Ils ajoutèrent qu'avant il faire une réponse définitive, ils allaient convoquer le peuple. Les Florentins s'assemblèrent. La délibération fut longue et tumultueuse. Le légat fut prié de prendre la parole dans l'assemblée du peuple et d'exposer les conditions que posaient leurs ennemis. Le peuple les trouva trop dures. Il répondit que les Hsans ne feraient pas des conditions plus onéreuses s'ils étaient maîtres de Florence. Knfin l'assemblée décida qu'il fallait conclure une paix raisonnable ou continuer la guerre. Mais on préférait la guerre, quelque issue beurense ou malheureuse qu'elle dut avoir, si les Pisans avaient fait alliance avec l'ennemi de l'Italie, Barnabo. comme la renommée le publiait.
Quand Urbain V recul cette nouvelle, il ressentit une vive affliction. Il se plaignit aux Prsans et aux Florentins, dans une lettre éloquente, de la dureté de leurs cœurs qui
si longtemps relardait la croisade, était la cause de tous les malheurs de la Toscane et ne manquerait pas do tourner à leur perte commune. I) termine par ces paroles louchantes : h Mes chers lils, reprenez un cœur de chair. Que votre cceur de pierre se ramollisse, déposer votre haine et vos rancunes qui ont eu déjà pour vous des suites si tristes et peuvent en avoir de plus malheureuses encore.
îflfl iiistoihk D'i'MAlS v.
Puisse la craime d'un Dieu qui déleste les liomraea obstinés et les punit sévèrement, puisse le respect que vous devez an siés^ apostolique, puisse enfin lu désir que vous avez de notre amitié vous inspirer de la modération et l'amour de la paix '. d
Les habilanis do Sienne et de Pérouse furent invités par le Pape a joindre leurs bons offices à ses prières et à procurer l'union des Pisans et des Florentins, F.iifin. après de longues négociations, I isc ei Florence Menèrent l.i pai* le
té*; les franchises duril h-* il.irentins jouissaient autrefois à Pise leur fureni rendues. De pari et d'autre on congédia les compagnies. Mais les routiers qui s'étaient combattus pendant la guerre, à peine sortis île Pise ri de Florence, se réunirent et formèrent une seule compagnie sous le commandement de ses quatre chefs. Jean Havvkwood, le comte Jean d'Augsbourg, \iiilirnsiuie. bâtard de Barnabo, et Aniciiin de llongard. Ils envahirent l'État pontifical et le ravagèrent. Urbain V excita contre eux les deux légats Marc de Viterbe et Pétrocin, archevêque de Uavenne.
Si le Pape avait en de la peine à réconcilier les Pisans et les Florentins, il en eut davantage encore a conclure luimême la paiï avec le seigneur de Milan. Après la défaite qu'il avait essuyée .sous les murs de Eolara, Barnabo sembla ouvrir son âme à des sentiments pacifiques. Les rois de France et de Chypre avaient envoyé leurs députés à Milan pour fléchir l'orgueil de Barnabo. Le tyran les trompa et fit de nouveaux préparatifs de guerre contre Albornos et les allies de l'Église. Urbain V. l'ayant appris, ordonna de prêcher la croisade contre Barnabo. Il invita tous les rois de l'Europe à s'unir contre lui. L'empereur Charles IV menaça Barnabo d'amener sous les murs de Milan toutes les forces